29 janvier 2012

Fisssurado : déjà trente ans d'addictions brésiliennes

Soudain, elle m'avait dit être « menos fissurada ». Je l'avais regardée avec étonnement. Elle m'avait répondu que je n'aurais pas dû lui dire qu'elle était grosse. C'était il y a trente ans, c'était mon premier séjour au Brésil. Je voyageais avec Mademoiselle de Beaufort qui, dès notre arrivée à Rio, était montée sur ses grands chevaux, Sept et Neuf de Beaufort. Je m'étais alors rappelé ses grands principes, sa revendication dès le début de notre relation d'une totale liberté guidant nos sexes avides, forcément avides.

Nous étions à Teresina et j'étais sorti acheter du papier et un crayon, ayant en tête de m'essayer à quelques nus. Finalement, j'avais suivi la papetière et j'avais changé de modèle. Cela avait duré deux jours et surtout deux nuits. Puis Maria das Graças avait fini par s'avouer « menos fissurada » par moi. J'étais revenu vers Mademoiselle de Beaufort et lui avais conté cette historiette, au nom de ses grands principes que je m'efforçais d'appliquer à la lettre. Puis je lui avais avoué être « menos fissurado » par elle et qu'elle avait le choix entre me supporter jusqu'à notre retour à Paris ou suivre un autre chemin. Elle était restée et j'ai toujours dans mes cartons mes esquisses.

Hier après-midi, alors que je conduisais, mon épouse m'a soudain dit qu'elle était « menos fissurada ». Sur le coup, ça m'a fait un choc. Puis j'ai retrouvé mes esprits et je me suis aperçu que le contexte était différent. Ma chère et tendre était en train de me parler de riz complet. Pas trop sûr quant à la façon d'interpréter sa confidence, j'ai demandé des explications.

En argot, « fissurado » signifie trois choses différentes, mais du même ordre. Cela veut d'abord dire « anxieux ». De là, sans doute, le corollaire de « dingue de » quand on se réfère à quelqu'un dont on s'est amouraché ou de quelque chose qui ne sort plus de la tête. Enfin, c'est être « dépendant » d'une drogue.
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