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09 septembre 2018

Marcia Baila

Cela se passe le long du Doubs, un samedi de septembre, une vraie journée d'été...
Marcia, elle danse sur du satin, de la rayonne
Du polystyrène expansé à ses pieds
Marcia danse avec des jambes
Aiguisées comme des couperets
Deux flèches qui donnent des idées
Des sensations
Marcia, elle est maigre
Isabelle Bazin, elle est pas maigre, elle est plutôt gironde. Isabelle Bazin, c'est une des musiciennes, pour l'occasion chanteuse munie d'un porte-voix, une des musiciennes de l'Orchestre National de Ukulélés. Isabelle Bazin, surgeon de la Rita Mitsouko.
Cela se passe le long du Doubs, dans le cadre de la 71ème édition du Festival international de musique. Et c'est à Besançon, vénérable capitale de la Franche-Comté...
Belle en scène, belle comme à la ville
La voir danser me transforme en excité
La foule est là qui l'écoute, qui les écoute, ceux et celle de l'Orchestre National de Ukulélés. Sur l'eau du Doubs, il y a aussi l'intrépide quintette de cuivres Le Vesontio, à bord d'un Dragon Boat...
Moretto
Comme ta bouche est immense
Quand tu souris et quand tu ris
Je ris aussi, tu aimes tellement la vie
Quel est donc ce froid que l'on sent en toi?
Le Dragon Boat s'écoule au rythme des pagayeurs. A son bord, les cuivres. Et sur les quais l'Orchestre National de Ukulélés. Et sur les quais 3000 Bisontins aussi, qui les suivent et les écoutent. Et sur les quais quelques extra-terrestres aussi.
Et au même moment, le long des rues de centaines de villes du monde entier, de petites foules de citoyens inquiets, des citoyens qui voudraient alerter l'immense majorité silencieuse quant à l'urgence de se lever et de gueuler. L'urgence de se les bouger, de bouger leurs jambes, de faire de leurs jambes des jambes aiguisées comme des couperets. C'est qu'il est peut-être trop tard... Trop tard pour sauver la planète, celle que nous avons connue quand nous étions d'innocents enfants. Trop tard pour sauver l'humanité contre le suicide qu'elle semble avoir renoncé à éviter...
Mais c'est la mort qui t'a assassinée, Marcia
C'est la mort qui t'a consumée, Marcia
C'est le cancer que tu as pris sous ton bras
Maintenant, tu es en cendres, cendres
C'est la mort qui t'assassine, mon amie la Terre. Qui nous assassine, nous chétifs êtres humains. Maintenant que nous sommes en cendres, cendres.
La mort, c'est comme une chose impossible
Et même à toi qui est forte comme une fusée
Et même à toi, qui est la vie même, Marcia
C'est la mort qui t'a emmenée
Et à 10000 km de là, de Besançon et du Doubs, c'est une nation qui s'apprête à se suicider. Un pays appelé Brésil, un pays de braises. Que la mort consume. Avec ses vraies violences et ses faux attentats, orchestrés pour propulser au pouvoir un nouveau dictateur, surgeon latino-américain d'un Mussolini...Un surgeon nommé Bolsonaro. Le Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on gave d'huile de ricin les nègres et les pédés. Un Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on fusille les petralhas.
Marcia danse un peu chinois
La chaleur
Dans les mouvements d'épaules
A plat
Comme un hiéroglyphe inca
De l'opéra.
Et les Chinois aussi. Les Chinois qui hésitent encore un peu quant aux mouvements d'épaule à suivre... A plat, comme un hiéroglyphe inca, de l'opéra... Les Chinois qui ont les clés de notre amie la Terre. Plus encore que les dégénérés étasuniens.
Et nous au bord du Doubs, et sur le Doubs, qui répétons ce jour de fêtes. Combien de jours de fêtes encore ? Avant que les cendres nous retombent dessus. Cendres venues de loin. De très loin. De trop loin, pour nous, chétifs êtres humains.

