17 janvier 2008

Révolution à Cuba ?

Lorsque nous avons vu, Etel et moi, notre Brésident déclarer, sur le tarmac de l’aéroport José Marti, qu’il avait trouvé Fidel en bonne santé, nous nous sommes dit, sans doute un peu vite, que le vieux grigou maniait la langue de bois comme personne. Mais, si c’était vrai ? Après tout, à en juger par les photos, Fidel semble jouir d’une condition physique tout à fait acceptable pour un homme de son âge.

Partons de cette hypothèse. Dans ce cas, il faut chercher d’autres causes à sa mise à l’écart. Derrière la figure tutélaire de Raúl, n’y a-t-il pas déjà aujourd’hui une nouvelle génération qui exerce, aujourd’hui de manière collective, la réalité du pouvoir ? Le deal pourrait avoir été le suivant : à Fidel la promotion au rang d’oracle, qui lui confère un statut quasi divin, qui lui va bien ; à Raúl l’apparence du leadership, qui le satisfait pleinement ; à la Jeune Garde la conduite de la politique cubaine, qui lui permet de mener une transition tranquille, à la Chinoise.

Dans son dernier opus, Fidel dit tout le plaisir qu’il prend à s’informer des affaires du monde, n’hésitant pas à faire remarquer qu’il rattrape le temps perdu. Tenir, seul ou presque, les rênes du pouvoir ne lui permettait pas le loisir d’éplucher le Financial Times, comme aujourd’hui. Et d’en tirer de grandes leçons, qu’il ne manque pas de nous repasser.

Pendant que Fidel étudie, l’équipe dirigeante prend des décisions, certes symboliques, mais qui semblent indiquer plus qu’une inflexion. Ainsi, le parlemet cubain vient-il de ratifier le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui autorise les visites des observateur de l’ONU, et s’apprête à en faire de même avec le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels.

Il n’est peut-être pas non plus fortuit que Lula ait choisi Cuba pour appeler Chávez et Uribe à plus de modération. Après avoir encouragé Chávez à respecter les règles du jeu démocratique, Fidel lui-même a pu aussi faire pression sur le président vénézuélien pour qu’il revoie sa déclaration de soutien aux FARC, un mouvement pas forcément en odeur de sainteté à La Havane, même si l’organisation y dispose de quelques relais.

Des récentes discussions entre Roque et Lula, nous savons peu de choses. Mais il se murmure ici que José Dirceu, l’ex-homme fort du gouvernement avant son éviction pour cause de mensalão, intime de longue date de la classe dirigeante cubaine, pourrait être celui qui ramassera la mise, l’entreprise de consulting international qu’il vient de créer étant supposée jouer les intermédiaires incontournables de l’insertion définitive de Cuba dans l’économie mondialisée.

Si ce modèle de transition a, en ce sens, quelque chose de chinois, il est probable que l’équipe dirigeante souhaite lui conférer une spécifité bien cubaine. Tout l’enjeu serait alors de passer à l’économie de marché sans renier les acquis sociaux que sont l’éducation et la santé, systématiquement présentés comme les réussites les plus exemplaires du régime tropicalo-communiste.
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