31 mars 2012

Un FMI bis au service du BRICS

Dans un commentaire (que vous pouvez lire en ouvrant cette fenêtre), Benjamin s'étonne que les cinq dirigeants du BRICS n'aient pas évoqué, lors de leur récent sommet de New Delhi, la possibilité de créer un FMI bis plutôt que d'insister à obtenir un plus grand rôle dans l'actuelle institution internationale, ce qui leur avait d'ailleurs été promis en 2010. De fait, la proposition peut paraître tentante. Pourquoi s'obstiner à revendiquer plus de pouvoir dans un périmètre global si les pays riches refusent, malgré les crises (politique, économique, morale, etc.) qui les touchent, de céder aux revendications légitimes des puissances émergentes ? Ne vaudrait-il pas mieux bâtir à côté du monde des repus mal en point un nouveau monde et, par conséquent, imposer de facto un nouvel ordre mondial ?

Dilma et ses pairs n'ont pas été loin d'évoquer cette hypothèse. S'ils n'ont pas évoqué un FMI bis, ils ont en revanche décidé d'étudier la faisabilité d'une banque dédiée au développement et à l'investissement dans les pays émergents, cible au contour flou mais qui semble devoir inclure d'autres pays que ceux du BRICS. C'est, sans aucun doute, à la Chine que l'on doit cette initiative. Mais face aux réticences, notamment du Brésil, la seule décision concrète est la création d'un groupe de travail chargé de rendre compte de ses travaux d'ici deux ans... Bref, un enterrement, façon commission parlementaire de la troisième république.

Les réticences brésiliennes illustrent bien la fragilité du BRICS. Qu'ont en commun les cinq pays ? Très peu de choses en vérité, sinon le désir de peser plus sur les affaires du monde. Mais, contrairement au G7, avant qu'il ne soit remplacé par le biscornu G8, les dirigeants du BRICS ne partagent pas la même vision du monde. À dire vrai, un seul pays de ce club de bric et de broc, la Chine pour ne pas la nommer, défend une vision du monde et a une stratégie à moyen et long terme. Sa vision du monde, c'est celle de l'Empire du milieu de nouveau au centre et aux manettes, d'un parti unique, nationaliste, concédant aux acteurs économiques la liberté de jouer selon les règles du capitalisme moderne. Le Brésil, l'Afrique du Sud et l'Inde n'ont aucune vision à proposer, sinon la perpétuation du monde actuel et de ses structures, moyennant quelques aménagements en leur faveur. Quant à la Russie, elle a tendance à passer son tour, comme au poker.

Et puisque nous parlons de jeu, rappelons que la stratégie de la Chine qui vise à assumer le plus vite possible, mais dans de bonnes conditions, le leadership mondial, repose sur l'emploi des tactiques propres au jeu de go. C'est par l'encerclement des États-Unis que la Chine vaincra. Faire du yuan, progressivement et sans douleur apparente, une alternative au dollar en est un exemple. Et c'est d'ailleurs avec cet objectif que l'idée d'une banque de développement et d'investissement prend tout son sens.
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