Pages

Affichage des articles dont le libellé est criminalité. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est criminalité. Afficher tous les articles

06 janvier 2017

Étudiante japonaise disparue sans laisser de corps

Une étudiante japonaise qui disparaît, probablement assassinée, mais sans laisser de corps. Un assassin présumé, de nationalité chilienne, qui a disparu lui aussi. Voilà qui agite la bonne ville de Besançon où se sont précipités une vingtaine de journalistes nippons.

Voilà qui ne se produirait pas dans la turbulente métropole de Vitória qui en voit pourtant d'autres.

Nous ne manquerons pas de vous tenir informés de ce palpitant fait divers...

(Il fallait bien une affaire aussi rocambolesque pour justifier la reprise de ce blog après deux ans ou presque d'hibernation.)

09 mars 2014

Le Brésil, société guerrière ?

En lisant aujourd'hui une interview de Bertrand Badie dans Mediapart, à propos de l'évolution des guerres, qui seraient selon lui « sans destin ni fonction », je me suis demandé si sa réponse à une question – Les sociétés guerrières que vous décrivez ne rendent-elles pas les conflits beaucoup plus difficiles à arrêter, puisque ces sociétés protègent et entretiennent ceux qui font la guerre ? – ne nous parlait pas aussi, curieusement, du Brésil, alors qu'a priori il est plutôt question des conflits qui touchent des pays comme la République centrafricaine, le Mali, la Somalie. Voici la réponse : 

« Oui, parce qu’une société guerrière, c’est un fait social total, comme disait la grande théorie sociologique. La guerre englobe tout : l’économie, le crime, mais aussi l’éducation, la religion, la protection sociale – combien d’individus dans les pays du Sud n’ont que la guerre comme ressource pour survivre, ce qui peut paraître paradoxal mais s’avère de plus en plus courant ? La société guerrière existe aussi dans la durée : nombre de conflits durent fort longtemps, couvrant des générations entières qui n’ont jamais connu la paix et c’est ainsi que, peu à peu, une société se transforme en espace guerrier. Enfin, la société guerrière crée une culture guerrière : les individus se définissent les uns par rapport aux autres non pas dans un rapport de coexistence mais d’affrontement quasi permanent et total. Cela aboutit à ces éléments si importants dans les sociétés guerrières que sont les milices, les chefs ou les « seigneurs » de guerre, toutes formes d’autorité qui dérogent complètement à la logique de l’État et de la hiérarchie politique classique.

« La grande question qui se pose est donc de savoir ce qu’il convient de faire quand une société devient guerrière et comment arrêter le processus. Car les acteurs qui s’imposent dans ces circonstances, les pratiques qui s’instituent et les jeux qui se dessinent, aspirent évidemment à la permanence. Cela aboutit parfois à un point où négocier peut paraître contre-productif. Un « seigneur de la guerre » qui négocie la paix risque de perdre son autorité et tous les acquis liés à sa fonction. La négociation devient infiniment plus difficile que dans une guerre classique où s’opposent deux États qui, à un moment donné, réaliseront qu’il est bon pour eux d’arrêter l’affrontement et de passer à une solution politique. Soit parce qu’un de ces États a le sentiment qu’il va perdre en continuant à faire la guerre, ou au contraire qu’il obtient l’avantage optimal qui lui permet de négocier en position de force. Tout ce langage bien connu de la diplomatie classique n’est pas transposable aux nouveaux conflits. »

Ce que j'ai souligné ici trouve un étrange écho à propos du Brésil. Car, enfin, comment expliquer que la violence ne cesse d'y prospérer ? Cela reste pour moi un mystère, car si des faits objectifs comme les inégalités sociales sont clairement une des causes de cette violence, cela n'explique pas entièrement la violence. D'autres pays, qui connaissent les mêmes inégalités, ne produisent pas un tel niveau de violence.

Le Brésil est un pays où des territoires entiers – les enclaves que sont, par exemple, les favelas – sont le lieu de conflits incessants qui durent bien depuis des générations, conflits qui opposent des milices et des caïds du trafic de drogue, les uns et les autres imposant leurs lois aux populations de ces territoires. Là, c'est aussi, comme le dit Bertrand Badie, une société guerrière créant une culture guerrière, utilisant des médias comme YouTube pour se mettre en scène et diffuser ses propres messages, en compétition avec les télévisions classiques.

Enfin, il n'y a pas de doute que, dans les enclaves dont nous parlons, les formes d'autorité qui prévalent dérogent à la logique de l’État et de la hiérarchie politique classique. À la fin de l'interview, il est question de savoir quelles seraient les alternatives aux interventions actuelles, comme celles de la France en Afrique, « qui ne fonctionnent pas ». Bertrand Badie est lucide, il n'en voit pas pour l'instant. Je peux ajouter, revenant au Brésil, que je n'en vois pas non plus concernant la violence y régnant. Il me semble que dans cinquante ans la même violence continuera à prévaloir, quelles que soient les politiques employées. Et c'est plutôt désespérant.

05 décembre 2013

Inhumanité

Redémarrage en douceur après presque deux mois à l'hôpital. Du moins, c'est ce que j'aurais voulu... Mais il se trouve qu'un faisceau de faits convergents m'incite à replonger côté noir. Pendant mon séjour à l'hosto, j'ai lu L'art français de la guerre, que m'avait prêté l'ami Alain, et Une vie brève, que j'avais acheté à Paris en septembre. Les deux livres ont en commun de traiter, entre autres, de la bataille d'Alger.

Et puis hier soir, l'on nous annonce la mort du général Aussaresses, mort dans son lit à 95 ans, ce sinistre acteur de la bataille d'Alger. Un salopard, pour tout dire. Qui reconnaissait avoir effectué 24 exécutions sommaires. Que l'on retrouve évoqué de près ou de loin, ainsi que ses semblables, dans les deux livres ci-dessus.

Il se trouve que le général Aussaresses et son bandeau, retraité de l'armée, je l'ai souvent croisé mangeant un sandwich le midi dans un établissement de restauration rapide du boulevard Montparnasse où il m'arrivait de reprendre quelques forces entre deux réunions. Je le regardais, assis à deux ou trois mètres de moi, sachant ce qu'il avait été. Je ne dirai pas ce qu'il m'inspirait comme sentiment, celui qui disait s'être « résolu à la torture ».

Et puis hier soir encore, France2 nous sert un portrait de cette créature dédiée à l'inhumanité. Où l'on apprend qu'après la fin de la guerre d'Algérie, le général, cette fois au chômage, a offert ses services à ses congénères du Brésil pendant la dictature.

20 mars 2012

Les puissants et nous, les misérables

Eike Batista, septième fortune mondiale, a un fils : Thor. Celui-ci, vingt ans, renverse un cycliste et le tue. Sans attendre la police, ses gardes du corps le soustraient à l'ire des témoins. La voiture, une Mercedes SLR McLaren, d'une valeur de 2,7 millions de reais (un million d'euros et des poussières), a le pare-brise qui a volé en éclats. Elle sera, elle aussi, enlevée, mais avec l'accord de la police, moyennant la promesse que son propriétaire n'entreprendra rien pour la maquiller.

