01 août 2009

Berlin Vitória Budapest

Je voyage. Berlin, Vitória, Budapest. Berlin, symphonie d’une grande ville, de Walther Ruttmann, sur l’écran du Metrópolis, le cinéma de l’UFES. Water Ruttmann qui a travaillé avec Lang. Ruttmann, le faiseur de Niebelungen. Pour l’UFA. La symphonie d’une grande ville, Berlin. 1927. La même année, Fritz Lang embobine Metropolis...

Après la première guerre mondiale, Walther Ruttmann devient un pacifiste convaincu. Il meurt en 1941, des suites d’une blessure reçue sur le tournage d’un film de propagande nazie. Entre les deux, la Crise est passée. La Grande Dépression engendrée par le modèle de développement des États-Unis. Un modèle fondée sur la fausseté, le mensonge, la tricherie. Déjà. Ce n’est pas pour excuser Walther Ruttmann. Mais c’est comme ça.

Ruttmann a été l’assistant de Berta Helene Amalie Riefenstahl sur le tournage de Triumph des Willens. Malgré tout, la symphonie d’une grande ville n’était pas un film de propagande. Ruttmann y montre les bourgeois et les mendiants, les prolos et les zozos, les hommes et les animaux qui vont, les uns à l’abattage, les autres à l’abattoir. Mais Ruttmann est fasciné par la ville, par les réseaux qui la structurent. Déjà. Fasciné par l’architecture, par les foules, par les machines. Déjà. Ruttmann ne le savait pas, il se préparait à accueillir la mise en scène nazie. Déjà.

Berlin. 1927. Deux ans avant le début de la Grande Dépression. On connaît la suite. New York. 2009. Nous sommes dans quelle dépression ? On ne connaît pas la suite. Et dire que des journaux, c’est-à-dire des patrons de presse, osent faire écrire que les États-Unis sont sur la voie de la récupération ! Que n’écrivait-on pas en 1931, deux ans après le Krach ? Déjà.

Vitória. 1927. Vitória existait à peine, avait encore besoin de s’affirmer comme capitale légitime de l’Espírito Santo. Quand on sait que Rio de Janeiro ne pesait rien sur la carte géo-politique du monde de 1927. Alors, Vitória...

Le Brésil. 2009. Son président se voit déjà en accoucheur du Brésil admis à la table des grands. La table de travail, la table d’accouchement, peut-être. Pour le festin, il faudra repasser avant de passer à table.

Devia ser proibido debochar de quem se aventura em língua estrangeira. Les exilés, les expatriés, les paumés aimeraient bien qu’il soit interdit de se foutre de la gueule de ceux qui s’aventurent dans une langue étrangère !

Budapest. 1990. Je ne comprenais rien à la carte du menu affiché derrière la caisse. Il fallait, à l’époque tout nouvellement post-communiste, payer avant de demander à être servi. Notez bien qu’il n’est pas rare qu’il faille en faire autant à Vitória, cru 2009. Drôles de pays où la confiance règne...

Vitória. 2009. C’est pas pour dire, mais la devise de l’Espírito Santo, c’est Trabalha e confia. C’est dire si la confiance règne !

Budapest. 2003. Sortie du roman éponyme de Chico Buarque. La première phrase du bouquin : “Devia ser proibido debochar de quem se aventura em língua estrangeira”.

Budapest. 2009. Le livre est devenu un film. Depuis aujourd’hui, sur les écrans de Vitória. J’y reviendrai peut-être. À Budapest.

Je me souviens de ma première fois à Budapest. J’avais un auto-stoppeur hongrois dans les bagages. Et, à côté de moi, le fiston qui découvrait un autre monde en écoutant du hip hop à fond les écouteurs. Berlin, 1927, une symphonie. Lourde. Budapest, 1990, une sonate. Je me souviens de ma première nuit à Budapest, une chambre chez l’habitante, la veuve d’un officier. Le portrait de l’officier ornait le buffet de la salle à manger transformée en chambre d’hôte. Madame la veuve pas très joyeuse se lançait déjà dans le new world néo-libéral. Se lançait dans le grand monde. Déjà. Pendant que son mari nous regardait, mon fils et moi, d'un regard morne et définitif.

Je me souviens du congrès auquel j’étais invité. Un congrès de fouilles-merdes. Bien puant. L’Hôtel des Amériques nous accueillait. Prière de ne pas y voir un hommage à Téchiné. La peinture était encore fraîche des promesses d’un avenir radieux. José Costa, alias Chico Buarque, se souvient des congrès de ghost-writers. Chaque année, les nègres de la littérature mondiale se réunissaient dans les salons d’un quelconque hôtel miteux. Par les temps qui courent, les temps de réseaux de surface, les nègres tiennent congrès sur le web, tissent leur toile à la lumière des écrans d’ordinateur, de smart phone, de tablette électronique. C’est la conspiration du silence assourdissant.

Budapest, 1990, je ne me souviens pas avoir rencontré José Costa. Budapest, 2009, la sonate continue. Une jolie petite musique de nuit.
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