03 décembre 2011

Chevron paiera-t-il ?

Je n’avais pas pris la peine, jusqu’à ce jour, de commenter la fuite de pétrole d’un forage en eaux profondes (1.200 m), dans la baie de Campos, d’une concession accordée à la deuxième compagnie pétrolière des États-Unis, Chevron. Nombreux ont été les articles de la presse internationale, relatant l’accident puis l’annonce de la condamnation de l’entreprise à payer une amende de 50 millions de reais (environ 21 millions d’euros), cette dernière information étant claironnée avec jubilation, comme si tout était rentré dans l’ordre, les méchants ayant été punis.

La suite retiendra-t-elle leur attention ? J’en doute, les médias, et sans doute les lecteurs et spectateurs, courant jusqu’à l’essoufflement après les nouvelles fraîches du jour, oubliant le plus souvent de suivre sur le moyen terme — et je n’ose parler du long terme ! — les aléas et conséquences des faits ayant déclenché la mise à la une.

Or, pendant les 10 ans qui ont précédé cet accident, 93 infractions du même type ont fait l’objet au Brésil d’autant de condamnations, pour un montant total de 57,3 millions de reais (environ 24 millions d’euros). De cette somme, déjà dérisoire si on la compare aux dommages occasionnés, seulement 200.000 reais (environ 83.000 euros) ont été effectivement payés.

L’explication est simple : les entreprises fautives font systématiquement appel, sachant qu’au Brésil, comme dans d’autres pays, les procédures peuvent nécessiter 20 ans, voire plus, pour épuiser les recours.

Dans ces conditions, pourquoi se priver ? D’autant qu’un des représentants de Chevron s’est étonné publiquement que les autorités brésiliennes leur cherchent des poux alors que ce genre d’accident interviendrait ailleurs (en Afrique ?) quasi quotidiennement sans déclencher le moindre émoi. Chevron paiera-t-il un jour pour le désastre survenu en novembre dans la baie de Campos ?

Au-delà de ce cas, c’est une autre question qui se profile, plus sérieuse encore. S’il est difficile à 1.200 m de contrôler les fuites, qu’en sera-t-il lorsque les puits en eaux très profondes (de 6 à 7.000 mètres) de la zone dite du pré-sal seront exploités à une large échelle ? Croisons les doigts !
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