Dans un premier temps, le père de Thor se répand en déclarations et communiqués pour dire que la famille de la victime, Wanderson Pereira da Silva, sera dédommagée. Lors de l'enterrement, les membres de la famille interrogés par des journalistes disent que personne ne les a contactés pour prendre en charge les frais d'inhumation.

Puis cela devient odieux. Eike Batista défend son fils en attaquant Wanderson Pereira da Silva. Celui-ci aurait mis en danger la vie de trois personnes : celle de Thor et de la personne qui l'accompagnait, en particulier. Pensez donc, Wanderson se serait jeté sur la Mercedes, sans doute mu par un désir aussi soudain qu'irrépressible de manifester sa haine des classes supérieures.

Faut-il ajouter que la version des témoins diffère sensiblement de celle du père qui, soit dit en passant, n'était pas présent. Selon eux, le bolide allait beaucoup plus vite que les 110 km/h autorisés. Selon eux, la Mercedes a tenté de doubler un bus. Selon eux, Thor a braqué brutalement, en voyant arriver en face un autre véhicule. Selon eux, Thor a alors perdu le contrôle de son bolide et n'a pas été capable d'éviter l' accotement où circulait le cycliste.

Faut-il ajouter que Thor avait déjà perdu 51 points de son permis ? Faut-il préciser que, une fois 20 points perdus, le permis doit être rendu ? Peut-on croire le pauvre Thor lorsqu'il dit qu'il ignorait avoir perdu des points ? Est-ce que son père cachait les courriers du DETRAN réclamant le paiement des amendes et informant du nombre de points perdus ? La générosité d'un tel père irait si loin qu'il ne saurait être question de gâcher le plaisir d'un fils en lui retirant son joujou.

Une fois n'est pas coutume, je vous donne quelques commentaires de lecteurs de la Folha de São Paulo. « Une fois de plus, dit Ernesto, le coupable est le cycliste qui s'est suicidé. Ce pays, dit Ronaldo, est un pays sans vergogne. Nous savons tous, dit le Padre Marcos Antonio, comment va finir cet acte irresponsable. » En effet, je crains que nous le sachions.

Croyez vous que cela soit mieux en France ? Des puissants y répandent des paroles de haine, désignent à la vindicte populaire les étrangers, les bougnoules et les youpins, les mangeurs de viande halal et de viande casher. Et lorsqu'un esprit faible les écoute et passe à l'acte, ces mêmes puissants versent des larmes de crocodile. Pire encore, certains espèrent tirer un profit électoral du climat de peur qu'ils ont eux-mêmes créé.

Je me souviens de Jean-Paul Sartre disant, à la faveur d'une interview, qu'il était contre la peine de mort, sauf pour les politiques. De peur de me laisser égarer par la colère, je n'en dirai pas plus.

05 janvier 2012

La descente aux enfers d' Alexandre Estevão Ramos

L'Espírito Santo, ses plages, ses montagnes, sa moqueca capixaba. Et ses prisons. Des prisons qui nous rappellent que l'enfer est une invention humaine, que l'enfer est sur terre et non pas au ciel. Des prisons dont les conditions d'enfermement épouvantables ont déjà été pointées plusieurs fois, au point d'émouvoir jusqu'à des rapporteurs de l'ONU. Des prisons dont se désintéressent les principales autorités locales, à commencer par le gouverneur actuel, Renato Casagrande, qui semble ne pas vouloir faire mieux que l'ancien gouverneur, Paulo Hartung, lui-même moins occupé à promouvoir le bien public qu'à constamment manipuler dans l'ombre ceux qui auraient pu (ou pourraient encore) le gêner. Des prisons auxquelles ne s'intéressent guère les citoyens capixabas. Mais faut-il en être surpris ? Si la presse et les télés locales tiennent avec force détails morbides la chronique des homicides, elles taisent les meurtres  d'État. Il aura fallu qu'un journal en ligne, Século Diário, en parle pour que, malgré le black out décrété par les politiques et leurs complices journalistes, une nouvelle et lamentable histoire finisse par toucher quelques uns d'entre nous, nous toucher à tous égards, et nous décide à la relayer via les réseaux sociaux ou les blogues.

C'est mardi dernier qu'a pris fin le supplice du jeune Alexandre Estevão Ramos, une septicémie signant la fin de sa descente aux enfers. Les souffrances d'Alexandre ont commencé le 18 mars 2010. Touché dans le dos, ce jour-là, par une balle tirée par un policier, il a été abandonné en équilibre instable sur un rocher où il est resté trois heures à perdre son sang, avant que le SAMU lui porte secours. Pour cela, encore aura-t-il fallu que des habitants du quartier réussissent à obtenir d'abord l'envoi sur place d'une équipe d'une chaîne de télévision...

Il restera deux mois dans un hôpital, puis sera transféré dans un autre hôpital. Puis il sera interné au pénitencier de haute sécurité de Viana, sans que sa famille en soit informé et moins encore de son état de paraplégique. C'est dans l'infirmerie de la prison qu'Alexandre contractera une infection généralisée. On le conduira à nouveau à l'hôpital où il sera nécessaire d'amputer ses deux jambes. On le rendra alors à sa famille. Puis ce seront des déménagements, de nouveaux séjours à l'hôpital. À la fin, terriblement affaibli, il n'aura plus la force de parler.

Le récit de cette descente aux enfers est à lire sur le site du Século Diário. Les photos sont difficilement soutenables. La vérité des faits ne l'est pas moins.

Mehdi et moi-même, qui vivons dans l'État d'Espírito Santo, avons pensé qu'il était de notre devoir de répercuter cette affaire au-delà des frontières du Brésil.

Nous publions donc simultanément un article sur le supplice d'Alexandre.

16 décembre 2011

Tours et détours : les paradis fiscaux

C’est l’histoire d’un livre, la genèse d’une enquête journalistique menée par Amaury Ribeiro Jr. Le livre s’intitule A Privataria Tucana. Le mot « privataria » est une invention du journaliste Elio Gaspari qui a su marier avec bonheur les mots « privatização » et « pirataria ». Nous pouvons le traduire par « privaterie » qui est le mariage de « privatisation » et de « piraterie ». Quant au toucan, c’est l’animal symbole du PSDB. Ce n’est pas une fiction, cela commence comme suit: 

« Dans les semaines qui ont précédé le tir, j’avais recueilli les témoignages de dizaines de personnes et consulté des documents et des procès-verbaux policiers dans la ville de Cidade Ocidental. Dans un premier temps, mon travail se bornait à décrire un crime barbare : l’assassinat de deux jeunes filles, Natália Oliveira Vieira, 14 ans, et Raiane Maia Moreira, 17 ans, ayant reçu des balles dans la bouche et dans la nuque. Photographiée par les enquêteurs, la scène du crime était choquante : les deux adolescentes de la classe moyenne avaient été trouvées enlacées et mortes dans des fourrés. À en juger par l’état de leurs vêtements, elles avaient été violées. Je n’ai pas tardé à réaliser que cette scène illustrait le vécu de nombreuses familles qui, poussées par la spéculation immobilière, s’étaient installées dans des villes dortoirs où la loi du crime régnait sans partage. En l’absence de parcs publics, de places ou de quelconques loisirs, la jeunesse passait des journées entières dans les cybercafés. C’était là qu’elles devenaient les proies faciles des trafiquants et autres voyous. » 

À partir de ce fait divers, Amaury Ribeiro Jr remonte un fil qui le conduit jusqu’à la P2 — écho fortuit de la sinistre loge P2 ? —, le service secret de la police militaire de Goiás, et à un certain João Carlos dos Santos, dit Negão, chef d’un réseau extrêmement bien organisé de trafic de drogue, responsable de plus de 150 assassinats de jeunes en l’espace de 6 mois. Sous la pression du reportage, le gouverneur du District Fédéral (Brasília), Roberto Arruda, obtient du ministère de la Justice l’envoi de 374 hommes de la Force de sécurité nationale. Cette intervention massive n’aura pas l’heur de plaire à la P2 et au gouverneur de Goiás (l’État voisin où se trouvent la plupart des villes de la périphérie de Brasília), Alcides Rodrigues. On tentera d’éliminer Amaury Ribeiro Jr. 

