09 mars 2009

Petites provocations entre amis

De visite dans l’Espírito Santo vendredi dernier, Lula a célébré par anticipation — c’est toujours ça de pris ! — l’autosuffisance en gaz naturel du Brésil, annoncée pour 2010.

« Aujourd’hui, je suis heureux comme jamais. Si Petrobras continue à ce rythme, un jour viendra où j’irai voir Evo Morales pour lui dire : Evo, querido, tu es maintenant libre de vendre ton gaz à qui tu veux. Le Brésil n’en a plus besoin. Nous sommes auto-suffisants. Bien sûr, le Brésil va continuer de lui en acheter pour des raisons stratégiques, parce que ça ne nous intéresse pas de croître, en étant entourés de pauvres. Nous devons nous développer ensemble. Mais je dirai ça pour qu’il comprenne bien que, dans la relation entre nos deux pays, moins nous nous disputerons, plus nous produirons. »

Cet extrait de discours est un bon exemple de la manière lulienne de s’adresser aux foules. Il y a du maquignon en Lula, un mélange de forfanterie et de roublardise qui plaît en tout premier lieu à ses fans nordestins ou d’origine nordestine.

Je n’ai pas traduit « querido » pour attirer l’attention sur cette façon, très brésilienne, de s’adresser aux collègues politiques de tout bord. Il ne s’agit évidemment pas de traduire cette adresse par « chéri ». « Mon cher » pourrait éventuellement fonctionner dans ce cas précis, qui revêt parfois en français un côté un peu distancié, voire un peu hautain. Mais il n’est pas sûr du tout qu’il y ait cette intention dans l’emploi ici du « querido ». D’une manière générale, l’emploi de « querido » nous rappelle qu’il y a toujours une bonne dose d’affectif dans les relations des Brésiliens avec autrui, ami comme rival.

Enfin, rappelons que Lula n’avait guère apprécié il y a trois ans que Evo envoie ses troupes occuper les installations de Petrobras en Bolivie, mais qu’il avait tout fait pour calmer le jeu, en dépit des pressions exercées de toute part à un moment particulièrement délicat sur le plan intérieur.
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