28 août 2011

Le gouverneur du Mato Grosso ne serait-il qu’un vulgaire grileiro ?

Dans ce pays des immensités mal définies qu’est le Brésil, il est souvent hasardeux de se fier aux titres de propriété. C’est vrai dans les régions les moins peuplées, c’est vrai aussi dans les villes les moins mal organisées. Le grilagem est une technique assez banale qui consiste à s’approprier les terres d’autrui, entourloupe d’autant plus facile à réaliser qu’elle se fait en général aux dépens des plus faibles, des analphabètes ou des Indiens.

Les Indiens, justement, n’ont-ils pas été victime de grilagem dès l’arrivée des Portugais sur leurs terres ? En effet, on ne se souvient pas que les capitaines portugais leur aient acheté le moindre bout de terrain. Il est vrai que, comme on le leur a opposé, les Indiens n’avaient pas de titres de propriété à faire valoir...

Cette même histoire se poursuit, par exemple, dans le Mato Grosso. Silval Barbosa (PMDB), son gouverneur, prétend avoir acheté en 2009 à un cacique, Cirênio Reginaldo Francisco, 4.225 hectares. L’embêtant, c’est que ce même cacique n’a découvert qu’en 2010 qu’il avait vendu ces terres, Silva ayant alors déclaré au TSE (tribunal supérieur électoral) qu’elles représentaient 30% de son patrimoine (soit 600.000 reais, environ 260.000 euros). Silval n’avait peut-être pas prévu que Cirênio savait lire.

L’affaire est désormais entre les mains du ministère public. Sans surprise, les points de vue, celui du cacique et celui de la défense du gouverneur, divergent et révèlent un imbroglio dont il est déjà clair qu’il sera difficile à démêler. Comme presque toujours dans ce genre d’affaires. Mais là où ça se corse, c’est que le cacique se souvient que les terres ne lui ont été attribuées qu’en 2003, l’opération lui ayant été suggérée par un agronome de la FUNAI et des agents de l’INCRA, ces deux organismes étant en charge respectivement des relations gouvernementales avec les Indiens et du développement agricole. Fédéraux, ces hectares seraient ainsi passés aux mains du cacique, provisoirement, pour mieux les repasser quelques années plus tard au gouverneur. La manœuvre, à laquelle auraient participé quelques vils complices, viendrait alors de loin !
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