30 janvier 2010

Le moment décisif

C’était hier soir. Etel dormait déjà. Je regardais la télévision, quand j’ai senti une odeur de brûlé. J’ai fait le tour de l’appartement, sans trouver rien de suspect. Je me suis rassis sur le canapé. Quelques secondes seulement. Vains dieux, cela sentait trop fort le brûlé. J’ai ouvert la porte. Une fumée épaisse avait envahi le palier. J’ai refermé la porte sans vraiment savoir que faire, suis allé réveiller Etel, l’ai préparé à une évacuation.

J’ai rouvert la porte. J’entendais des voix, mais ne voyais rien. Comme s’il y avait des personnes sur le palier, luttant contre la fumée. Avec les portes ouvertes d’un côté et de l’autre, et le courant d’air, la fumée a commencé à se dissiper. Et l’on a commencé à distinguer quelqu’un, puis un autre et encore un autre.

Entre-temps, le gardien était monté, avait utilisé les extincteurs dans l’appartement d’en face où un incendie s’était déclaré dans la cuisine. Pour une fois seule, la fille de nos voisins avait oublié une casserole d’eau sur le feu pendant qu’elle prenait une douche. Une douche qui avait dû durer bien longtemps.

Au bout de quelques minutes, nous étions déjà une dizaine à constater les dégâts dans la cuisine et jusque sur le palier. La suie formait comme des toiles d’araignée dans tous les coins des plafonds, noircis.

Roseana pleurait, s’en voulait d’avoir oublié la casserole. Tout le monde a eu vite fait de la consoler. Remontant du sauna, des voisins qui avaient emménagé le jour même, de retour de leur lune de miel, se sont demandé un instant où ils avaient mis les pieds en achetant ici. Les présentations ont été vite faites. Un voisin d’un étage supérieur a identifié une connaissance commune dans les Minas Gerais.

Les femmes se sont armé de balais et ont commencé à nettoyer l’appartement incendié. Sur le palier, nous autres, les hommes, nous nous sommes contentés de commenter, d’invoquer la bienveillance divine, d’évoquer la nécessité d’organiser une formation au maniement des extincteurs.

Finalement, la soirée s’est bien terminée. Deux pompiers ont vérifié qu’il n’y avait plus de risque. Nous sommes allés nous coucher tranquilles, les fenêtres grande ouvertes pour évacuer l’entêtante odeur fuligineuse, en pensant à la petite communauté que forment les habitants de cet immeuble, pas toujours d’accord mais solidaires au moment décisif.
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