02 mars 2012

Itinéraire d'un petit Machiavel

Ils ont été jeunes. Ils se sont connus à l'université. La ville et sa banlieue comptaient alors trente fois moins d'habitants qu'aujourd'hui. Les familles étaient rares et prolifiques, elles étaient connues de tous, de près ou de loin. Leurs patronymes étaient surtout italiens et allemands, et encore suisses, portugais, français...

L'opposition à la dictature rassemblait ces étudiants. L'assassinat du père Gabriel les a secoués. Beaucoup d'entre eux ont nourri très tôt et très secrètement des ambitions. Beaucoup rêvaient déjà de faire carrière politique. Ils ont adhéré à des partis « de gauche » au moment où les militaires commençaient à lâcher la bride. Pour la plupart, le PT a été le premier parti auquel ils ont adhéré.

Les années ont passé, leurs chemins se sont écartés. Quelques uns ont changé de parti au gré de leurs intérêts. Une fois, deux fois, trois fois. L'un d'entre eux a été élu gouverneur, un autre maire de la capitale. Parmi les amis de jeunesse, beaucoup ont été appelés pour assumer des responsabilités. Les renvois d'ascenseur se sont multipliés. Certains en ont profité pour s'enrichir.

Aujourd'hui, l'un a quitté le palais du gouvernorat, l'autre s'apprête à laisser la mairie, atteints qu'ils sont par la limite de deux mandats successifs, celle-là même qui a empêché Lula d'être élu une troisième fois d'affilée. À l'approche des élections municipales, le premier envisage de succéder au second. Sans doute est-ce moins « valorisant », mais ça peut être un moyen de se maintenir en forme et de préparer le coup suivant. Notre petit Machiavel n'est jamais aussi créatif, au risque de se montrer pervers, que dans l'adversité. N'orchestre-t-il pas déjà une machination visant son ancien allié et, par ricochet, son dauphin présumé ? Les journaux locaux ne se font pas prier pour relayer les accusations de corruption, fussent-elles aberrantes. Il est vrai qu'en accusant un rival, il souffle sur l'écran de fumée qui peut le protéger lui-même et fait, de la sorte, d'une pierre deux coups. Machiavel en action !

Il leur arrive de se croiser, l'un et l'autre, de participer aux mêmes événements, d'être invités aux mêmes fêtes. Il faut les observer se prendre dans les bras l'un l'autre et se donner d'amicales tapes dans le dos. Faut-il rappeler qu'en nombre de contrées l'embrassement a été remplacé par la poignée de mains et l'échange de regards ? L'embrassement permettait de porter trop facilement les coups de dague dans le dos !

Photo (c) PixeLuz / Francis Juif
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...