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09 septembre 2018

Marcia Baila

Cela se passe le long du Doubs, un samedi de septembre, une vraie journée d'été...
Marcia, elle danse sur du satin, de la rayonne
Du polystyrène expansé à ses pieds
Marcia danse avec des jambes
Aiguisées comme des couperets
Deux flèches qui donnent des idées
Des sensations
Marcia, elle est maigre
Isabelle Bazin, elle est pas maigre, elle est plutôt gironde. Isabelle Bazin, c'est une des musiciennes, pour l'occasion chanteuse munie d'un porte-voix, une des musiciennes de l'Orchestre National de Ukulélés. Isabelle Bazin, surgeon de la Rita Mitsouko.
Cela se passe le long du Doubs, dans le cadre de la 71ème édition du Festival international de musique. Et c'est à Besançon, vénérable capitale de la Franche-Comté...
Belle en scène, belle comme à la ville
La voir danser me transforme en excité
La foule est là qui l'écoute, qui les écoute, ceux et celle de l'Orchestre National de Ukulélés. Sur l'eau du Doubs, il y a aussi l'intrépide quintette de cuivres Le Vesontio, à bord d'un Dragon Boat...
Moretto
Comme ta bouche est immense
Quand tu souris et quand tu ris
Je ris aussi, tu aimes tellement la vie
Quel est donc ce froid que l'on sent en toi?
Le Dragon Boat s'écoule au rythme des pagayeurs. A son bord, les cuivres. Et sur les quais l'Orchestre National de Ukulélés. Et sur les quais 3000 Bisontins aussi, qui les suivent et les écoutent. Et sur les quais quelques extra-terrestres aussi.
Et au même moment, le long des rues de centaines de villes du monde entier, de petites foules de citoyens inquiets, des citoyens qui voudraient alerter l'immense majorité silencieuse quant à l'urgence de se lever et de gueuler. L'urgence de se les bouger, de bouger leurs jambes, de faire de leurs jambes des jambes aiguisées comme des couperets. C'est qu'il est peut-être trop tard... Trop tard pour sauver la planète, celle que nous avons connue quand nous étions d'innocents enfants. Trop tard pour sauver l'humanité contre le suicide qu'elle semble avoir renoncé à éviter...
Mais c'est la mort qui t'a assassinée, Marcia
C'est la mort qui t'a consumée, Marcia
C'est le cancer que tu as pris sous ton bras
Maintenant, tu es en cendres, cendres
C'est la mort qui t'assassine, mon amie la Terre. Qui nous assassine, nous chétifs êtres humains. Maintenant que nous sommes en cendres, cendres.
La mort, c'est comme une chose impossible
Et même à toi qui est forte comme une fusée
Et même à toi, qui est la vie même, Marcia
C'est la mort qui t'a emmenée
Et à 10000 km de là, de Besançon et du Doubs, c'est une nation qui s'apprête à se suicider. Un pays appelé Brésil, un pays de braises. Que la mort consume. Avec ses vraies violences et ses faux attentats, orchestrés pour propulser au pouvoir un nouveau dictateur, surgeon latino-américain d'un Mussolini...Un surgeon nommé Bolsonaro. Le Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on gave d'huile de ricin les nègres et les pédés. Un Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on fusille les petralhas.
Marcia danse un peu chinois
La chaleur
Dans les mouvements d'épaules
A plat
Comme un hiéroglyphe inca
De l'opéra.
Et les Chinois aussi. Les Chinois qui hésitent encore un peu quant aux mouvements d'épaule à suivre... A plat, comme un hiéroglyphe inca, de l'opéra... Les Chinois qui ont les clés de notre amie la Terre. Plus encore que les dégénérés étasuniens.
Et nous au bord du Doubs, et sur le Doubs, qui répétons ce jour de fêtes. Combien de jours de fêtes encore ? Avant que les cendres nous retombent dessus. Cendres venues de loin. De très loin. De trop loin, pour nous, chétifs êtres humains.

(Les paroles de chanson sont extraites de Marcia Baila, des Rita Mitsouko)

28 avril 2013

Cuba si, Cuba no

Vu ce titre en caractères gras dans la presse locale : Cem prisioneiros aderem à greve de fome em Cuba. Cent prisonniers, que j'imagine politiques, entament donc une grève de la faim au pays des frères Castro. Intrigué que rien n'en ait transpiré dans la presse internationale, je lis l'article. Et là, surprise, il ne s'agit pas de contre-révolutionnaires cubains, mais des supposés combattants islamistes mis au cachot sans jugement depuis des années dans la base nord-américaine de Guantanamo, base qui certes se trouve sur le territoire cubain !

