06 septembre 2009

Turbulences à la veille de la visite de Monsieur Sarkozy au Brésil

Jamais un chef d’État ou de gouvernement français ne semble s’être intéressé autant au Brésil que Monsieur Sarkozy. Il y sera demain à l’occasion de la fête nationale brésilienne, quelques mois après y avoir séjourné à titre officiel comme à titre privé. Mais, contrairement à Clemenceau et de Gaulle, Monsieur Sarkozy n’a pas encore été crédité d’une de ces fortes phrases qui fleurent bon l’ironie à l’égard du Brésil.

L’occasion lui en sera-t-elle donnée demain ? On peut en douter car c’est l’argent des armes qui attire à Brasília le commandant en chef des exportations françaises. Il serait donc malvenu de manier l’humour à un moment aussi délicat. D’autant que les sommes en jeu paraissent considérables. Si considérables qu’il est d’ailleurs impossible d’en avoir une idée juste, tant les termes du contrat de partenariat stratégique entre la France et le Brésil sont floues. Ce qui n’a rien pour surprendre, compte tenu de la nature d’affaires par définition vouées au secret.

C’est cette opacité qui favorise bien des turbulences au Brésil. Les rumeurs vont bon train pour dénoncer cet accord. On peut comprendre que des militaires brésiliens qui ont biberonné aux États-Unis préfèreraient d’autres fournisseurs. Ou que des entreprises allemandes écartées pour la livraison de sous-marins fassent une sale réputation au Scorpène. C’est de bonne guerre et on peut imaginer que du côté français on ne se prive pas non plus de ces armes conventionnelles.

Tout n’est d’ailleurs pas ficelé. Et l’on rêve encore, du côté de chez Dassault, de pouvoir annoncer au plus vite l’achat par le Brésil des fameux Rafales dont les exportations n’ont toujours pas décollé.

Il y a aussi un autre débat, sans doute le plus sensible, sur l’utilité que représente pour le Brésil un tel investissement, alors qu’il y a au sol d’autres guerres à mener, contre la misère ou contre le trafic de drogue. D’autant que l’on peut se demander de quels ennemis le Brésil parle lorsqu’il évoque des menaces sur ces gisements pétroliers off-shore. À bien y réfléchir, je n’en vois qu’un de sérieux, même s’il peut paraître improbable : les États-Unis. Ce qui en soi justifierait aussi de ne point s’approvisionner en armements chez eux. Qui sait si, demain, mis à genoux par la Chine, la plus grande puissance militaire actuelle ne sera pas tenté d’user le dernier atout qui lui restera, celle du feu ?
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