(Les paroles de chanson sont extraites de Marcia Baila, des Rita Mitsouko)

30 mars 2012

Les BRICS ne plaident pas franchement pour un new deal à New Delhi

Donnez-nous un peu plus de pouvoir et nous vous donnerons un peu d'argent, c'est le message envoyé par les cinq chefs d'état et/ou de gouvernement du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique du Sud réunis à New Delhi, un message transmis aux dirigeants des pays réputés être les plus riches, autrement dit les États-Unis et leurs alliés, pour ne pas dire leurs séides. C'est bien sûr du FMI dont il s'agit, où les BRICS disposent au total de 10% des votes, soit moins que les seuls USA (16%). Rappelons que, lors du G20 de 2010, il avait été décidé de leur accorder justement 16%. Et faut-il rappeler, encore une fois, que cette promesse, comme celle d'une refondation du capitalisme, a été enterrée ? Toutefois, la situation économique étant ce qu'elle est, l'argent disponible étant là où il est, les « riches » finiront peut-être par lâcher du lest et accéder au désir des « nouveaux riches »...

Et puisqu'il était surtout question d'économie à New Delhi – du moins pour ce que j'en sais –, Dilma a ressorti de nouveau sa critique aux banques centrales étasunienne, européenne et japonaise : « Les liquidités excessives qui résultent des décisions politiques agressives prises [...] pour stabiliser leurs économies sont en train de contaminer les économies émergentes, en stimulant une volatilité excessive des flux de capitaux et des prix des commodities ». Dilma n'a pas tout à fait tort. Mais l'ironie du sort, c'est que si elle prêche pour sa chapelle dans un contexte de capitalisme néo-libéral dont elle est un fervent défenseur, sa critique rejoint celle de ceux qui sont convaincus que le capitalisme actuel – donc néo-libéral – est « à l'agonie », pour reprendre le titre d'un ouvrage de Paul Jorion.

18 mars 2012

Ragoût de Chevron

En novembre dernier, Chevron avait fait à ses dépens la une des journaux brésiliens. Puis la presse étrangère avait cru devoir célébrer la condamnation de l'entreprise nord-américaine à payer une amende de 50 millions de reais (environ 21 millions d'euros).

L'exécution de cette décision n'a pas encore été mise en œuvre qu'une nouvelle fuite de pétrole renvoie Chevron en une. Il n'est pour l'instant pas question d'une nouvelle amende, mais du dépôt d'une plainte au pénal. Et comme la majorité des responsables concernés sont des gringos, un procureur a décidé d'interdire à 17 cadres de l'entreprise de quitter le territoire brésilien.

Cela sera sans doute le quart d'heure de gloire peu ragoûtant de ces 17 « criminels » potentiels. Cependant, après délibération entre ma conscience et mon inconscient, il ne saurait être question que je livre en pâture les noms de ces lampistes, contrairement à ce qu'a fait, par exemple, la Folha de São Paulo. En revanche, je ne crois pas inutile de préciser que l'actuel CEO de Chevron se nomme John S. Watson, qu'une certaine Condoleeza Rice a fait partie du conseil d'administration (avant de servir George W. Bush) et que l'un des principaux actionnaires de la multinationale est la compagnie d'assurance française AXA.

25 février 2012

Échanges entre le Brésil et la paire Chine États-Unis : les lignes bougent


Au mois de janvier, pour la première fois depuis deux ans, les échanges commerciaux entre le Brésil et les États-Unis ont dépassé les échanges entre le Brésil et la Chine : 14,58% contre 14,14% du total. Et comment explique-t-on ce retournement ? Nul miracle économique côté américain, mais tout bêtement une augmentation (+31%) des exportations du Brésil vers le « grand frère » nord-américain – tu parles d'un grand frère ! – et une diminution (- 2,6%) des exportations du Brésil vers la Chine. Et de quoi sont-ils si gourmands les Étasuniens ? De produits semi-manufacturés dérivés du fer et d'acier charbon et de pétrole, pardi ! Les économies d'énergie ne sont toujours pas à l'ordre du jour. Et d'autres sources se tarissent, soubresauts géopolitiques obligent.

Photo (c) PixeLuz / Francis Juif

09 février 2012

La fausse neutralité du Brésil

De Londres est venue, via le poly-libéral Financial Times, une injonction faite à Dame Dilma. Il lui faudrait, au prétexte que le Brésil entre dans la cour des grandes nations, se positionner plus clairement vis-à-vis des conflits en cours sur notre planète. À dire vrai, l'argumentaire du quotidien britannique laisse transpirer la volonté de voir le Brésil s'aligner sur les États-Unis et les moyennes puissances occidentales. Et si le plumitif anglais souligne que Dilma a fait quelques pas dans la bonne direction par rapport à son prédécesseur, cela s'apparente à cette méthode bien connue de certains professeurs qui consiste à flatter l'élève en s'appuyant sur les « succès » obtenus à quelques premiers examens. Si Dame Dilma a bien fait, par exemple, de prendre ses distances avec l'Iran en demandant la grâce d'une femme condamnée à la lapidation, alors elle devrait pouvoir se montrer plus exigeante avec les frangins Castro à Cuba.