Et puisqu'il est question d'impérialisme yankee, je ne saurais que trop recommander le film O dia que durou 21 anos, qui jette une lumière crue sur l'implication des États-Unis dans le coup d'état qui a renversé João Goulart en 1964 et porté les militaires au pouvoir au Brésil, pour 21 ans, d'où le titre. Parmi les documents déclassifiés par les Américains et désormais accessibles à qui veut bien s'intéresser à la question, des enregistrements audio nous en disent assez sur l'état d'esprit et l'idéologie des Kennedy et Johnson, pour nous donner envie de tirer une fois de plus la chasse d'eau.

09 février 2012

La fausse neutralité du Brésil

De Londres est venue, via le poly-libéral Financial Times, une injonction faite à Dame Dilma. Il lui faudrait, au prétexte que le Brésil entre dans la cour des grandes nations, se positionner plus clairement vis-à-vis des conflits en cours sur notre planète. À dire vrai, l'argumentaire du quotidien britannique laisse transpirer la volonté de voir le Brésil s'aligner sur les États-Unis et les moyennes puissances occidentales. Et si le plumitif anglais souligne que Dilma a fait quelques pas dans la bonne direction par rapport à son prédécesseur, cela s'apparente à cette méthode bien connue de certains professeurs qui consiste à flatter l'élève en s'appuyant sur les « succès » obtenus à quelques premiers examens. Si Dame Dilma a bien fait, par exemple, de prendre ses distances avec l'Iran en demandant la grâce d'une femme condamnée à la lapidation, alors elle devrait pouvoir se montrer plus exigeante avec les frangins Castro à Cuba.

Cuba, justement. Dilma en revient et n'y a pas joué le rôle que l'éditorialiste du Financial Times aurait souhaité. Si Dilma n'a pas obtenu du gouvernement cubain qu'il autorise Yoani Sánchez à visiter le Brésil, c'est sans doute parce qu'elle n'a rien demandé à Castro et qu'elle a préféré, à l'unisson avec son hôte, dénoncer la violation des droits de l'homme opérée par les États-Unis sur la base de Guantanamo. Par conséquent, on peut dire que le Brésil, par la voix de sa présidente, n'est en rien neutre sur la scène internationale. Simplement, il ne s'aligne pas sur les États-Unis et ses alliés les plus étroits.

Quant à savoir si Dilma a raison de critiquer les États-Unis plus que Cuba, ça se discute. Après tout, s'il fallait tenter d'établir un bilan des atteintes aux droits de l'homme sur la planète, les États-Unis auraient à justifier d'une liste sans doute bien plus étoffée que celle de Cuba. Comparaison n'est toutefois pas raison. Mais il est toujours utile de rappeler le jeu sinistre des États-Unis non seulement à l'étranger par ses interventions sanglantes et, d'ailleurs, in fine contre-productives, mais aussi à la fois chez lui-même et presque partout ailleurs en imposant un modèle économique et de société humaine qui repose sur les deux piliers que sont le libéralisme sans frein et l'aliénation des gens mise en scène à Hollywood et diffusée sur des milliers de chaînes de télévision mondiales.

Cela ne signifie pas que Cuba vaille mieux. Malheureusement, la guerre larvée qui ravage en silence, ou presque, oblige à choisir. C'est ce qu'a fait Dilma.

15 janvier 2012

Marabout, bout de ficelle, selle de cheval

Pour s'installer à Rio de Janeiro, Marc Fischer choisit la colocation dans un grand appartement du Ipanema Penthouse. Lui compris, ils sont six, dont un couple franco-norvégien. Si le Français, Sasha, est là vivant, c'est parce qu'un incident bancaire l'a empêché d'embarquer dans l'Airbus du vol AF 447 qui s'est abîmé dans l'Atlantique. C'est aussi le contexte bancaire qui jouera un rôle dans le destin de Tim, colocataire étasunien. Marc n'est à Rio que depuis quelques jours quand Tim se jette par une fenêtre du onzième étage de la banque où il travaille. Est-ce que, ce jour-là, Marc trouve le moyen qui lui permettra de mettre fin à ses jours ?

