25 février 2008

Le Brésil, pomme de discorde entre l’Allemagne et la France

Angela Merkel ne portait déjà pas dans son cœur Nicolas Sarkozy, qui a des manières de sauvageon et des envies de mettre le souk, croyant sans doute que c’est le seul moyen, dont il dispose, pour entrer dans la cour des grands.

Cela aurait pu ne pas porter à conséquences s’il n’avait été question que de répulsion épidermique face à un défaut de style. Mais, inévitablement, ont commencé à surgir les vrais problèmes pour entretenir cette indisposition : les traditionnels conflits d’intérêts, notamment commerciaux, comme sur le terrain miné de l’armement, où entreprises françaises et allemandes s’affrontent depuis toujours, soutenues avec vigueur par leurs dirigeants politiques, toujours prompts à endosser le costume du commercial prêt à tout pour emporter le morceau — sans parler des commissions, de diverses natures...

À ce petit jeu, comme on le sait depuis la visite de Mouammar Kadhafi, Sarkozy ne fait pas dans la dentelle, pourvu qu’il donne au bon peuple l’impression de se décarcasser pour relancer la croissance et réduire les déficits du commerce extérieur.

C’est, paraît-il, en lisant la presse que les Allemands ont découvert que Sarkozy était prêt à leur faire un enfant dans le dos pour la bagatelle de quelques milliards d’euros.

Revenons un instant quelques années en arrière, lorsque le Brésil et l’Allemagne ont scellé l’accord suivant : le Brésil confie à Thyssen-Krupp la modernisation de cinq sous-marins diesel/électrique, classe 209, et lui achète deux nouveaux modèles, classe 214, le tout pour la somme de 1,018 milliards d’euros, en contrepartie de quoi le même groupe est chargé de la construction d’un complexe sidérurgique à Sepetiba, la Companhia Siderúrgica do Atlântico, d’une valeur de 3,5 milliards d’euros.

Or, à ce jour, si le volet sidérurgique de l’accord est en voie d’achèvement, rien n’a en revanche sérieusement avancé quant aux sous-marins. Au contraire, puisque le Brésil a signifié son intention de s’équiper français, suite à la visite à Paris de Nelson Jobim, le ministre de la Défense, et sa rencontre avec Nicolas Sarkozy, un Sarkozy qui, emporté par l’enthousiasme déclenché par l’idée d’un partenariat stratégique entre les deux riverains de l’Oyapoque, a sorti de son chapeau l’acceptation de la production sur le sol brésilien et des transferts de technologie qui en découleraient, sachant bien que ses deux principaux concurrents, l’Allemagne et les États-Unis, se refusent à prendre de tels risques. Une clause les inquiète particulièrement : l’exigence brésilienne de pouvoir exporter où bon lui semblera les joujoux produits chez lui grâce à ces précieux transferts de technologie.

Pour les Brésiliens, échaudés par l’affaire des Super Tucano de la compagnie nationale Embraer, interdits par George W. Bush de vente au Venezuela, au motif qu’ils comportent des pièces sensible d’origine étatsunienne, cette clause du marchandage est décisive.

Reste que les Allemands n’ont pas dit leur dernier mot. Mis à la porte, leurs commerciaux ont l’habitude, dit-on, de rentrer par la fenêtre, quitte à briser les vitres. Voilà en tout cas un point de l’ordre du jour du prochain sommet franco-allemand, reporté pour cause de mauvaise humeur merkelienne, qui tiendra sans doute toutes ses promesses et permettra à la chancelière de montrer combien elle apprécie les séances de bises sarkozyennes destinées aux caméras.
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