03 août 2009

Retour à Brasília

Retour à Brasília. Quand je parlais de revenir à Budapest, à Berlin, à Vitória. Mais retour à Brasília, parce que ce matin, en commençant la digestion de mon café da manhã, je commence la lecture du cahier Mais de la Folha de ce dimanche déjà passé. Passé aussi vite qu’un nuage léger à la dérive dans un ciel d’azur.

Brasília, donc. Brasília que Marshall Berman, professeur à l’université de la ville de New York, assassine en deux paragraphes, quand Ernane Guimarães Neto lui demande s’il pense encore que Brasília est un mauvais exemple de modernité.

« Com certeza. Quando ouvi falar pela primeira vez da cidade, pareceu-me que havia grande coisa lá. Mas os moradores viram que era um desastre levar a vida em uma cidade cujos segmentos não interagem. »

J’ai déjà dit ce que je pensais de Brasília, ville du passé. Mais je ne cache pas que je connais des personnes qui disent aimer vivre à Brasília. Comme Carpintero, professeur d’architecture lui aussi, qui rejoint pourtant Berman dans son analyse de la ville, ici, par exemple :

« Será que Brasília era apropriada mesmo para os tempos de ontém? Só se você aceitar o modelo de Luís XIV em Versalhes, de o governo manter distância do povo. Luís XIV era um dos heróis de Le Corbusier. Para Niemeyer, seguidor de Le Corbusier e de Stálin, esse estilo de autocracia fazia sentido. Quando as pessoas exigem democracia, querem o governo a seu alcance. »

À Brasília, les députés et les sénateurs sont enfermés dans des bunkers, au centre d’une esplanade immense. Au centre du vide. Sarney est enfermé là, dans le Sénat qu’il préside, seul face à trois sénateurs et aux caméras de télévision. Il parle. Dans le vide. Tente de se défendre des casseroles qui l’empêchent de faire le moindre pas sans tintinnabuler. Dans le vide. Sarney accusé, Sarney encombré, Sarney pestiféré. Mais Sarney toujours président du Sénat. Sarney toujours pas prêt à rejoindre le mausolée où il a planifié de reposer. Éternellement. Comme Lénine sur la Place Rouge. Comme Mao Zedong. Sarney et sa moustache stalinienne. Sarney, petit père du peuple du Maranhão.

Il y a, de temps en temps, des manifestations à Brasília. Organisées à grands frais de transport. Des dizaines de milliers se sont aussi rassemblés lors de la première cérémonie d’investiture de Lula. Mais auraient-ils été des millions qu’ils n’auraient pas réussi à faire foule. En prêtant serment, Lula disait adieu au peuple brésilien, au peuple de ses électeurs, qui l’observait de loin. Déjà. À Paris, les grandes manifestations vont de Bastille à République, de Répu à la Nation. Jamais, ou presque, sur l’esplanade des Invalides, balayée par le vent, ratissable par les forces de police. À Paris, les grandes révoltes éclatent dans le Quartier Latin, entrelacs de rues étroites encore, que Haussmann n’a pas totalement rayées de la carte. Il n’y a pas de révolution possible à Brasília. Le peuple brésilien est tenu à l’écart, comme le peuple français était tenu à l’écart de Versailles.

Mais Louis XIV n’a pas empêché Louis XVI. Et Versailles n’a pas empêché Paris. Reste que l’on peut se demander quelle Bastille serait à prendre au Brésil ? Cela ne pourrait être qu’à Rio ou São Paulo. Plutôt São Paulo, la vraie capitale du Brésil. La Bourse ? La Bovespa, la Bourse des valeurs de São Paulo. Quels meilleurs symboles d’oppression que les bourses par les temps qui courent ?

brasília (176r)
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