Si je me pose la question, c'est parce que je souffre d'hallucinations depuis quelques jours, un symptôme que je ne connais que trop bien, pour l'avoir enduré il y a trois ans. J'entends des mots qui ne sont pas ceux qui ont été prononcés dans mon voisinage, je lis des mots qui ne sont pas ceux imprimés dans les livres et les journaux que je consulte. C'est une sensation assez désagréable. Je sais comment mettre fin à ce malaise, mais la prise du médicament ruine mon sang en détruisant ses plaquettes. Que faire ?

Harry Engler, l'ex-dirigeant tupamaro uruguayen, a vécu un symptôme similaire, dans la cellule où il est resté isolé onze ans. Harry entendait des voix, voyait une serviette se transformer en tapis volant rempli de signes. Pour survivre, Harry a mis au point un exercice : fixer un point sur un mur. Les hallucinations ont alors commencé à passer par ce point. Puis, intuitivement, Harry a fait de ce point le centre d'un cercle dans lequel ses pensées et ses visions seraient circonscrits. Harry a fini par les dompter.

J'en suis là, à la recherche de ma propre technique, pour dompter à mon tour les démons qui m'empêchent de penser clairement. Après sa libération, Harry Engler est devenu chercheur, celui qui a associé pour la première fois maladie d'Alzheimer et protéine précurseur de l'amyloïde. Cet enchaînement d'informations congruentes – celles que, justement, je remarque –, reçues en quelques jours, m'angoisse. Je me demande dans quelle mesure Harry ne serait pas pour moi, dans un autre registre, un signe annonciateur et aussi funeste que le suicide de Tim l'a été pour Marc.

Je me régalais d'un bol d'açaï, cette semaine, quand j'ai aperçu à la caisse Kim Jong-eun. Troublée, elle aussi, mon épouse m'a demandé quelle était, selon moi, la nationalité du jeune Asiatique qui réglait sa note, pressentant qu'il n'était pas un de ces Brésiliens d'origine japonaise auxquels nous sommes habitués. Je l'ai dévisagé et me suis rappelé que Kim avait utilisé un faux passeport brésilien pour visiter, enfant ou adolescent, le Disneyland installé au Japon. Kim utilisait-il le même subterfuge pour maintenant déguster un açaï ? Je n'ai retrouvé mes esprits que lorsque, après le départ de Kim, nous avons demandé à la patronne qu'elle était la nationalité de l'étrange client. C'était bel et bien un Coréen, le fils du patron du Yahoo, un mauvais restaurant japonais du quartier.

Yahoo a frappé les esprits capixabas au point que au moins deux d'entre eux ont volé cette marque pour baptiser leur entreprise. Existe en effet sur la route, qui va de Vitória à la plage de Manguinhos, un parc d'attractions homonyme. Parmi les étranges pensées qui parasitent mon esprit, circule une intuition : Yahoo, la Corée et l'açaï auraient-ils à voir avec le mal dont je souffre ? J'en suis là, Doutor, à ce jour, à ce jouir.

N'avais-je pas promis de tout dire ?

Le lecteur curieux d'en apprendre plus sur Marc Fischer cliquera ici.

Photo : PixeLuz / Francis Juif

07 décembre 2011

Manœuvres aériennes dans le ciel brésilien

Plusieurs annonces aujourd’hui. D’abord, la prise de participation de Delta Airlines dans GOL (100 millions de dollars, soit 3% du capital), qui lui donnera un siège au conseil d’administration. Les deux parties espèrent y trouver leur compte, Delta en se plaçant plus facilement sur les marchés sud-américain et caribéen, Gol en facilitant sa présence sur les liaisons entre le Brésil et les États-Unis, ainsi que sur les vols au départ des USA.

Pour Gol, c’est une première riposte à la prochaine fusion de la TAM et de la chilienne LAN, qui fera de la nouvelle compagnie la plus importante de l’Amérique latine.

Crise oblige, le trafic aérien intérieur brésilien voit sa croissance fortement ralentir. Pour compenser, les deux principales compagnies ont décidé d’augmenter leurs tarifs, des tarifs pourtant déjà fort élevés si on les compare à ceux d’autres pays.

