11 novembre 2008

11 novembre

[...] il fallait traverser l’espace entre deux collines à découvert, poursuivi par l’abri qu’on venait de quitter, pressé par celui qu’on allait rejoindre, en courant tout en attendant la balle qui allait vous arrêter ou l’obus qui allait vous précipiter cul par-dessus tête lancer vos membres vos effets vos boyaux dans les nues vous ouvrir en deux comme le Prophète dans la terre remuée cette glaise d’argile rougie où pointaient ici un œil, bille égarée, gélatineuse, inutile sans son crâne, reliée à la boue au néant par un filament absurde trace du cerveau, là une main dont le hasard de l’explosion avait épargné trois doigts mais pas le bras pas l’épaule pas la tête et cette extrémité à l’annulaire disparu gisait auprès d’un torse glougloutant [...]

Ces collines auraient pu être celles de la Meuse, elles sont quelque part dans ce qui a été la Yougoslavie. C’était il y a quelques années et pas en 1918. Rien n’a donc changé, rien ne semble devoir changer.

Zone, le roman de Mathias Énard, ressasse au long de 500 pages denses ces massacres d’hier et d’aujourd’hui, jusqu’à la nausée, cette nausée que ne connaissent pas les hommes politiques qui décident les guerres, ni les généraux d’état-major qui les planifient.
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