25 mars 2009

C’est quoi le Brésil (8)

Une fois posée une description de la société brésilienne à travers le prisme du niveau de vie, je vais tenter d’aborder le second point sur lequel je voulais attirer l’attention. Au passage, remarquons que nous avons l’habitude d’employer l’expression « niveau de vie » pour parler de « niveau de consommation » quand nous devrions penser la vie bien au-delà de ses contingences matérielles. Comme au Brésil, où les différents « niveaux de vie » se délimitent en fonction de questions primordiales, comme l’alimentation, l’éducation et la santé, plus nettement qu’en France...

D’un point de vue économique, puisque c’est l’angle qui est celui de ce billet, le marché brésilien se concentre sur ce que j’ai appelé la « classe des consommateurs », des consommateurs qui participent du marché mondial depuis la fin du 19ème siècle, une époque où, que je sache, l’on ne parlait pas de mondialisation. Et pourtant ! L’Histoire du Brésil, depuis le 16ème siècle, est fortement liée à l’Histoire du commerce mondial. C’est notamment le commerce triangulaire : navires européens se rendant sur les côtes africaines pour échanger des esclaves contre des marchandises ; puis transfert des esclaves au Brésil et échange contre une lettre de change, du sucre, du café, du cacao ; enfin acheminement des produits brésiliens vers les ports européens. Ce sont les cycles du pau brasil (le bois brésil), du sucre, de l’or, du café, du caoutchouc, qui permettent le développement économique du Brésil et l’apparition d’une classe de consommateurs et de commerçants qui importent les meilleures marchandises d’Europe destinées à ces consommateurs.

Des chroniqueurs s’extasient parfois sur la formidable croissance de l’ensemble BRIC, un rapprochement malheureux, tant ces pays connaissent des dynamiques différentes. Si la Chine s’est lancée à corps perdu dans une course de rattrapage avec pour objectif la restauration de sa puissance passée, le Brésil quant à lui ne peut pas avoir cette ambition qui n’a pas de sens, compte tenu de son Histoire. Au mieux, une partie de son élite rêve de rejoindre le club plutôt fermé du « premier monde ». Rêve car, pour autant, n’est pas prête à faire les réformes que nécessiterait pareil objectif, réformes qui exigeraient une remise en question de ses privilèges exorbitants.

Si le Brésil est devenu ces dernières années un marché important, c’est parce que sa classe des consommateurs est devenue mécaniquement, comme conséquence de sa croissance démographique, un marché aussi important que la France ou le Royaume Uni. Un tiers de 30 millions d’habitants faisait 10 millions de consommateurs, un tiers de 190 millions d’habitants fait aujourd’hui 63 millions de consommateurs. Par le PIB calculé en parité de pouvoir d’achat, ces 3 pays se tiennent en effet dans un mouchoir de poche.

Le Brésil progresse certes, comme progresse le monde, mais le Brésil ne rattrape pas son retard par rapport aux pays du « premier monde ». On parle du Brésil comme du « pays du futur » depuis des décennies. On en parle de nos jours avec de plus en plus d’insistance. Mais tout porte à croire que l’on en parlera encore dans 25 ou 50 ans. Rien ne laisse présager qu’une profonde réforme des institutions, au sens large, alliée à une transformation radicale des mentalités se prépare. Cependant, si les révolutions sont désormais télévisées, elles ne sont jamais annoncées par les programmes de télévision !
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