Enfin, dans un tout autre coin du ciel, celui occupé par les militaires, c’est le dossier du Rafale qu’on ressort. Le gouvernement français aurait proposé un nouveau deal : si les Brésiliens acceptaient enfin de signer la commande promise, la France — mais qui en France ? — accepterait de nouveaux transferts de technologie pour la construction d’un porte-avions à propulsion nucléaire avec catapultes et brins d'arrêt (en anglais, CATOBAR — Catapult Assisted Take Off Barrier Arrested Recovery), joujou que seuls deux pays possèdent aujourd’hui, les États-Unis et la France.

07 novembre 2011

Les Espagnols affluent au Brésil

Y aurait-il deux Espagne ? Celle où les indignés occupent les lieux publics et manifestent par centaines de milliers, voire par millions, et celle des repus qui n’ont jamais autant voyagé ? C’est, du moins, l’impression que l’on peut avoir en consultant les derniers chiffres publiés par Embratur relatifs aux touristes étrangers au Brésil.

En effet, de tous les pays européens, c’est l’Espagne qui affiche la plus forte croissance (15%) d’entrées au Brésil cette année. Compte tenu des prix pratiqués au Brésil, il est facile d’écarter une recherche de séjours à prix bradés. À croire qu’il s’agit pour une part de candidats à un travail ici... Mais, c’est sans doute aller un peu loin, les travailleurs clandestins n’étant probablement qu’une (infime ?) minorité.

Autre piste : la dette publique espagnole ne représente-t-elle pas que 65% du PIB, soit nettement moins que celle du Royaume-Uni, de l’Allemagne ou de la France ? D’ailleurs, à la vue de ces chiffres, je me demande bien pourquoi on s’inquiète tant de l’Espagne et que quelque agence de notation a abaissé la note de la dette espagnole. Il est vrai que l’Espagne est dirigée par un socialiste, de la plus molle des espèces certes, mais un socialiste tout de même aux yeux des donneurs de leçon. Ce qui n’est nullement le cas du Royaume-Uni, de l’Allemagne ou de la France.

Au plan mondial, les Espagnols sont toutefois battus par les Péruviens (+32%), les Argentins (+24%) et les Chiliens (+18%), citoyens privilégiés de pays dont on nous dit qu’ils sont à forte croissance. Mais peut-on accorder quelque crédit à tous ces chiffres ?

17 mars 2011

Centenaire de la parution d'un rapport révélant les atrocités commises sur les Indiens d'Amazonie

Le Pérou, ça peut paraître loin de Vitória, mais nous avons ici, dans la région d'Aracruz précisément, des Indiens qui luttent contre une multinationale et ses plantations géantes d'eucalyptus destinées à la production de cellulose.

C'est pourquoi il me semble d'autant plus utile de relayer le communiqué de presse suivant de Survival International.

"Selon le rapport du diplomate irlandais, Sir Roger Casement, publié il y a 100 ans aujourd'hui, des dizaines de milliers d'Indiens furent réduits à l'esclavage, torturés, séquestrés, tués durant les quelques décennies que dura l'exploitation forcenée du caoutchouc amazonien.

Casement avait été envoyé par le gouvernement britannique pour enquêter sur les crimes commis par la compagnie de caoutchouc Peruvian Amazon Company basée à Londres. Il dénonça 'les crimes commis par les employés de la compagnie [qui] relevaient de la plus grande atrocité, incluant de constantes flagellations, des actes de torture et des meurtres'.

Les agents de la compagnie recrutaient les Indiens d'Amazonie occidentale pour récolter le caoutchouc destiné aux marchés européen et nord-américain. En l'espace de quelques décennies, de nombreuses tribus indiennes furent totalement exterminées.

L'histoire de cette terrible période est aujourd'hui presque oubliée, mais pour les descendants des survivants du boom du caoutchouc, la réalité de la disparition des ressources de la forêt est impossible à ignorer.

Les Indiens isolés qui apparaissent dans une vidéo diffusée le mois dernier sont vraisemblablement les descendants des survivants de cette période noire tandis que l'exploitation forcenée des ressources de la forêt continue de nos jours sur leurs propres territoires. Des bûcherons illégaux pénètrent de plus en plus profondément dans leurs forêts, attirés par la haute valeur commerciale des essences précieuses menacées qui s'y trouvent.