Cuba, justement. Dilma en revient et n'y a pas joué le rôle que l'éditorialiste du Financial Times aurait souhaité. Si Dilma n'a pas obtenu du gouvernement cubain qu'il autorise Yoani Sánchez à visiter le Brésil, c'est sans doute parce qu'elle n'a rien demandé à Castro et qu'elle a préféré, à l'unisson avec son hôte, dénoncer la violation des droits de l'homme opérée par les États-Unis sur la base de Guantanamo. Par conséquent, on peut dire que le Brésil, par la voix de sa présidente, n'est en rien neutre sur la scène internationale. Simplement, il ne s'aligne pas sur les États-Unis et ses alliés les plus étroits.

Quant à savoir si Dilma a raison de critiquer les États-Unis plus que Cuba, ça se discute. Après tout, s'il fallait tenter d'établir un bilan des atteintes aux droits de l'homme sur la planète, les États-Unis auraient à justifier d'une liste sans doute bien plus étoffée que celle de Cuba. Comparaison n'est toutefois pas raison. Mais il est toujours utile de rappeler le jeu sinistre des États-Unis non seulement à l'étranger par ses interventions sanglantes et, d'ailleurs, in fine contre-productives, mais aussi à la fois chez lui-même et presque partout ailleurs en imposant un modèle économique et de société humaine qui repose sur les deux piliers que sont le libéralisme sans frein et l'aliénation des gens mise en scène à Hollywood et diffusée sur des milliers de chaînes de télévision mondiales.

Cela ne signifie pas que Cuba vaille mieux. Malheureusement, la guerre larvée qui ravage en silence, ou presque, oblige à choisir. C'est ce qu'a fait Dilma.

11 décembre 2011

Tours et détours : le parc technologique de Jundiaí

On prend le train à la Estação da Luz et on arrive, une heure et demie plus tard, dans le centre de Jundiaí. C’est une petite ville de 370.000 habitants, plutôt cossue si l’on en croit les façades des maisons et les tours, mais sans grande originalité. Le théâtre Polytheama est réputé être l’une des rares pièces maîtresses du patrimoine local, mais, malgré une intervention de Lina Bo Bardi, on ne peut pas dire qu’il soit franchement remarquable, sauf à forcer un peu l’admiration. Mais le prétexte de notre virée n’est pas le centre « historique », mais ce qui doit devenir le parc technologique, dont un embryon fonctionne déjà, dans un quartier au nom étrangement prémonitoire de Engordadouro, un quartier appelé à grossir et à devenir l’eldorado high-tech de l’État de São Paulo. 

C’est là que seront bientôt produits les iPad et iPhone de Apple, le fabricant exclusif taïwanais, Foxconn, y construisant ses nouveaux ateliers, les seuls en dehors de la Chine. Je ne peux pas m’empêcher de repenser à nos recherches d’il y a 10 ou 12 ans quand on a commencé à imaginer ce que seraient les tablettes ou les smartphones. Nous explorions alors la convergence fixe, mobile et Internet et testions d’étranges lunettes connectées en Bluetooth et wi-fi, qui à ce jour ne sont pas sorties des labos. Jamais nous n’aurions imaginé alors que le Brésil abriterait l’un des rares centres de production de la marque californienne. Et, d’ailleurs, les lignes de production n’étaient pas notre affaire, tout occupés que nous étions à vivre dans un futur virtuel. J’étais loin d’imaginer aussi, à l’époque, que je ne tarderais pas à laisser tomber cet univers de conte de fée et à changer de continent... 

Pourquoi Jundiaí ? La recette du succès se compose souvent de peu de choses, mais un peu de choses où la volonté politique sert de principal ingrédient. Cela se traduit alors par des aménagements fiscaux et l’installation de pôles universitaires susceptibles de fournir la main d’oeuvre qualifiée indispensable. Ce n’est d’ailleurs pas encore tout à fait le cas et les entreprises déjà présentes ont le plus grand mal à embaucher. Qu’à cela ne tienne, les ingénieurs pourront venir de São Paulo ou de n’importe quelle région du Brésil, et très certainement de l’étranger, en fonction des besoins. 

