23 mars 2008

Faudra-t-il mettre l’homo-sapiens en cage ?

L’homme ne réalisera pas sa révolution copernicienne. Les phénomènes en cours auraient pu lui donner l’occasion de remettre en cause sa place dans l’univers et d’en tirer les conséquences. Or, malgré les alertes qui se répètent, données par les plus lucides d’entre eux, les hommes ont, semble-t-il, définitivement décidé qu’ils ne changeront rien à leurs habitudes. Ni les catastrophes, ni les accidents de l’Histoire ne semblent d’ailleurs devoir les y aider, comme le montrent les deux exemples qui suivent. La canicule de 2003 est passée par pertes et profits. Quant au rallye Paris Dakar, victime en 2008 du terrorisme, au lieu d’en profiter pour se poser à nouveau la question du sens, les organisateurs, leurs sponsors et le public ont préféré rebondir sur un autre continent pour maintenir leurs mesquines traditions.

Faut-il le regretter ? J’avoue que je commence à penser que non. Après tout, comme toute intelligence animale, celle de l’homo-sapiens a ses limites. Et le sentiment de regret n’est jamais qu’un instrument parmi tant d’autres qui servent à réguler la survie de l’espèce humaine. Croire qu’il faille faire de ce sentiment quelque chose qui tiendrait de l’absolu, reviendrait à croire que la place de l’homme dans l’univers est centrale. Or, s’il est un domaine où la connaissance humaine a un petit peu progressé ces dernières décennies, c’est celui de l’exploration des exo-planètes. Car, même si nous les observons de très loin, cette première approche nous permet d’ores et déjà de comprendre que la probabilité que l’univers soit peuplé d’autres créatures intelligentes est proche de 1.

Mais revenons plus près de nous : au cœur même de notre système génétique. Des équipes d’autres chercheurs ont acquis, elles aussi, une certitude, celle que les mutations génétiques qui s’opèrent dans notre ADN s’accélèrent. Comme on sait par ailleurs que, dans le passé, chaque épisode de modification rapide du climat a été l’occasion d’un bouleversement de la biodiversité, tout semble indiquer que la mutation de l’homme vers un autre animal est en cours. Sera-t-il meilleur ou pire ? Sera-t-il mieux à même de comprendre sa place dans l’univers ? La réponse à ces questions n’est pas évidente, bien que l’on puisse faire remarquer que si l’évolution a un sens, c’est celui d’une meilleure adaptation des êtres à leur environnement. Par conséquent, on peut s’attendre à ce que l’animal qui dérivera de nous sera mieux à même de se situer et de réaliser la révolution copernicienne que ses antécédents n’auront pas su mettre en œuvre.

L’arrivée prochaine — cela n’est en effet plus très éloigné, compte tenu de l’accélération des phénomènes — de cet être, qui nous sera probablement supérieur — supérieur, dans l’acception posée précédemment — va toutefois créer un problème inédit sur cette planète. C’est que, contrairement à ses antécédents, l’homme possède suffisamment de connaissances pour observer et tenter d’interpréter l’apparition de ces mutants. Autrement dit, il dépendra de lui de les laisser se développer, individuellement et en société, ou de les tuer, disons dans l’œuf.

C’est difficile à imaginer, mais imaginons que, gagné par la raison ou la curiosité, l’homme accepte ce défi. L’être nouveau venu sera à son tour confronté à une question du même ordre, mais inversée, celle de la survie de l’homo-sapiens. Décidera-t-il de l’exterminer ou bien de l’enfermer dans des zoos, pour permettre d’entretenir auprès de ses enfants le souvenir de l’intéressant animal que nous sommes ?
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