24 juin 2009

Wilson Simonal de Castro

C’est un chanteur peu connu en France. En revanche, une de ses chansons y est très connue. Grâce aux versions qu’en ont enregistrées Brigitte Bardot et Marcel Zanini : « Tu veux ou tu veux pas ? » Des versions très éloignées de leur source originale, cela va sans dire.

C’est un chanteur qui aurait pu être le chanteur le plus populaire de l’histoire de la musique populaire brésilienne. En lieu et place de Roberto Carlos. Mais...

On reparle beaucoup de Wilson Simonal ces temps-ci. Parce qu’un film documentaire lui a été consacré : « Ninguém sabe o duro que dei », ou parce que la Folha de São Paulo, après d’autres, publie le résultat de son travail d’investigation.

Rappelons quelques faits. Jusqu’en 1970 et la Coupe du monde de football, la troisième conquise par le Brésil, Simonal suit une courbe ascendante, devient le roi du piltantragem, mélange de samba et soul music, enregistre la version de référence du País Tropical de Jorge Ben.

Au début des années 1970, Simonal est victime d’un abus de confiance. Le chanteur soupçonne un employé de sa compagnie, Raphael Viviani, embauché en septembre 1970 et licencié en juin 1971. Raphael Viviani porte plainte contre son ex-patron auprès de l’équivalent brésilien des prud’hommes.

Au lendemain de la notification de cette plainte auprès du Conseil de conciliation, Raphael Viviani est arrêté à son domicile le 24 août 1971 peu avant minuit par un agent et un collaborateur du DOPS, le Departamento de Ordem Política e Social de sinistre mémoire.

Viviani raconte : « Pas moyen d’oublier ces jours-là. Si vous m’aviez vu avant et après cette nuit pendant laquelle j’ai été torturé, vous n’auriez jamais pu croire qu’il s’agissait de la même personne. »

Dans une note de Mário Borges, chef de la section de Recherches intensives —euphémisme d’ordre militaire — du DOPS, adressée à José Pereira de Vasconcellos, chef du service des Recherches, on peut lire ceci : « Comme vous le savez, le chanteur Wilson Simonal est un élément lié non seulement au DOPS, mais aussi à d’autres organes d’information, pour être actuellement un lien entre le gouvernement, les autorités et les Forces armées d’une part, et le peuple d’autre part, du fait de sa participation à des événements publics et à des festivités, où il fait de sa poésie et de sa prose le moyen de communication qui nous faisait défaut depuis trop longtemps. »

Divers documents font état de ce lien privilégié entre Simonal et des organes de la répression de la dictature. La messe est-elle dite pour autant ? Non, car nous sommes au Brésil où, peut-être plus qu’ailleurs, rien n’est simple quand il s’agit de démêler le vrai du faux.

Quoiqu’il en soit, c’est le début de la fin pour Simonal. Entre temps, l’épouse de Viviani avait signalé la disparition de son mari auprès de la police. Pour sa participation supposée à l’enlèvement, Simonal est condamné à 5 ans et 4 mois de prison, peine qu’il accomplira en régime de liberté, après avoir passé 9 jours en détention.

Jusqu’à quel point Wilson Simonal était-il mêlé au DOPS, chacun peut se faire une opinion en consultant les différents documents. Une opinion, pas plus.

Détruit, Simonal ne retrouvera jamais la gloire d’antan. Déprimé et alcoolique, il mourra le 25 juin 2000.

Retour en 1970, avec des images d’un show pour la télévision, un extraordinaire duo avec Sarah Vaughan.

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