L'organisation conservationniste nord-américaine Upper Amazon Conservancy (UAC) a révélé il y a six mois la présence de campements illégaux de bûcherons dans des régions habitées par les Indiens isolés murunahua. Selon une récente déclaration du ministre de l'Environnement péruvien, le gouvernement contrôle près de 100% de l'exploitation forestière : 'Chaque mahogany (acajou rouge) qui est aujourd'hui abattu est géoréférencé et contrôlé'.

Chris Fagan, porte-parole de l'UAC a confié à Survival : 'La déclaration du ministre de l'Environnement est totalement erronée. Les mahogany continuent en majorité d'être illégalement abattus dans des régions protégées du Pérou ou dans des territoires indigènes, sans aucune conformité avec des plans de gestion appropriés'.

Stephen Corry, directeur de Survival International, a déclaré aujourd'hui : 'Lorsqu'il y a des profits à tirer de l'Amazonie, que ce soit en la rasant ou en exploitant ses ressources, ce sont toujours les Indiens qui en pâtissent. C'est ce qui s'est passé il y a cent ans et cela continue aujourd'hui. Un siècle de mesures en faveur des droits de l'homme et de programmes de plus en plus élaborés destinés à sauver la forêt n'a presque rien changé. Et rien ne changera tant que les Indiens et leur terres ne seront pas placés au centre du débat. Ils ont prouvé à maintes reprises qu'ils étaient les meilleurs gardiens de leur propre terre'."

18 août 2009

Bases militaires américaines : le Honduras aussi

Marco Aurélio Garcia, le Marc Aurèle du Lula, na verdade un vulgaire conseiller ès-affaires étrangères, n’a pas toujours sa langue diplomatique dans la poche. Il y a quelques jours, il l’a encore sortie. Pour lâcher, comme ça, l’air de rien, que Zelaya avait confié au patron que l’avion qui l’expulsait de son pays, le Honduras, s’était posé sur une base militaire étasunienne. Et sans doute pas pour ravitailler, compte tenu de la distance entre Tegucicalpa et San José.

Il est comme ça, Marc Aurèle. Il aime bien se payer les ricains. À chaque occasion, il prend parti pour Chávez contre Bush hier, contre Obama aujourd’hui. Et il n’a pas forcément tort. Obama est un imposteur, il est toujours utile de le rappeler.

Il y a peut-être des lecteurs qui vont trouver que j’exagère, que j’en fais trop contre Obama. Pourtant, les informations, les faits — only facts, comme disent les ricains — sont têtus. L’équipe des Clinton en charge de l’Amérique latine fait son boulot. Son sale boulot. L’escale de l’avion militaire hondurien sur une base étasunienne en est un exemple de plus.

Pour lire l’article de la Folha sur le sujet, suffit de clicouiller ici.

12 août 2009

Jeu de go

CNPC. CNOOC. Des sigles qui nous sont encore peu familiers. Il va falloir s’y faire. CNPC : China National Petroleum Corporation. CNOOC : China National Offshore Oil Corporation.

La CNPC cherche à acquérir l’argentine YPF. Ils ont beaucoup de dollars (bientôt pourris) à offrir aux Espagnols de la Repsol, qui détiennent 84% de YPF. Les Espagnols souhaitent réduire leur dépendance à l'Argentine, en récession depuis le 1er trimestre 2009, à la production industrielle en baisse depuis cinq mois, aux investissements en chute libre, et à l'inflation galopante...

Quand ils ne peuvent pas faire d’emplettes aussi directes, comme au Venezuela et au Brésil, les Chinois proposent d’autres accords, à long terme.

Comme dit un cadre chinois au quotidien China Daily, « les prix sont bas, c’est le moment d’en profiter... »

Et il s’agit de faire d’une pierre (de go) deux coups. L’autre cible, tu la connais, ami lecteur, pour avoir lu attentivement les billets qui précèdent.

17 juillet 2009

Micheletti fait son nid

Rentrera ? Rentrera pas ? C’est de Zelaya qu’il s’agit. L’ancien président d’un pays qui ne devrait pas exister, paraît-il. C’est vrai, ça déplacerait le problème... Pour Hugo Chávez, c’est une question d’heures. Pour les États-Unis, il en est hors de question. Petit à petit, les choses se clarifient. Petit à petit, Micheletti fait son nid.

Source : Folha de São Paulo.

