24 février 2008

La roue de la fortune

Parce qu’il s’agit désormais de commenter les événements avant leur avènement, A Gazeta de Vitória, Espírito Santo, Brésil — je le précise pour les colibris égarés ici — tenait à nous informer dès samedi que le parc automobile capixaba devrait dans les jours prochains compter un million de véhicules, sauf écrasement sur le Palácio Anchieta d’un satellite espion vénézuélien, au demeurant fort improbable.

Bon. Bon : façon de parler ! Car un million de bagnoles, camions à la Duel, jeeps estampillés écologiquement compatibles, autobus à soufflet, motos à haut-parleurs intégrés, triporteurs à 16 soupapes et autres engins pétaradants, c’est peut-être le signe d’une macro-économie triomphante, mais ça craint quelque part, si vous me permettez de situer dans l’espace-temps ce quelque part du côté de la proclamation universelle de l’Interdiction des véhicules automobiles privés (IVAP).

D’ici là, et puisqu’il s’agit d’être en avance sur son temps, la tonne de minerai de fer aura largement dépassé les 65 dollars désormais imposés par Vale à ses clients chinois et japonais, le baril de pétrole aura fait sauter plus d’un bouchon de champagne, d’autant plus joyeusement que celui-ci coulera à flots des vignes du Kent.

Le pire n’étant jamais certain, attachons les ceintures et imaginons un instant que les Nations, au lieu de se mettre d’accord sur l’IVAP, se mettront sur la gueule, ce qui ne déparera pas dans un monde de brut à 500 dollars le baril. Nouvelle Californie, le Brésil ne tardera pas à fêter son 300 millionième véhicule auto-propulsé. Sur l’exemple du boycott du bœuf brésilien, ce qu’il restera de l’Union européenne aura en effet décidé le boycott de l’éthanol pur sucre de canne et imposé le retour à l’omnibus à crottin de cheval, obligeant les constructeurs automobiles à un repli stratégique en Amérique du Sud transbolivarienne, seule région au monde à même de concilier sécurité alimentaire et sécurité énergétique. Et les États-Unis ? Barack Obama les aura, entre temps, ramenés à l’âge de la diligence à vapeur dans un accès de prophétie-Yes-We-Can, dans le sillage de l’implosion française décrétée un matin, à l’heure de se raser, par Sarkozy-Ensemble-Tout-Devient-Possible-Zyva, lors de son quatrième mandat auto-accordé. Quant à la Chine, il va sans dire qu’elle aura été mise en orbite géostationnaire par les bons soins du Comité central de son Église de scientologie et que, du Ciel du Milieu et du haut de sa supériorité retrouvée, elle contemplera les 8 milliards de non-Chinois, tout petits petits.

Mais revenons sur Terre et sur un événement déjà accompli. À Santa Clara, Cuba, Raúl a remis les choses à leur place, c’est-à-dire Jean-Paul II statufié à côté du monument où sont rassemblées les reliques de Saint-Ernesto-Guevara. C'était hier, Dieu merci.
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