27 juillet 2013

Dominguinhos, le raffinement de la simplicité

Qu'est-ce qui fait qu'une musique vous émeut ? On aurait beau y penser et y repenser, on n'arriverait à rien. On peut se dire que cela tient de notre (mal)heureuse enfance, de traces laissées au plus profond, d'images enchâssées dans un jeu de miroirs, un jeu où il est sans doute permis de tricher. Bref, on n'en sait rien.

Si l'on insiste, si l'on cherche des exemples, on se dira que tel vers ou telle strophe, a priori d'une grande banalité, ne devrait pas provoquer en nous des frissons. Ainsi de :

On dit qu' le ciel est bleu
Gagarine dit pas ça
Il dit qu' la terre est bleue
Allez savoir pourquoi?

Qu'est-ce qui, par un chemin tortueux, est associé à ce nom de Gagarine pour me mettre dans un curieux état d'émotion ? Bref, je n'en sais rien.

Et si l'on a connu, de très loin, Gagarine, qu'en est-il lorsque l'on n'a pas connu, pas même de très loin, dans le jardin, secret ou non, de son enfance un Dominguinhos, né dans le sertão du Pernambouc où l'on n'a jamais mis les pieds, même en imagination ?

Alors, que dire de Eu Só Quero Um Xodó, chanté par beaucoup, mais que j'ai entendu pour la première fois, il y a bien longtemps, de la gorge et la bouche de Gil ? Comment des paroles, que je ne comprenais d'ailleurs pas à l'époque, pouvaient-elles me parler ? Était-ce la magie du mot xodó, si mystérieux ? C'était leur musique, dira-t-on. Mais quand une musique est si éloignée de soi, que dire ?

Que falta eu sinto de um bem
Que falta me faz um xodó
Mas como eu não tenho ninguém
Eu levo a vida assim tão só...

Au lendemain de la mort de Dominguinhos, j'ai entendu Lenine dire, à propos de son aîné du Pernambouc, qu'il était le « raffinement de la simplicité ». Merveilleuse formule, si vraie, si j'ose dire. Et je l'ose en me rappelant une autre formule, mienne celle-ci, que j'aime rappeler à qui me parle de vérité : Não tem verdade, só tem sinceridade. Et si, justement, c'était tout simplement ça la clé : la sincérité ?
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