Pour la plupart des politiques locaux et pour la presse internationale, la tentative d’homicide ne fait aucun doute. En revanche, pour la police de Goiás, il n’en est rien, la balle reçue par le journaliste n’est que la malheureuse conclusion d’un braquage qui a mal tourné... 

Lorsqu’il quitte Brasília sous haute protection, Amaury, qui craint pour sa peau, décide de ne plus s’occuper de ce genre de sujet et de s’intéresser à la politique. Il ne se doute pas à quel point les chemins du crime organisé et ceux de la politique se croisent et se chevauchent. Dix ans d’investigations le mèneront jusqu’aux Îles Vierges et son paradis fiscal. De quoi rendre furieux nombre de politicards brésiliens et pas des moindres. De quoi lui valoir de solides inimitiés qui mettent sa vie en danger plus sûrement encore que dans le cadre de ses précédentes activités. 

Alors que le livre ne fait l’objet d’aucune recension dans la grande presse, il se vend à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires en quelques jours. Les directeurs des journaux ont de plus en plus de mal à l’ignorer et adoptent la même stratégie : la démolition des thèses de l’auteur. Si les documents présentés, font-ils écrire à l’unisson, confirment bel et bien l’existence d’argent ayant circulé par les paradis fiscaux, ils ne prouvent pas que cet argent était sale ! La plupart des lecteurs de ces critiques ne sont pas dupes et posent deux bonnes questions : pourquoi faire circuler cet argent par les Îles Vierges et autres paradis s’il est propre, pourquoi les personnes visées ne portent-elles pas plainte pour diffamation contre Amaury Ribeiro Jr ? 

Qui est visé justement ? Derrière des figures amies ou parentes, José Serra, finaliste de la récente élection présidentielle qui a vu la victoire de Dilma Rousseff. Autrement dit, la machine à laver du PSDB accusé d’avoir organisé des réseaux sophistiqués de détournement de l’argent public des privatisations opérées pendant la présidence de Fernando Henrique Cardoso (FHC). 

Si en Angleterre ou en France, les pouvoirs politiques ont, lors des grandes vagues de privatisation, fait mine d’y associer les citoyens en faisant la promotion d’un soi-disant capitalisme populaire — bien mal en point aujourd’hui, soit dit en passant —, au Brésil, FHC et son ministre du Plan, José Serra, n’ont pas eu ces pudeurs : les privatisations visaient sans vergogne la concentration du capital nouvellement créé entre quelques mains, au prix de bananes, selon l’expression brésilienne. Mais ce n’était pas tout : selon Amaury Ribeiro Jr, José Serra, sa famille et son parti, se sont eux-mêmes enrichis à la faveur de ces privatisations, en mettant en place de sophistiqués outils de détournement. 

Les exemples ne manquent pas, les circuits sont détaillés, les techniques expliquées, les condamnations — il y en a eu, malgré tout — rappelées. On voyage à New York, plaque tournante elle aussi, on visite les Îles Vierges, les Îles Caïmans, on passe par la Suisse et le Liechtenstein, on fait un crochet par l’Uruguay, tous pays où les officines de blanchiment d’argent pullulent. Cela va si vite que l’on en aurait presque la nausée. On aurait bien tort : au bout du compte, cet argent n’a pas d’odeur, c’est l’argent d’entreprises à succès. Des succès parfois étonnants qui feraient rêver l’immense majorité des entrepreneurs habitués à se battre pour se maintenir à flot. Les hommes derrière les jeux d’écriture, des jeux de piste, nous deviennent familiers. D’ailleurs, pour vivre au Brésil, on a l’impression d’avoir croisé certains de leurs semblables. Ce sont des hommes habiles, qui mènent grande vie, qui ont le don de dribbler la législation, une législation qui leur est parfois favorable. 

Pour certains, ce livre ne serait qu’une entreprise de dénigrement du principal parti d’opposition. L’argument ne tient pas. En effet, si le PSDB est le principal parti visé, les autres ne sont pas épargnés pour autant. L’auteur rappelle les accords tacites entre le PT et le PSDB qui ont permis d’étouffer certaines enquêtes : je te tiens, tu me tiens par la barbichette. « Rabo preso », dit-on au Brésil. Il est aussi question des caciques du PT ayant comploté contre Dilma Rousseff, qui ne sortent pas non plus grandis. Ricardo Teixeira, le président de la Confédération brésilienne du football, souvent soupçonné d’actes de corruption, est aussi épinglé. À dire vrai, c’est un vaste coup de projecteur sur les mœurs politiques locales, tous partis confondus. Reste à savoir quel sera l’impact de ce livre. Permettra-t-il de relancer des enquêtes trop vite enterrées, d’ouvrir de nouveaux dossiers ?

José Serra et les siens annoncent, après quelques jours d’hésitation, qu’ils vont porter plainte. Chiche ! Quant au député Protógenes Queiroz (PC do B), il prétend avoir recueilli plus de signatures qu’il n’en faut pour mettre sur pied une commission parlementaire d’enquête. Chiche ! Nous n’avons pas fini de compter les points...

09 décembre 2011

Chroniques de la favela : ECO 92

« Pour le sommet ECO 92 réalisé à Rio, où devaient se retrouver les leaders mondiaux, il a fallu faire de la ville merveilleuse (1) une forteresse comme jamais auparavant aucune ville du pays n’en avait connue. C’était le premier grand événement mondial organisé au Brésil, les présidents de tous les pays, ou presque, seraient réunis. Comme il n’était pas question de prendre le moindre risque, le gouvernement brésilien a fait venir des policiers de tous les coins du pays pour assurer la sécurité. 

Les policiers venus de l’extérieur ont été hébergés dans des casernes, où ils pouvaient se reposer après les longues heures de surveillance, de jour comme de nuit, vu que le forum ECO 92 n’avait pas d’heures prédéfinies, justement pour assurer la sécurité des chefs d’État. 