06 juillet 2009

Meilleur ennemi

Bush s’était largement désintéressé de l’Amérique latine et l’aurait totalement oubliée s’il n’avait été asticoté de temps en temps par Hugo Chávez qui avait voulu s’ériger en meilleur ennemi du grand Satan. De son côté, W. n’avait rien fait pour perdre le titre d’homme le plus honni au sud du Rio Grande. C’était tellement bien réglé que l’on avait fini par en rigoler, en attendant la mise à la retraite du méchant cowboy.

Avec Obama, tout devait changer. Et tout a changé. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Car pendant que Barack échange des amabilités et des ambassadeurs avec Hugo, dans les coulisses Madame Clinton se tape le sale boulot.

Bush avait suspendu temporairement le bénéfice de la clause de la nation la plus favorisée dont jouissait la Bolivie. Obama l’a définitivement annulé. Et l’on peut se demander si Morales n’a pas vocation à remplacer Hugo Chávez comme meilleur ennemi latino-américain des États-Unis.

28 juin 2009

Coup d’état à Tegucicalpa

Il y a longtemps que l’on n’avait pas connu un coup d’état militaire réussi en Amérique latine. Depuis ce matin c’est chose faite au Honduras. Cela ne semble guère émouvoir le monde. Sauf Hugo Chávez. Mais il est vrai que Hugo s’émeut facilement. De là à ce qu’il menace d’organiser un débarquement... il n’y a sans doute qu’à attendre son prochain coup de sang.

09 mars 2009

Petites provocations entre amis

De visite dans l’Espírito Santo vendredi dernier, Lula a célébré par anticipation — c’est toujours ça de pris ! — l’autosuffisance en gaz naturel du Brésil, annoncée pour 2010.

« Aujourd’hui, je suis heureux comme jamais. Si Petrobras continue à ce rythme, un jour viendra où j’irai voir Evo Morales pour lui dire : Evo, querido, tu es maintenant libre de vendre ton gaz à qui tu veux. Le Brésil n’en a plus besoin. Nous sommes auto-suffisants. Bien sûr, le Brésil va continuer de lui en acheter pour des raisons stratégiques, parce que ça ne nous intéresse pas de croître, en étant entourés de pauvres. Nous devons nous développer ensemble. Mais je dirai ça pour qu’il comprenne bien que, dans la relation entre nos deux pays, moins nous nous disputerons, plus nous produirons. »

Cet extrait de discours est un bon exemple de la manière lulienne de s’adresser aux foules. Il y a du maquignon en Lula, un mélange de forfanterie et de roublardise qui plaît en tout premier lieu à ses fans nordestins ou d’origine nordestine.

Je n’ai pas traduit « querido » pour attirer l’attention sur cette façon, très brésilienne, de s’adresser aux collègues politiques de tout bord. Il ne s’agit évidemment pas de traduire cette adresse par « chéri ». « Mon cher » pourrait éventuellement fonctionner dans ce cas précis, qui revêt parfois en français un côté un peu distancié, voire un peu hautain. Mais il n’est pas sûr du tout qu’il y ait cette intention dans l’emploi ici du « querido ». D’une manière générale, l’emploi de « querido » nous rappelle qu’il y a toujours une bonne dose d’affectif dans les relations des Brésiliens avec autrui, ami comme rival.

Enfin, rappelons que Lula n’avait guère apprécié il y a trois ans que Evo envoie ses troupes occuper les installations de Petrobras en Bolivie, mais qu’il avait tout fait pour calmer le jeu, en dépit des pressions exercées de toute part à un moment particulièrement délicat sur le plan intérieur.

03 février 2009

Ils sont fous ces gringos

Brad Pitt et Angelina Jolie — il semblerait que le premier soit marié avec la seconde — envisageraient d’acheter une maison et de résider au Brésil, avec leurs six enfants. Du moins le temps du tournage du film The Lost City of Z, qui se passera dans le Mato Grosso.

Selon le Daily Mail, la Jolie serait enthousiasmée par cette idée. Elle serait tombée amoureuse de l’Amérique latine en 2007, lors de la visite d’un camp de réfugiés au Costa Rica.

Voilà qui en dit long sur l’idée qu’elle se fait du Brésil. Et sur la santé mentale de la dame...

02 février 2009

Un éclairage équilibré sur le Venezuela de Chávez

Il est très rare de lire des analyses nuancées sur Hugo Chávez et le Venezuela. Le plus souvent, la passion entraîne la mauvaise foi... L’entretien qu’a accordé l’historienne Margarita López Maya, professeur de l’Université centrale du Venezuela, à un journaliste de la Folha, me paraît appartenir à cette peu fournie catégorie. Vous pouvez le lire en cliquant ici.

