08 décembre 2011

« Où qu’elle est la sainte patronne ? »

Alors que je presse le pas pour me rendre à un rendez-vous, un homme me tend la main. Physionomiste comme je suis, je suis foutu de ne pas le reconnaître. Il a la soixantaine bien tassée, quelques cheveux blancs qui ondulent, le visage rougi et un grand sourire. Je ne vois pas de qui il s’agit. « Où qu’elle est la sainte patronne ? » Je le dévisage, ses yeux bleus hérités d’un ancêtre de la Vénétie ou de la Poméranie brillent d’une hilarité qu’il veut me communiquer. « Toute cette violence, tous ces braquages, les canailles qui courent les rues », se lance-t-il. Je me regarde, cherchant ce qui me donnerait un air de canaille. Il me montre le vieux à bicyclette qui s’approche en répandant avec son haut-parleur la bonne parole de Santa Rita. « Où qu’elle est la sainte patronne ? », répète-t-il, toujours jovial. Maintenant, j’en suis sûr, il ne me connaît pas, il a juste envie de partager avec quelqu’un ce qui le rend hilare. Comme j’étais le seul sous la main, c’est à moi qu’il s’est adressé. « Où qu’elle est la sainte patronne ? », répète-t-il encore une fois. Je m’apprête à lui faire une révélation : je suis athée, mon frère. Mais il ne m’en laisse pas vraiment le temps. « Moi, dit-il, je crois qu’en Belzébuth. » Un tantinet surpris, je le regarde à nouveau. L’espace d’une fraction de seconde, il me semble voir deux petites cornes sur ses tempes. Il est temps que je reprenne ma course en direction de mon rendez-vous. Des ailes ont poussé dans mon dos.
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