Un groupe de ces policiers s’est retrouvé affecté dans une caserne de l’avenue Brasil, tout près du complexe (2) de la Maré, une zone dangereuse composée de plusieurs favelas en conflit permanent pour le contrôle de la vente des drogues, une zone disputée à coups de fusil par les trafiquants, les miliciens et les escadrons de la mort, chacun voulant la plus grosse part du gâteau. Un ensemble de favelas avec une population supérieure à bien des villes du Brésil, où se mélangent travailleurs, drogués, braqueurs, chômeurs, policiers et trafiquants. Un endroit où s’entassent les personnes n’ayant pas les moyens d’habiter dans des quartiers mieux organisés, un lieu que les autorités préfèrent abandonner à leur triste sort : dans ces favelas, où on ne paye ni l’eau ni l’électricité, où les facteurs ont peur de distribuer le courrier, où les enfants vivent dans une crasse sans nom, les rats et les cafards sont à la fête et les chiens et les chats vont librement en faisant leurs besoins n’importe où, sans que personne n’ose se plaindre, de peur qu’un de ces animaux appartienne à un caïd. Une vie difficile, mais où vivre quand on n’a pas de quoi payer un loyer dans les quartiers de la ville ? 

Il y a là pourtant tout ce qu’on peut trouver dans une ville, des banques, des supermarchés, des boutiques, des cybercafés, des ateliers, des opticiens, des bureaux, des écoles, des postes de police et même une caserne, des entreprises et bien d’autres choses que l’on ne trouve que dans les grandes villes, comme la prostitution, les bandits manchots, le pagode (3), le funk, les pots de vin, les bus clandestins, les spectacles, les ordures, les églises, les assassinats, les drogues et, comme je l’ai déjà dit, plusieurs groupes armés. Mais il n’y a pas de vols, il est interdit de battre les femmes, il est interdit d’acheter les bouteilles de gaz en dehors de la favela, de même qu’il est interdit de se connecter à Internet autrement que par les branchements clandestins, car le gatonet (4) a l’œil. La justice d’ici ne traîne pas et la justice est impitoyable, aussitôt la sentence prononcée, aussitôt exécutée. 

Dans une des casernes des environs du complexe, un groupe de policiers chargés de la sécurité de ECO 92 décide, après un jour de travail, de prendre un peu de bon temps. Ils prennent une douche, revêtent leurs insignes et prennent leurs armes, pensant qu’ils pourront intimider les bandits. Sans savoir où ils mettent les pieds, ils entrent dans une des favelas. Mais les favelas ont leurs propres services de renseignement et de sécurité, qui suivent de leurs yeux de chat Antonio, Saulo et Joaquim, les fédéraux. Les trois s’arrêtent dans une gargote pour boire quelques bières, ignorant qu’elles pourraient être les dernières. Ils veulent plaisanter avec le patron, mais lui n’a pas le cœur à rigoler, ils ne comprennent pas, ils ne se doutent de rien. Le patron du bistroquet, seu Manoel, aimerait les avertir, mais les ennemis les guettent, les trafiquants ont tout de suite remarqué qu’ils n’étaient pas de Rio, leur accent, leurs fringues les ont trahis. Pour ne rien arranger, ils sont entrés sans être accompagnés de quelqu’un de la favela. C’est vraiment beaucoup de naïveté, les trafiquants tissent déjà leur toile, ils ont envoyé trois jeunes filles pour qu’elles abordent les fédéraux. Ça n’a pas été difficile de piéger les policiers : des jupes à ras le bonbon (5) et un peu de baratin. Pour leur malheur, l’un d’eux pose la question de trop, il veut savoir où ils peuvent faire la fête, écouter un peu de samba, regarder les filles danser. La réponse est prête, bien sûr qu’elles peuvent les accompagner là-bas, d’ailleurs c’est là qu’elles vont, et eux, se la jouant déjà, acceptent l’invitation, paient l’addition au vieux Manoel qui, une fois qu’ils sont partis, ferme le bistroquet et rentre chez lui pour raconter à sa femme que trois hommes sont entrés dans la favela, ont bu des bières chez lui et se sont laissés entraîner par le mal. Dona Maria, la femme de seu Manoel lui demande pourquoi il n’a rien fait, il se défend en disant que s’il leur avait parlé il ne serait pas là à lui raconter cette histoire. Les trois policiers vont de ruelle en ruelle et plus ils s’enfoncent dans la favela plus ils se rapprochent de la mort. Il n’est pas encore 11 heures du soir et toutes les maisons sont fermées. Ils ne comprennent pas que si les gens de la communauté sont rentrés chez eux, ce n’est pas parce qu’ils se couchent tôt. Les filles n’ont pas leur langue dans la poche, elles les embobinent, leur disent que si tout le monde a fermé la porte et les fenêtres, c’est à cause du bruit. Ça les étonne quand même un peu, ils disent qu’ils n’entendent rien, mais elles ont réponse à tout. Si elles vont là-bas si tôt, c’est pour être sûr d’avoir une table, pour ne pas avoir à rester debout. Et puis elles finissent par entrer dans une ruelle encore plus sombre et, d’un coup, elles se mettent à courir, les laissant sur place. Des trafiquants armés jusqu’au dent, chacun voulant faire bonne figure pour le chef, apparaissent devant et derrière, ils ne leur laissent pas le temps de réagir et commencent leur sale besogne de lâche. Quand ils s’aperçoivent que les trois portent des armes, ils leur tombent dessus. Et quand ils comprennent que ce sont des fédéraux, ils décident qu’ils doivent mourir. Les policiers tentent de négocier, mais l’ordre est donné de les éliminer. On les emmène jusqu’au lieu de leur exécution, un recoin appelé l’aquarium. Les voisins bouclés chez eux entendent tout mais ils n’ont aucune envie de s’en mêler. Les trois sont sur le chemin de la mort quand l’un d’entre eux réussit à s’écarter du groupe et se met à courir. Aussitôt claquent les premiers tirs mais le fuyard riposte et parvient, malgré les blessures, à rejoindre l’avenue Brasil, où il est secouru par des personnes qui passaient en face de la favela. Les deux autres n’ont pas la même chance, ils sont fusillés et leurs corps sont jetés à la mer, le ventre ouvert pour qu’ils ne flottent pas. 

Le lendemain, dans la favela le silence est d’or, on ne parle que tout bas, on n’a rien vu, on ne sait rien. Mais, à l’hôpital, le survivant est opéré, quelques balles l’ont touché. Quand on découvre que c’est un policier, l’hôpital se remplit de ses collègues. Pendant ce temps, les trafiquants chantent victoire et se montrent tranquilles. La vie continue et les jours passent, le policier va mieux et fait la une des journaux, on en parle à la télévision et à la radio : le policier blessé dans la favela du complexe de la Maré doit sortir après vingt jours de convalescence. La situation commence à se tendre dans la favela, les trafiquants cherchent à se cacher. La police civile qui connaît le moindre recoin de la favela fait son enquête, personne ne parle, personne n’a rien vu. Mais les fédéraux l’encerclent, contrôlent les habitants qui entrent et sortent, interdisent la vente de drogues. Ils facilitent aussi l’entrée d’un groupe rival, le Terceiro Comando (6), laissant la population à la merci des échanges de tirs. Le Comando Vermelho (7), qui est la faction qui a tué les policiers, se sent acculé : d’un côté les fédéraux, de l’autre le Terceiro Comando. Chaque jour, la situation empire : s’ils restent, la police les tue ; s’ils s’enfuient, le Terceiro Comando fait le sale boulot. Plus les jours passent, plus les chances de s’en sortir diminuent, le chef de la faction, qu’on appelle Leco Garotão, et son frère choisissent ce qui leur paraît être la meilleure stratégie : se sauver et laisser leurs comparses prendre la relève, avant que leurs comparses les trahissent et les livrent en échange de l’impunité. Ça paraît être un bon plan, mais les policiers cariocas sont des vieux singes, quelques uns d’entre eux se mettent en chasse de Leco et de son frère, ils les retrouvent dans une banlieue de Rio et les tuent. Un autre groupe se lance dans une poursuite infernale, à la recherche de leurs complices, décrits par le survivant. À force, ils finissent par en prendre quatre, Nego Jóia, Boca, Zé Pão et Paraíba. Ils seront condamnés à 18 ans et 6 mois. Le fédéral s’est aussi souvenu des trois filles, celles qui avaient voulu le mener à la mort. Pendant la confrontation, elles chialeront, sachant qu’elles ne s’en tireront pas facilement. Pour avoir servi d’appâts, elles seront condamnées à 6 mois. 

