13 janvier 2010

Souvenirs d'australopithèques

C’est en marchant, on le sait, que remontent les souvenirs les plus inattendus. Une brise légère soufflait ce matin, j’allais d’un pas allègre quand a réapparu un zig que je n’ai rencontré qu’une fois dans ma vie, le temps d’un voyage en voiture. Réapparu est un bien grand mot, je ne saurais décrire son visage. Il avait la quarantaine, les cheveux longs, et c’était à peu près tout...

Après avoir passé 20 ans en Australie, il était revenu dans sa région d’origine pour y régler quelques comptes et retrouver quelques vieilles connaissances, en particulier le poteau qui faisait le le voyage avec nous. Nous étions au début des années 70. Une époque où la distance avait encore un sens, si bien que les rares nouvelles qu’il avait du pays natal ne lui parvenaient pour l’essentiel qu'à travers les journaux français abandonnés dans le hall d’accueil de l’Alliance française de Melbourne où il enseignait.

Aujourd’hui, on ne perd pas un avis nécrologique : Mano Solo, Lhasa, Rohmer, Daniel Bensaïd...

Chacun de ces noms serait une porte d’entrée à un moment de ma vie, parfois rien qu’un instant, mais suffisamment fort pour avoir laissé une empreinte.

Mais venons en au troisième personnage qui était installé dans ma 4L où régnait une chaude ambiance d’australopithèques en vadrouille. C’était un drôle de gazier, un écrivain qui aimait se draper de l’habit du poète maudit, un personnage douteux tout autant que fascinant, à qui je devais d’avoir compris quelques petites choses.

Je ne le savais pas encore ce jour-là, lui non plus d'ailleurs, mais sa trajectoire allait rebondir de manière on ne peut plus inattendue. Bref, le destin, pour une fois généreux, s’apprêtait à le combler. Un comble, si j’ose dire, pour quelqu’un qui se voyait en exclus de la société. Imaginez, pour vous donner une idée, le mariage entre un chômeur de très longue durée et la fille d’un magnat de l’industrie. De cet incroyable retournement de situation, j’avais retenu que la vie était d’abord et avant tout, quoiqu’en disaient les moralistes, un foutu casino de première.

Et, tandis que je finissais ma marche, je me disais qu’il serait préférable de choisir le futur président du Brésil par tirage au sort. Une façon sans doute plus démocratique que les élections pièges à con qui sont programmées pour 2010.
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