25 septembre 2011

Saint-Michel

Assise sur la banquette d'en face, elle lit, comme moi, Libération. J'ai l'habitude d'observer les lecteurs et peut-être plus encore, avouons-le, les lectrices de ce journal. Non pas que je recherche une certaine complicité avec elles, mais plutôt parce que je suis amusé, et parfois effaré, par l'extrême diversité de ce que les publicitaires appellent son lectorat. Aussi cette lectrice n'échappe-t-elle pas à la règle du jeu. Entre deux phrases assassines sur les époux Ceaucescu, je jette un œil sur son visage las et, à cause d'un inexplicable sentiment de malaise qu'il inspire, dénué de charme. Après un ou deux échanges fortuits de regard, la voilà soudain qui se lève et va, je n'ai pas besoin de me retourner pour le savoir, s'asseoir derrière mon dos ! Là au moins, s'est-elle dite, il ne pourra plus me lorgner. Sans doute a-t-elle interprété, je la devine survivante de l'épopée lamentable du MLF, mes regards comme des attaques machistes ! J'aurais préféré qu'elle me demande de ne plus la dévisager avec insistance, j'aurais alors pu lui répondre que c'était avec minutie et non insistance que je lisais dans ses yeux la même froide détermination que dans ceux d'Elena Ceaucescu.
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