04 juin 2012

Rio + 20, un sommet inutile ?

Si l'amplitude et la vitesse des phénomènes peuvent et doivent faire l'objet de débats contradictoires, il ne fait guère de doute que nous devons faire face, comme jamais auparavant dans l'Histoire, à la conjonction de la raréfaction des ressources naturelles et d'un changement climatique auquel contribue l'activité humaine. Ces phénomènes étant observés à l'échelle de la planète, il semble raisonnable d'en tirer les conséquences ensemble et de prendre les mesures qui paraissent devoir s'imposer.

De là, deux attitudes sont possibles. Mettre à profit ces crises pour revoir nos modèles de société et de développement, compte tenu que les modèles dominants y contribuent fortement, devrait être la première conséquence à laquelle nous devrions arriver. Or nous savons que les élites politiques et entrepreneuriales ne font pas la même lecture et n'acceptent d'envisager qu'à la marge une remise en cause de leur mode de pensée. Pire encore, ils souhaitent tirer le maximum de profit des difficultés actuelles en les utilisant comme prétexte à créer de nouveaux marchés, tels que celui de l'oxyde de carbone, comme si l'économie de marché et ses dérives spéculatives n'étaient pour rien dans l'état du monde actuel.

C'est dans ce contexte que va se dérouler la conférence Rio + 20. On peinturlura de vert tout ce qui pourra l'être, mais rien ne changera sur le fond, les crises continueront de s'aggraver, de même que les inégalités de richesse. Le fait que des dirigeants comme Barack Obama, Angela Merkel et David Cameron feront l'impasse sur cette réunion est assez significatif. Et ne nous faisons pas d'illusion : si François Hollande traversera l'Atlantique, c'est parce qu'il a été récemment élu et que Rio + 20 lui donnera l'occasion de rencontrer pour la première fois maints dirigeants et notamment Dilma Rousseff, présidente de la sixième économie par le PIB et aussi responsable in fine de la décision à prendre quant à l'achat des Rafale, autrefois promis par Lula. Autant dire que ses préoccupations seront loin d'être en harmonie avec le prétexte officiel du sommet Rio + 20.

Certes aura lieu, parallèlement, un Sommet des peuples pour la justice sociale et environnementale, où les participants plaideront pour une économie vraiment « verte », au service du bien commun, seule capable à leurs yeux de contribuer à la résolution, non seulement des problèmes environnementaux, mais aussi économiques et sociaux qui sont la marque de la crise du capitalisme que le monde affronte aujourd'hui.

Mais cette réunion, aussi sympathique soit-elle, fait penser au Forum social mondial (FSM), imaginé comme alternative au Forum économique de Davos. Ces deux événements, devenus rituels, se renouvellent chaque année. Pour autant, nous ne pouvons pas dire que les lignes bougent. Les initiatives prises lors des réunions du FSM n'ont jamais à ce jour permis des avancées sociales significatives.

Si nous voulons que la crise environnementale et la raréfaction des ressources naturelles soient véritablement prises en compte, il faudra largement plus qu'un énième sommet. Seule l'implication directe de larges couches de nos sociétés serait capable de nous faire avancer vers la résolution de problèmes majeurs et peut-être vers un monde meilleur. Rien ne permet de dire, aujourd'hui, que pareille mobilisation soit en cours de cristallisation.

Ce texte est ma contribution au débat lancé par le site de Frédéric Taddeï, Newsring, auquel vous pouvez participer en cliquant ici.
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