Nego Jóia et Zé Pão n’ont pas résisté longtemps, ils sont morts en prison dans des circonstances restées mystérieuses. Boca a tenté de s’évader et n’a pas eu plus de chance, il a été abattu. Paraíba a accompli sa peine jusqu’au bout, il est sorti en 2010, il n’a plus toute sa tête, il parle à la mer, au ciel, aux oiseaux et ne supporte pas d’entendre les sirènes. Quand elles sonnent, il se fige, droit comme un poteau. En vérité, il a peur de son ombre, il n’a plus l’âge de reprendre du service, il n’a plus envie de commander ou de prendre une arme — ceux qui commandent aujourd’hui sont des jeunots —, il végète, raconte des histoires du temps qu’il a passé en taule. La peur d’y retourner ou de reprendre les affaires fait de lui un homme qui a perdu tout crédit. Il n’a pas le moral, il ne peut compter sur personne — sa famille a fui —, il loge là où on le tolère, il mendie pour manger et voit ses jours filer comme les nuages. 

Les filles sont sorties de prison, elles se sont mariées avec des bandits, elles les ont vu se faire descendre, elles élèvent leurs enfants comme elles peuvent et voudraient leur éviter la vie de merde qui a été la leur. Le crime ne paie pas, ils le savent, mais il est déjà trop tard. »

* * *

Comme les précédents de cette série, ce texte est la transcription d’un récit qui m’a été transmis par un habitant d’une favela de Rio. Les noms des personnages et de certains lieux ont été modifiés.

(1) L’expression portugaise « cidade maravilhosa » désigne Rio de Janeiro.
(2) Le complexe (« complexo », en portugais) est un ensemble de favelas contiguës. 
(3) Le mot « pagode » recouvre divers sens tournant autour de « joyeux charivari » ; il désigne, par métonymie, un genre de musique populaire pratiquée entre amis. 
(4) Branchement frauduleux à Internet. Par métonymie, ceux qui vendent ce service à prix cassé. 
(5) J’emprunte ici l’expression « la jupe à ras le bonbon », chantée par Léo Ferré (La « The Nana »), la proximité phonétique entre le « bumbum » brésilien et le bonbon français se rejoignant avec bonheur dans l’évocation de deux arguments de séduction voisins. 
(6) Littéralement, le Troisième Commandement. 
(7) Littéralement, le Commandement Rouge.

28 novembre 2011

Chroniques de la favela : TCP

« C’est un de ces sigles qui servent de nom pour les groupes armés à Rio de Janeiro. Terceiro Comando Puro (1) est une des bandes de trafiquants les plus violentes de la ville, un regroupement de mecs expulsés du Comando Vermelho (2) et des ADA (3). Elle ne vend pas de crack, mais elle est le principal détaillant de cocaïne à Rio.

La communauté où je vis est aujourd’hui contrôlée par, d’un côté, la milice, formée par des policiers militaires et civils et, de l’autre, le Comando Vermelho. Si tu t’enfuis, la bête t’attrape ; si tu bouges pas, la bête te bouffe. C’est une de ces communautés, une de plus, que l’État a abandonnée, laissant le terrain libre aux trafiquants et aux opportunistes de tout poil. Le Terceiro Comando Puro en a été expulsé par les deux groupes, le Comando Vermelho et les Miliciens, alliés de circonstance. La favela est un point stratégique : elle longe une des avenues les plus importantes de Rio et se trouve tout près de l’aéroport international. La moitié est sous contrôle du Comando Vermelho, l’autre appartient aux Miliciens. La nuit chaque groupe a l’autre à l’œil, la nuit ils surveillent la plage, ils surveillent les coins les plus reculés, ils surveillent l’avenue, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. On dit que plus de 50 personnes sont mortes au combat pendant l’expulsion et qu’aujourd’hui encore il ne se passe pas un jour sans un assassinat. La justice ? Elle reste à l’écart de tout ça, personne n’irait porter plainte, la vie de ces gens-là ne vaut rien.

La peur est dans l’air, chaque tir de fusée de feu d’artifice, chaque voiture qui pénètre dans la favela fait monter la tension. Le silence est la règle, personne n’entend rien, personne ne dit rien, personne ne voit rien. Quand je rencontre un mec sans bras ou sans jambe, je sais que ce n’est pas parce qu’il est tombé de moto mais que c’est le trafic qui lui a pris. Ces gamins sont fiers de faire partie des trafiquants, parce qu’ils sont respectés par toute la communauté. Il n’y a qu’un petit problème, ils ne peuvent pas sortir de la favela, parce qu’ils sont des cibles pour la police et pour les bandes rivales. J’ai demandé à un jeune de 18 ans, amputé d’un bras, s’il était déjà allé à Copacabana ou à Barra da Tijuca. Il a souri et dit que non, il a ajouté qu’il ne connaîtra jamais ces quartiers, qu’il était tombé dans le trafic tout gamin, qu’il était marqué pour toujours et que s’il sortait il ne rentrerait pas vivant. Il a dit aussi que le trafic c’est pour survivre, qu’il a besoin de voler pour avoir assez d’argent pour s’acheter des armes, payer les pots de vin aux miliciens et marquer son territoire. Quand son père, un travailleur, a découvert qu’il était devenu trafiquant, il l’a mis à la porte. Alors il a habité dans le local où on raffine la coke, puis il s’est mis à la colle avec une fille et ils ont eu un bébé. Il ne voudrait pas que son fils suive le même chemin que lui. Je lui ai demandé s’il était heureux et il m’a répondu que tout le monde le respectait mais qu’il ne savait pas combien de temps cela durerait. J'ai répété : mais heureux ? Il aurait aimé l’être, pouvoir se promener avec son fils et au moins connaître Rio, mais il suivait une voie sans retour. Il ne sait pas s’il vivra jusqu’à ses 25 ans. Il pense que, si jamais il est arrêté, il sera assassiné pour paiement des crimes qu’il a commis. Et il a fini en disant que, tant qu’il sera en vie, il lui faudra vivre chaque jour comme si c’était le dernier.»

* * *

Comme les précédents de cette série, ce texte est la transcription d’un récit qui m’a été transmis par un habitant d’une favela de Rio.

(1) Littéralement, le Troisième Commandement Authentique. Le clip qui suit revendique être la bande son originale du TCP, qui n’a cependant rien d’une fiction.
(2) Littéralement, le Commandement Rouge.
(3) Amigos dos Amigos. Littéralement, les Amis des Amis.


