15 mars 2009

Carnet de marche (extraits)

santa teresa (1951r)

« Puisqu’il ne nous reste plus que 2 ou 3 ans, autant se dépêcher d’en profiter », Jieckz n’y va pas par quatre chemins. Je crains qu’il ne soit pas loin de dire vrai. Notre petit groupe s’enfonce dans la Mata Atlântica. La nuit, les forêts connaissent leur pic d’activité. Ou est-ce parce que nous avançons à l’aveugle que, par une sorte d’effet de compensation, nous captons le moindre frissonnement végétal ou souffle animal ? Jieckz mène la marche, signale les pièges à éviter, attire notre attention sur telle feuille toxique, tel tronc couvert d’épines, tel animalcule à photographier. Sous les flashes, l’expression vivante revêt de bien curieuses formes, textures, couleurs...

À notre verticale, les étoiles se confondent avec des paires d’yeux, des corps luminescents. Le ciel est le couvert des arbres. L’univers ne s’en trouve pas réduit pour autant. Il y a au contraire la sensation d’appartenir à un univers libéré des lignes imaginaires créées par des égos bouffis d’orgueil. Il n’y a plus de Brésil qui tienne, plus d’Amérique. Il y a des hommes et des femmes comme jetés dans un univers dont ils ne connaissent pas les limites. Ce que nous devrions savoir dans notre monde ordinaire et que nous avons tendance à oublier.

Nous parlons peu. Nous parlons surtout pour évacuer les moments de tension. Nous pensons au présent, n’avons pas le temps de songer au passé, de rêver le futur. Nous sommes certes condamnés, mais nous voulons survivre encore un peu. Au moins ces 2 ou 3 ans. Qu’y a-t-il de si désirable dans cette sensation que nous avons d’être vivants ?
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