03 octobre 2011

Hôtel Europa, Köln

Comme le mouvement heurté de mes reins suivait le rythme régulier des jointures de rail d'une voie ferrée imaginaire, je lui murmurai que nous étions sur la couchette d'un train de nuit et que seule une jeune fille, que je me figurais selon les traits de celle qui avait partagé mon compartiment à l'aller, partageait notre intimité. D'abord, dis-je, la jeune fille se contente de te regarder. Le visage de Mary se crispa aussitôt comme sous l'effet d'une vague la frappant de plein fouet. C'est ton visage, ajoutai-je, ton visage secoué de plaisir qu'elle regarde. Une autre vague, plus violente, déferla, emportant Mary toute entière elle seule savait où. La jeune fille s'approche, elle s'approche et te caresse, elle s'approche encore et nous caresse. Plusieurs fois, je répétai ces mots, jouant avec eux. Sens-tu ses doigts s'enfoncer dans ta chair ? Déroulant la caresse de mes doigts de la même façon que l'aurait fait la jeune fille, plusieurs fois je vis Mary gémir, bouche tordue, yeux rentrés en-dedans. Jusqu'à l'emballement final où se confondirent, dans l'éblouissement d'un soleil de feu crevant le ramage des arbres qui fuyaient de l'autre côté d'une fenêtre, la course de ma main, la ronde des doigts de la jeune fille, l'accélération du train.
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