23 novembre 2011

Chroniques de la favela : l’engrenage

« C’était ici, dans ces confins qui avaient été terroir de samba, que Pixinguinha avait aimé se baigner, se promener, flirter. Ils ont donné à une école le nom du grand musicien qui s’était épris de ce bout du monde. Les plus anciens disent que c’était un endroit très beau, qu’il avait été le lieu de la promenade préférée de la princesse Leopoldina (1), si bien que la voie ferrée qui coupe les quartiers de la zone nord parallèlement à l’avenue Brasil a été baptisée chemin de fer Leopoldina. Les plus anciens parlent encore de la beauté qu’avait alors cet endroit, quand l’eau de la mer était limpide, que les pêcheurs vivaient de leur pêche et que les jeunes filles et garçons se donnaient du bon temps à la plage.

Avec le début des grands travaux, comme la construction de la Reduque (la raffinerie Duque de Caxias), l’aéroport de Galeão, le pont Rio Niteroi et la base navale, des gens de tout le pays étaient venus et avaient envahi ces parages. Tout avait alors changé dans la plus grande improvisation. Sans argent pour payer un loyer dans un quartier mieux tenu, les ouvriers ont commencé à ériger des habitations de fortune. Puis, sur ce qui avait été les chantiers tout proches, on a commencé à choisir des personnes plus qualifiées et le travail manuel s’est fait rare. Avec le temps, des enfants sont nés et ont grandi, les choses n’ont fait qu’empirer. Les cousins et les amis qui étaient venus de loin, qui désormais habitaient là se sont retrouvés paumés et, faute d’avoir été à l’école ou d’avoir appris un métier, ont d’abord cherché des petits boulots, au noir. Des petits boulots qui étaient loin de rapporter ce que rapportait le trafic. Les agressions se sont multipliées, les vols aussi. Et toutes sortes de sales besognes liées au trafic se sont développées. Avec l’argent facile et l’État se désintéressant de cette population qui augmentait sans contrôle et sans espoir de travailler, les trafiquants n’ont eu aucun mal à prendre le pouvoir. Les guerres entre bandes rivales sont devenues permanentes, chaque jour les familles des premiers ouvriers voient leurs fils se faire tuer ou finir en prison. Les peurs, l’insécurité, le manque de travail et les enfants au milieu des drogues, tout est fait pour que les gens se soumettent aux caïds et dépendent de plus en plus d’eux. Aujourd’hui, les commerçants payent le droit de vendre, les habitants payent le droit de vivre. Il n’y a de lois que celles des groupes d’extermination qui décident de la vie ou de la mort de ceux qui commettent des crimes au sein de la communauté. Comme les policiers sont de mèche, personne n’ose demander justice pour les proches qui ont été assassinés. C’est aujourd’hui un endroit dangereux où l’on n’est l’ami de personne, où c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. »

* * *

Comme les précédents de cette série, ce texte est la transcription d’un récit qui m’a été transmis par un habitant d’une favela de Rio.

(1) Leopoldina Teresa Francisca Carolina Micaela Gabriela Rafaela Gonzaga de Bragança e Bourbon est l’une des deux filles de l’empereur Dom Pedro II.

20 novembre 2011

Cela n’arrive pas qu’aux autres

Il fut un temps lointain où l’on apprenait les décès par un télégramme ou par un coup de fil ; j’ai eu hier deux exemples où on les apprend en baguenaudant sur Internet, l’un via Facebook, l’autre en consultant une gazette locale en ligne.

Apprendre la mort de quelqu’un de la famille en lisant le journal, non pas à la rubrique nécrologique mais à celle des faits divers, ça fait un tantinet tanguer. Je l’avais pas vu souvent, mais il était venu avec sa compagne, elle aussi trucidée, pousser la chansonnette lors de l’anniversaire de mon épouse. Il avait une belle voix de basse et il chantait juste, le cousin Gustavo.

L’an dernier, alors qu’il accompagnait son père à l’église, celui-ci était mort en chantant et la guitare à la main. Carlos et Gustavo, je me souviendrai de vous comme ça, interprétant les classiques de la MPB.

Hier, cela a donc été le tour de Gustavo. Il ne chantait pas, il était tranquillement attablé à la terrasse d’une essencerie, sirotant une bière avec Mariza, sa compagne, une journaliste. Leur dernière bière, avant celle de l’enterrement.

Un homme s’est approché de Gustavo, lui a demandé de le suivre un peu à l’écart, une discussion a commencé. Inquiète, Mariza s’est levée, elle n’aurait pas dû, ce n’était pas à elle que l’homme s’intéressait. L’homme n’a pas obtenu ce qu’il voulait, il a défouraillé. Une balle dans le cou pour Gustavo, une dans le ventre pour la journaliste. Deux morts laissés sur le carreau de la station-service.

Je me suis demandé s’il fallait que je déballe le linge sale en public, je me suis dit que oui, qu’il n’est pas inutile de rappeler que n’importe qui peut rejoindre les pages — au Brésil, elles sont nombreuses et fournies — des faits divers. Une dette pas remboursée à temps et pan : ad patres.

Je sais que pour la plupart de mes lecteurs, des Franchouilles, cela peut paraître loin. Méfiez-vous tout de même, la drogue fait des ravages dans la région parisienne ou en Ardèche, comme au Brésil. Les statistiques officielles, c’est un ; les destins individuels, c’est deux. Et d’ailleurs, dans un monde où la société du vivre ensemble se délite un peu partout, n’ayons pas la naïveté de croire que les homicides ne se multiplient pas en France, contrairement au Brésil, comme voudraient nous le faire croire Guéant et sa clique au ministère de l’Intérieur. C’est qu’en France, les macchabées gênants des règlements de compte du trafic de dope disparaissent subrepticement au profit d’autres plus médiatiques au goût du public français.

     Photo : Francis Juif

Addendum

Dix jours après les deux meurtres, la police a arrêté les assassins, deux hommes et une femme. Les circonstances des assassinats ont été élucidées grâce au témoignage d’une dentiste présente sur les lieux. Plus que des mobiles, drogue et jalousie constituent la toile de fond du crime. Le déroulé détaillé des faits est relaté par le quotidien local A Gazeta. C’est ici.

18 novembre 2011

Chroniques de la favela : le crack

« Grand-mère, c’est être deux fois mère : après avoir élevé les enfants, il faut élever les petits-enfants. Et ça n'a rien de facile. L’âge pèse, l’argent manque, c’est une vie de chien. Et ça fait mal de voir la famille se laisser détruire par le crack.

Ce qui fait le plus mal, c’est de voir la mère et le père des enfants faire basculer leur aîné dans le trafic. Un gamin d’à peine 11 ans jeté dans cette zone pour financer le vice des parents, un gamin qui ne va pas à l’école, qui vit jour après jour au milieu des drogués à qui il vend leurs doses, qui n’a pas l’ombre d’une chance d’en sortir. Il n’a qu’un rêve, celui de se mettre plus tard à son compte, de devenir à son tour le boss du business.