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Ajouté le 9 février 2009

Sur le même sujet, je vous invite à lire l'analyse lucide de Jean-Luc, en cliquant ici.

06 décembre 2008

Empires du Milieu

Le général de brigade Jean-Vincent Brisset l’a dit au Monde.fr : « Pour la Chine, la France est le maillon faible de l’Europe ». Il fut un temps où la Turquie était l’homme malade de l’Europe, un temps où la Turquie était un homme et où l’on ne se posait pas la question de savoir si la Turquie faisait partie de l’Europe...

La mode aujourd’hui, lexicalement parlant, est au maillon faible. L’influence d’un jeu télévisé, sans doute... Et la France en est. Mieux la France est, la France incarne le maillon faible. Il en faut un, à dégager.

Et puis, le général de brigade ne le cache pas, une fois la France dégagée, ce sera au tour de l’Allemagne ou l’Italie ou je ne sais qui. Sauf l’Angleterre, parce que les Anglais ne se laissent pas marcher sur les pieds. C’est le général de brigade qui le dit et qui en sait quelque chose, lui qui les a vus de haut les Anglais et les autres, du haut de son avion.

Le général de brigade est aussi un sinologue. La sinologie est une valeur qui a la cote haussière. Par les temps qui courent, cela se remarque. Et puis, fini de rire, il faut dire que Jean-Vincent ne dit que des choses sensées, des choses avec lesquelles à Vitória nous sommes d’accord, Jonas et moi. Bref, la France est un pays vassal et son chef, son petit chef, le petit caporal de ce pays vassal. Et que fait-il le Sarkozy, pour signifier sa vassalitude ? Il envoie le tout petit « Raffarin, un ambassadeur tout désigné, porter une biographie du général de Gaulle à Pékin ». C’est à mourir de rire et c’est de la politique. C’est génial, la politique, on se marre, on se tord, on se tape sur les cuisses.

Et puis, ayant retrouvé mon sérieux, je me rappelle qu’on l’appelle aussi l’Empire du Milieu, la Chine. Ça ne date pas d’hier, ni d’avant-hier. Par son histoire, par sa population, par ses dimensions, la Chine a plus que le droit, le devoir, de se voir en maître du monde. Les États-Unis lui tiennent tête, mais ils en auront de moins en moins les moyens. L’Europe pourrait lui tenir tête, mais encore faudrait-il qu’elle existe politiquement.

Le Brésil pourrait être l’Empire du Milieu de l’Amérique du Sud. Mieux, devrait. Ce serait probablement la meilleure façon de tirer son peuple vers le haut. Ce que la Chine fait à ses vassaux pour améliorer le sort de ses habitants — et Dieu sait qu’il y a du retard à rattraper ! —, le Brésil devrait le faire avec ses voisins (dont la France) avec plus de mordant qu’aujourd’hui. Mais, non, notre Lula croit au marketing cul-cul-la-praline du gagnant-gagnant, du win-win comme disent ses inventeurs, qui n'ont pas inventé la poudre. Lula, je ne te donne qu’un conseil, si tu ne veux pas rater encore un tour de la redistribution des cartes, oublie l’école américaine, nourris-toi de l’art de la guerre chinois !

21 novembre 2008

Avec Obama, le retour des républiques bananières ?

Obama n’est pas encore en place que l’on commence à percevoir ce que pourrait être sa politique latino-américaine : restaurer la domination des États-Unis sur la région, et ce sans la moindre imagination, mais par le recours aux vieilles méthodes.

Hillary n’est pas encore officiellement nommée qu’elle fait déjà travailler les officines autrefois au service de son mari, de sinistre mémoire. La lecture de l’article de Jim Shulz ouvrira les yeux des gogos de l’obamania.

Quant à Eric Holder, pressenti pour occuper le fauteuil de ministre de la Justice, Backchich nous en livre une facette intéressante autant que déniaisante. Dommage que Tonio ait déserté la blogosphère, ses commentaires auraient pu nous apporter là-dessus une vision in situ sans nul doute fort utile.

19 novembre 2008

Votre satisfaction m’intéresse : le logement

Lorsqu’on parle à un Français de France du logement au Brésil, presque invariablement lui vient comme première représentation une image de favela, une de ces images d’archive sans cesse rediffusée lorsque le sacrosaint journal de 20 heures vient à évoquer le pays d’outre-Oyapoque.

