14 février 2008

Se rassurer

Sortir d’une réunion à dix heures, regarder la lune debout dans le ciel qui donne envie de musarder, chercher un bar qui donne envie de s’attabler, en trouver un où jouent Salsa en personne et deux jeunes acolytes, Salsa avec qui dans un autre botequim un autre soir nous avions parlé de vins et de la lenteur des choses bonnes, l’écouter souffler dans son sax des standards de la MPB que nous avons plaisir à reconnaître, commander une Original et la boire à petites goulées, commander une portion de bolinhos de bacalhau et les attendre juste ce qu’il faut pour titiller l’appétit, se rappeler qu’il y a deux jours Roberto Menescal parlait des cinquante ans de la bossa nova, de la façon dont était née l’expression, prendre le barquinho chanté par Nara Leão, notre Capixaba partie trop tôt, entendre au loin une clameur à la terrasse d’un autre bar branché sur le Pérou ou bien Sirius, repenser à Henri Salvador et au Paradis, confier qu’il m’en avait donné un aperçu en passant par Syracuse dans la cuisine de la tante Georgette quand j’avais pas dix ans, redouter que l’éternité soit un truc chiant et se rassurer en se rappelant que pour nous, homo sapiens, ce qui nous enveloppe est de l’ordre de l’Inconnaissable, se rassurer aussi en sentant dans sa chair que le Paradis c’est ici et maintenant, assis à la terrasse d’un botequim, c’est écouter Beijo Partido ou Se Eu Quiser Falar Com Deus, et oublier qu’il y a des lendemains qui ne chantent pas.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...