23 avril 2012

Le Havre

Tandis que près de la moitié des Français faisaient hier le choix d'une France xénophobe, raciste, repliée sur soi, recuite de haines et de peurs, je suis allé au cinéma. Et j'ai vu Le Havre, celui d'Aki Kaurismäki. Et j'ai vu une autre France, un autre Havre, un havre de fraternité.

Aki Kaurismäki procède par un anachronisme qui nous questionne : la problématique est d'aujourd'hui (la chasse aux clandestins, le rejet de l'étranger), les personnages principaux, nos héros de cœur, se débattent dans un décor de fin des années 50, début des années 60. C'est la France des quartiers dits populaires, la France des gens pauvres – pour appeler un chat un chat – de ces années-là où la solidarité n'était pas un vain mot. Le personnage principal, un cireur de chaussures, a le maintien et la diction d'un aristocrate, mais l'on ne parle pas ici d'une noblesse d'empire ou d'ancien régime, Aki Kaurismäki nous montre ce qu'était alors la noblesse, redisons-le, du cœur.

Cette France a-t-elle été rêvée ou idéalisée par Aki Kaurismäki, cette France a-t-elle vraiment existé ou non ? J'ai, malgré tout, l'impression de l'avoir connue. Le personnage principal s'appelle Marcel Marx. Ce n'est qu'un signe, pas un programme, plutôt un enseignement.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...