Selon la Banque interaméricaine de développement (BID), 83% des Brésiliens sont pourtant satisfaits de leurs conditions de logement. Est-ce à dire qu’une part d’entre eux se satisfait du confort offert par sa maison de guingois sur les pentes d’un morro ?

Au-delà de ce qui peut apparaître comme une contradiction aux yeux encombrés de clichés, se pose toutefois la question de la méthodologie de l’enquête menée par Gallup pour le compte de la BID. Je ne leur ferai pas injure de la représentativité de leur échantillon, ni de leur capacité à redresser les résultats pour compenser les distorsions inhérentes aux limites du recueil des opinions.

La question est plus délicate. C’est celle de toute mesure de satisfaction, lorsqu’il s’agit notamment de comparer différents pays. Si 90% des Guatémaltèques se disent satisfaits de ses conditions de logement, cela ne signifie pas qu’ils disposent de meilleurs logements que des Français qui ne le seraient qu’à 75%. Cela peut signifier aussi que le niveau d’exigence varie sensiblement d’un pays à l’autre.

La satisfaction est une perception. Ce n’est pas nouveau, il y a souvent loin de la perception au perçu.

no avarandado do entardecer (001r)

22 mai 2008

Remède et poison

brasil
Lu, dans la Folha de São Paulo du 17 mai, une interview de José Miguel Wisnik, professeur de littérature à l’USP (Université de São Paulo), à propos d’un ouvrage qu’il consacre au football, Veneno Remédio.

Question de Marcos Augusto Gonçalves : « Pourquoi le football s’est-il si bien acclimaté au Brésil ? »

Réponse de Wisnik : « Comme nous le savons tous, le football brésilien a exploité la marge de liberté ludique que le football admet, faisant de cette latitude un instrument efficace. Si le football inventé par les Anglais résout une espèce de ‘quadrature du cirque’ de la modernisation, en joignant le jeu au rite, avec des éléments modernes et pré-modernes, le football brésilien a introduit l’ellipse, le lancer non-linéaire, en démontrant une réelle vocation, qui lui est toute personnelle, à exploiter ses limites et en tirer parti.

Par la maîtrise de ses dons, à la fois enviables et ‘improductifs’, avec tout ce que cela a d’ambigu, le Brésil apparaît aux yeux du monde comme l’inventeur d’une sorte de technologie de pointe de l’oisiveté.

D’où cela vient-il ? De la conjonction de l’esclavage et du métissage, de la dialectique de la roublardise, de ‘l’homme cordial’, du retard, de la puissance anthropophagique ? Je ne vais pas commencer à répondre à cette question ici, alors que je viens de terminer un essai qui devait tenir en 40 pages et qui a fini par en donner 400. Je veux simplement rappeler que, contrairement à tous les autres domaines de la culture de masse, où règnent les modèles nord-américains, le sport le plus universel n’intéresse pas les étasuniens, alors que les sports nord-américains n’intéressent pas le reste du monde.

C’est curieusement là où l’hégémonie de l’imaginaire étasunien est prise en défaut, qu’apparaît mystérieusement le Brésil. »

Il n’est pas dans mon intention, ni même de ma compétence, de critiquer les propos et encore moins le livre de Wisnik, mais je ne puis m’empêcher de faire remarquer que les États-Unis ont en commun avec le Venezuela et Cuba l’amour immodéré pour un même sport, le base-ball. De là à penser que les bisbilles qui fâchent les États-Unis avec ces deux rivaux latinos...

copa 2006

27 mars 2008

Flatteur, va !

Comme il est d’usage avant la visite d’un Chef d’État, la presse du pays hôte ressent le besoin de lui poser quelques questions : vous aimez notre beau pays, vous viendrez accompagné de Madame, vous supportez quelle équipe de football? De bonnes et belles questions, qui appellent de bonnes et belles réponses pour réchauffer l’atmosphère ou mettre en confiance.

Avant sa visite à Recife, ce jour, pour l’inauguration d’une raffinerie, Chávez n’a pas échappé au rituel. Et a affirmé que, bien qu’il ne souhaitait pas une récession aux États-Unis, il pensait qu’au train où vont les choses l’économie du Brésil pourrait dépasser celle du pays nord-américain.
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