Mais ils sont quelques uns qui ont décidé de changer le cours de cette histoire, d’aider eux-mêmes ce gamin à sortir de la misère, parce qu’il n’y a rien à espérer des autorités et que c’est une course contre la montre : s’il faut faire quelque chose, c’est maintenant ou jamais. La milice a d’abord expulsé les parents de la communauté, parce que c’est le seul moyen de sauver les enfants. Une association s’occupe de l’aîné, celui de 11 ans. La grand-mère s’occupe des deux plus petits, ceux de 7 et 9 ans, adoptés aussi par la pauvre communauté des voisins, parce que tous savent que le trafic est cruel, qu’il tue le jeune comme le vieux. La grand-mère se lève tôt, emmène les deux mômes à l’école, leur prépare le déjeuner. Quand vient la fin de la semaine, c’est au tour de la communauté de faire sa part, de donner à manger, de prendre soin des gamins.

Le trafic continue de jeter aux yeux sa poudre de perlimpinpin, c’est des disputes de chats et souris : pendant que les uns en sauvent de la dope, les autres font cadeau de leurs cailloux. Et les autorités n’attendent qu’une chose, que ça pète, les politicards ne viendront qu’avant les élections pour acheter des votes en échange de bricoles.

Cette grand-mère a déjà perdu deux enfants à cause du trafic, morts au combat contre la police, et maintenant la fille et le gendre. Elle est résolue à ne pas perdre les petits-fils, quitte à demander du soutien à ceux qui peuvent, sans attendre parce qu’elle sait que ses années sont comptées. Cette dame aux cheveux gris, qui ne sait ni lire ni écrire, a beau être fatiguée, elle se bat pour aider les petits-fils, elle rêve encore de pouvoir voir en eux des hommes d’honneur, travailleurs même s’ils doivent rester pauvres, mais loin des drogues. La communauté tente de lui donner un coup de main pour qu’ils n’entrent pas dans les statistiques de la criminalité. »

* * *
Ce texte, comme la précédente chronique de la favela, est la transcription d’un récit qui m’a été transmis par un habitant d’une favela de Rio.

27 octobre 2011

Le Brésil n’est pas un pays violent

Selon le secrétariat de la Déclaration de Genève sur la violence armée et le développement, une initiative diplomatique lancée en 2008, « les régions les plus affectées par la violence meurtrière sont l'Amérique centrale, avec un taux moyen régional de 29,0 (morts) pour 100 000 (habitants), suivie par l'Afrique australe (27,4) et les Caraïbes (22,4) ». 

Non, le Brésil n’est pas un violent et ne mérite pas la réputation qui lui est faite en la matière. D’ailleurs, à en croire cette macabre statistique, il n’arrive qu’en 18ème position des pays les plus violents. Quant au Mexique, dont les télévisions se complaisent à montrer des images de massacres à grande échelle, il n’occupe que le 51ème rang.

Mais trêve d’humour noir, encore faudrait-il pouvoir se fier à des statistiques fiables. Une étude menée à Rio a démontré que la soi-disant baisse des homicides observée ces dernières années reposait sur une classification en trompe-l’œil. Ainsi, le nombre de décès de cause inconnue a explosé au point de compenser les baisses affichées.

Prudence, donc, où que vous soyez. Ne me suis-je pas fait voler tous mes papiers, français et brésiliens, à Prague ! Par excès de confiance, pensant que plus je m’éloignais de Vitória, plus j´étais en sécurité...

08 septembre 2011

Manifestations contre la corruption : du réseau social à la rue

C’était hier la fête nationale et ses défilés militaires. Depuis quelques jours, de gentillettes initiatives lancées sur les réseaux sociaux appelaient à manifester contre la corruption. Sur Facebook, il suffisait de créer un événement et de demander à chacun de confirmer sa participation. Quoi de plus facile que de cliquer ! À l’appel des principaux mouvements — indépendants des partis —, 130.000 personnes avaient répondu positivement : ils quitteraient l’écran de leur ordinateur et se retrouveraient dans la rue.

Résultat, ils étaient 12.000 à Brasília mais seulement 700 à São Paulo, munis de sifflets, masques, nez rouges de clown, ou encore le visage peint en noir comme au bon vieux temps.

Face à une aussi faible mobilisation, les zèbres en ligne de mire peuvent continuer de dormir sur les deux oreilles.

Me revient, à propos, une vieille blague. Quelle est la différence entre les partis de gauche et de droite au Brésil ? Il y a ceux qui volent de la main gauche et ceux qui volent de la main droite...

28 août 2011

Le gouverneur du Mato Grosso ne serait-il qu’un vulgaire grileiro ?

Dans ce pays des immensités mal définies qu’est le Brésil, il est souvent hasardeux de se fier aux titres de propriété. C’est vrai dans les régions les moins peuplées, c’est vrai aussi dans les villes les moins mal organisées. Le grilagem est une technique assez banale qui consiste à s’approprier les terres d’autrui, entourloupe d’autant plus facile à réaliser qu’elle se fait en général aux dépens des plus faibles, des analphabètes ou des Indiens.

Les Indiens, justement, n’ont-ils pas été victime de grilagem dès l’arrivée des Portugais sur leurs terres ? En effet, on ne se souvient pas que les capitaines portugais leur aient acheté le moindre bout de terrain. Il est vrai que, comme on le leur a opposé, les Indiens n’avaient pas de titres de propriété à faire valoir...

Cette même histoire se poursuit, par exemple, dans le Mato Grosso. Silval Barbosa (PMDB), son gouverneur, prétend avoir acheté en 2009 à un cacique, Cirênio Reginaldo Francisco, 4.225 hectares. L’embêtant, c’est que ce même cacique n’a découvert qu’en 2010 qu’il avait vendu ces terres, Silva ayant alors déclaré au TSE (tribunal supérieur électoral) qu’elles représentaient 30% de son patrimoine (soit 600.000 reais, environ 260.000 euros). Silval n’avait peut-être pas prévu que Cirênio savait lire.

L’affaire est désormais entre les mains du ministère public. Sans surprise, les points de vue, celui du cacique et celui de la défense du gouverneur, divergent et révèlent un imbroglio dont il est déjà clair qu’il sera difficile à démêler. Comme presque toujours dans ce genre d’affaires. Mais là où ça se corse, c’est que le cacique se souvient que les terres ne lui ont été attribuées qu’en 2003, l’opération lui ayant été suggérée par un agronome de la FUNAI et des agents de l’INCRA, ces deux organismes étant en charge respectivement des relations gouvernementales avec les Indiens et du développement agricole. Fédéraux, ces hectares seraient ainsi passés aux mains du cacique, provisoirement, pour mieux les repasser quelques années plus tard au gouverneur. La manœuvre, à laquelle auraient participé quelques vils complices, viendrait alors de loin !

17 juillet 2011

Le grand guignol de la théologie de la prospérité

Par ordre d'entrée en scène :

- Un enfant de neuf ans ;

- Un évêque de l'Église universelle du Royaume de Dieu :

- La mère de l'enfant ;

- Le démon.

Cela se passe dans un temple de cette église, cela se passe de commentaires pour ceux qui comprennent le portugais.

Disons, pour résumer l'intrigue, que l'enfant dit vouloir donner à l'Église tout ce qu'il possède (vendre ses jouets) pour que ses parents cessent de se disputer. Disons encore que la manifestation du démon par la bouche de la mère non seulement atteint des sommets de kitsch mais a tout pour effrayer les enfants de l'assistance, à commencer par le fils de la possédée. Et sans doute la majorité des fidèles, simples d'esprit entre les simples.

