09 novembre 2007

L’art de réchauffer les nouvelles

Dilma, c’est du solide, c’est du sérieux. Pas de la poulette à sénateur, type Mônica Veloso, qui finit couchée sur le papier glacé de Senhor Playboy. Dilma Rousseff, notre ministre Chefe da Casa Civil, est notre Dame de fer.

C’est elle que Notre Brésident a chargé d’une manoeuvre de diversion, pendant que lui prenait la route de Santiago et du sommet ibéro-américain. Dilma s’y est collée, comme elle sait faire, en roulant ses gros yeux, en superlativisant chaque mot de son discours. Le Brésil, a-t-elle dit, entre dans la cour des grands. Le Brésil passe du 24ème rang au 9ème rang des producteurs de pétrole, grâce à Petrobras qui vient de découvrir un gisement géant de brut léger et de gaz dans le bassin de Santos. Aussitôt dit, la Bourse de São Paulo s’est étranglée et les actions de Petrobras ont bondi de plus de 10%. En ces temps de turbulences pétro-dollaro-boursières, la performance méritait d’être saluée.

Cette nouvelle ne pouvait bien sûr pas mieux tomber, au moment même où Lula s’apprêtait à rencontrer Evo et où Sergio Gabrielli devait reprendre les négociations avec son homologue bolivien pour éventuellement relancer les investissements de sa compagnie chez l’ami andin.

Mais voilà, c’était sans compter sur la gueule de bois du lendemain matin. Il y a de méchants journalistes qui n’aiment pas Lula et qui fouillent les poubelles de la presse en ligne pour en exhumer des trésors d’antilulisme : cette nouvelle extraordinaire, qui avait de quoi rabattre le caquet de cet oiseau de malheur d’AIE, cette nouvelle superlative avait déjà été communiquée deux fois par Petrobras, le 11 juillet 2006 et le 4 octobre 2006.

Et puis, pour refroidir encore un peu l’atmosphère, sont venues les précisions. Les fausses nouvelles réserves étant situées à 6000 mètres de profondeur, leur exploitation ne démarrera que vers 2013, année où l’on (qui ?) table sur un baril autour de 300 dollars, condition sine qua non du démarrage des opérations.

D’ici-là, m’est avis qu’il se sera passé quelque chose sur le front du pétrole. Je les vois tous, nos chefs d’État, réunis sous l’égide des Nations unies, Mme Clinton et Monsieur Poutine, Monsieur Hu Jintao et Madame Merkel, Monsieur Brown et Monsieur Sarkozy (qui aura succédé à lui-même), Madame Nippon et Monsieur Hindou, Monsieur Brésil et Madame Afrique du Sud (qu’il est difficile aujourd’hui de mieux nommer), je les vois tous écouter religieusement la lecture par Ban Ki-moon de leur déclaration conjointe, décrétant l’interdiction universelle des véhicules automobiles particuliers, le sacrifice indispensable à la survie de l’espèce.

Je rêve ? Oui, sans doute, mais ça vaut mieux que de cauchemarder !
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