05 octobre 2011

Esther

Elle lança un regard à son image dans le miroir. La serviette éponge dépliée, posée sur son crâne à la façon d'un voile de religieuse, faisait d'elle une nonne au sortir du bain.

Comme elle, j'aurais voulu jaillir avec enthousiasme et tout au long de la course maintenir les paramètres du plaisir, de l'amour et de la joie à leur plus haut niveau, à tout prix relevé le défi lancé à l'improviste par les foules zombies et gagner le pari sur moi-même. « A tout prix » signifie « Pour rien », car dans le monde tout est gratuit, comme sont gratuits les paysages fantasques de Cappadoce, le bâillement du crocodile posé sur un tronc couché au bord du marigot, ou encore le feulement du tigre avant l'accouplement.

Cependant le souvenir flou de cartes mal dessinées empêchait ma tranquille contemplation. Je rêvais du fleuve Amour dont j'avais trop longtemps mal situé la source et l'embouchure. Et je m'en voulais d'avoir pu tolérer ces imprécisions sous prétexte que l'éloignement des sites servait d'excuse.

Elle portait maintenant une jupe courte à volants noirs bouffants. Le parfait désordre de sa chevelure noire, la cassure d'un geste flamenco dessiné par le profil de son visage à contre-jour, menton tiré au cordeau et élan de l'arête du nez, achevèrent de me troubler. C'était soudain le genre de femme à qui l'on pardonne tout, y compris les soirées d'hiver qu'elle passerait à tricoter.
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