16 juillet 2011

Le nombre du jour : 37

Chaque jour, 100 personnes sortent des prisons de l’État de São Paulo, tandis que 137 autres y sont incarcérées.

Le solde de 37 prisonniers de plus par jour non seulement aggrave la surpopulation des prisons mais crée dans le capitale un nouveau Carandiru, en référence à la Maison d’arrêt de São Paulo dans le quartier du Carandiru, désaffectée en septembre 2002 après de graves émeutes et longtemps considérée comme la plus grande prison de l'Amérique latine.

Le complexe pénitentiaire de Pinheiros, dans la zone ouest de la capitale, dispose de 2.056 places et abrite actuellement environ 5.200 prisonniers. Hortolândia, dans la région de Campinas, a vu apparaître ce que l’on appelle un Carandiru caipira (paysan, en français). Dans cette ville, les deux pénitenciers et les deux centres de détention provisoire comptent 6.100 prisonniers dans un espace conçu pour 2.610 personnes.

Pour une population d’environ 190 millions d’habitants, le Brésil compte environ 500.000 prisonniers, les États-Unis (dont la population approche les 310 millions) 2.300.000 (plus que la somme des agglomérations de Lyon et Marseille...) et la France un modeste 65.000, ce qui ne signifie pas pour autant que les conditions de détention y soient meilleures. Mais cela est un autre débat...

15 juillet 2011

Les réductions de peine se ramassent à l’appel

La Justice de Rio de Janeiro a accordé une décision favorable à Salvatore Cacciola en réduisant d’un quart la peine de prison que l'ex-banquier accomplit. Cacciola est (plus ou moins) prisonnier depuis 2007, date à laquelle il a été localisé dans la Principauté de Monaco après avoir fui le Brésil.

La demande de réduction du temps de prison se basait sur un décret présidentiel qui définissait les contours de l'amnistie du dernier Noël, merci petit Jésus. Selon la juge Roberta Barrouin de Souza, Cacciola se trouvait dans une situation conforme aux cas prévus par le décret et avait, par conséquent, droit à une réduction de peine.

Ex-patron de la banque Marka, Cacciola a été condamné à 13 ans de prison par la Justice brésilienne, en première et seconde instances, pour crime de gestion frauduleuse d'institution financière, après les scandales des banques Marka et FonteCindam en 1999.

Dans un premier temps, Cacciola a été placé en détention provisoire, mais il a obtenu en 2000 un habeas corpus du juge de la Cour suprême fédérale Marco Aurélio Mello et en a profité pour se faire la malle en Italie, pays dont il a la citoyenneté. Puis, l'assemblée plénière de la Cour suprême étant revenue sur sa première décision, un mandat de prison a été à nouveau lancé. Mais, Cacciola n'étant pas retourné au Brésil, il a été considéré comme fugitif. Une demande d'extradition de l'ex-banquier a été rejetée par l'Italie (cette même Italie qui s’est indignée que le Brésil lui a refusé l’extradition d’un écrivain à succès), au motif que Cacciola possédait la citoyenneté italienne.

Finalement, après avoir été localisé par Interpol dans la principauté de Monaco en septembre 2007, Cacciola a été arrêté puis extradé vers le Brésil en juillet de l'année suivante. Depuis lors, il accomplit (plus ou moins) une peine de prison à Rio.

En 2007, Cacciola aurait-il eu la naïveté de confondre la France et l’Italie en tant que puissance tutélaire de la Principauté ?

29 avril 2011

Travailler à la Poste

Il ne pleut plus. Malgré tout, la BR 262 qui relie Vitória à Belo Horizonte reste impraticable à hauteur de Viana.

L’IBGE (l’INSEE brésilien) nous a annoncé aujourd’hui que nous sommes 3,5 millions de Capixabas. Dont la moitié environ dans ce qu’on appelle le Grand Vitória.

Il paraît que les Français rêvent de travailler dans la fonction publique. Au Brésil aussi. Qu’on en juge : 1,1 millions de Brésiliens se sont inscrits pour un prochain concours des services postaux qui offrent 9000 places...

27 novembre 2010

Bulletin de guerre

Ci-dessous le message envoyé aux résidents français par le Consulat de France à Rio :

"Depuis quelques jours, des bandes criminelles ont lancé des attaques dans la zone urbaine de Rio de Janeiro. Il s’agit le plus souvent d’aggressions contre des bus ou des voitures (dans certain cas en stationnement) qui sont incendiés. Il est arrivé que les occupants des véhicules aient été également dépouillés de leurs biens ou blessés par l’incendie du véhicule.

Il apparait que ces exactions sont commises en réaction à la politique des autorités de Rio de Janeiro de renforcement de la police dans les favelas. Ces attaques engendrent de violentes confrontations entre les bandes criminelles et les forces de police, notamment aux abords de certaines favelas. On peut s’attendre à ce que les violences se poursuivent pendant les jours qui viennent, notamment pendant le week-end.

C’est pourquoi il est conseillé aux ressortissants français de passage ou résidents de restreindre leurs déplacements et d’éviter, dans la mesure du possible, de se rendre dans les quartiers de la zone nord et ouest de Rio de Janeiro ainsi que les municipalités de Duque de Caxias, et São João de Meriti.

Bien que les zones de Rocinha et de Vidigal soient restées tranquilles jusqu’à ce jour, il convient de faire preuve de prudence aux abords de ces deux quartiers.

La recommandation générale d’éviter les favelas hors UPP reste naturellement plus que jamais d’actualité. Pour ce qui est des favelas avec UPP, il est préférable de les éviter pendant quelques jours.
"

Nota : Le choix des caractères gras est celui du rédacteur du Consulat, je les ai laissés en l'état.

01 février 2010

Le fric de l’air

Si vous venez par avion à Vitória pour la première fois, vous serez peut-être étonné de constater la petitesse de l’aéroport, rapport à son trafic. Cela fait des années qu’un chantier est en cours pour le remplacer, cela fait des années qu’il est arrêté par la Justice suite au soupçon d’un système de fraudes transformant les appels d’offres en juteuses pompes à fric.

Depuis hier, nous en savons un peu plus grâce au journal O Estado de São Paulo. Le système ne concernerait pas que Vitória mais un total de 10 aéroports brésiliens, pour un montant approchant le milliard de reais (environ 400 millions d’euros...). Pour Vitória, ville moyenne, il ne serait question que de 61 millions de reais.

Tous les travaux ayant fait l’objet d’un contrat entre les entreprises bénéficiaires et l’Infrareo (l’administration qui gère les aéroports) ont été passés entre 2003 et 2006, soit pendant le premier mandat de Lula.

Le président de l’Infrareo, de cette époque, ne se défendra plus. Il est mort en avril 2009. Ex-député, Carlos Wilson, a été affilié à l’Arena (le parti qui soutenait la dictature), puis au PMDB (le premier parti d’opposition à la dictature, autorisé par celle-ci), au PSDB (le parti de Fernando Henrique Cardoso, le prédécesseur de Lula) et enfin au PT (le parti du président actuel). Comme quoi il n’est pas toujours vrai qu’en vieillissant on vire à droite.

Et puis l’on remarquera, une fois de plus, que les partis ne sont pas regardants sur le cv des candidats à l’affiliation. Du moment qu’ils rapportent... des voix.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...