Outre Foxconn, déjà présente, l’on trouve Itautec (ordinateurs et guichets électroniques), AOC (moniteurs), Bermatech (logiciels) et d’autres, moins connus du grand public, soit déjà opérationnels, soit en phase de construction ou de projet. Les premières tablettes et smartphones devraient sortir des chaînes de montage dans quelques semaines. Cela me paraît un brin optimiste. Mais n’est-il pas vrai qu’il est très optimiste de croire que les stades seront prêts pour la Copa 2014 ? Qu’importe ! Après tout, les Brésiliens sont généralement gens optimistes et cela explique pour une large part leur joie de vivre.

07 décembre 2011

Manœuvres aériennes dans le ciel brésilien

Plusieurs annonces aujourd’hui. D’abord, la prise de participation de Delta Airlines dans GOL (100 millions de dollars, soit 3% du capital), qui lui donnera un siège au conseil d’administration. Les deux parties espèrent y trouver leur compte, Delta en se plaçant plus facilement sur les marchés sud-américain et caribéen, Gol en facilitant sa présence sur les liaisons entre le Brésil et les États-Unis, ainsi que sur les vols au départ des USA.

Pour Gol, c’est une première riposte à la prochaine fusion de la TAM et de la chilienne LAN, qui fera de la nouvelle compagnie la plus importante de l’Amérique latine.

Crise oblige, le trafic aérien intérieur brésilien voit sa croissance fortement ralentir. Pour compenser, les deux principales compagnies ont décidé d’augmenter leurs tarifs, des tarifs pourtant déjà fort élevés si on les compare à ceux d’autres pays.

Enfin, dans un tout autre coin du ciel, celui occupé par les militaires, c’est le dossier du Rafale qu’on ressort. Le gouvernement français aurait proposé un nouveau deal : si les Brésiliens acceptaient enfin de signer la commande promise, la France — mais qui en France ? — accepterait de nouveaux transferts de technologie pour la construction d’un porte-avions à propulsion nucléaire avec catapultes et brins d'arrêt (en anglais, CATOBAR — Catapult Assisted Take Off Barrier Arrested Recovery), joujou que seuls deux pays possèdent aujourd’hui, les États-Unis et la France.

17 novembre 2011

Où émigrent les Brésiliens ?

Ils sont officiellement 491.645 Brésiliens à vivre à l’étranger. Ces chiffres publiés par l’IBGE s’appuient sur les déclarations faites lors du recensement de 2010. En y repensant, je ne me souviens pas qu’on m’ait demandé combien de personnes de mon foyer ont émigré... Cette petite remarque ne sert qu’à souligner que les familles ayant dans leur totalité tenté l’aventure au loin et laissé fermée à double tour la maison, ne sont pas comptabilisées.

Mais ne faisons pas la fine bouche, cela ne doit pas remettre en cause les proportions par pays. Lequel a les faveurs du plus grand nombre ? Malgré la crise, les États-Unis restent le pays de cocagne pour 23,8% d’entre les Brésiliens. La langue facilitant les choses, vient ensuite le Portugal (13,4%). Le castillan n’étant pas si éloigné du portugais, suit l’Espagne (9,4%). Puis c’est le Japon (7,4%), notamment pour les citoyens de l’État de São Paulo où l’on trouve la plus forte concentration de descendants de Japonais (plus d’un million rien que dans la capitale pauliste). L’Italie a attiré 7% des Brésiliens, pour une large part d’origine italienne. Malgré Sarkozy, ils sont plus de 21.500 à avoir choisi la France (Guyane incluse, où ils sont 3.822), ce qui fait de la bête noire footballistique du Brésil la septième destination.

Par continent, l’Europe arrive largement en tête (252.892), l’Amérique du Nord n’accueillant que 129.940 Brésiliens.

Près de 5 Capixabas sur 1000 ont émigré, ce qui fait proportionnellement de l’Espírito Santo le troisième État le plus quitté pour l’étranger.

01 septembre 2011

La fin de l’état de droit en Occident, selon Julian Assange

Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, a beau accomplir une peine de prison domiciliaire, il a donné hier une conférence à São Paulo dans le cadre de InfoTrends. Oui, tu l’as compris, amie lectrice, ami lecteur, Julian s’est adressé au public brésilien grâce à une visioconférence.

Ça a été l’occasion pour lui de dénoncer deux journaux avec lesquels il avait passé un accord, le New York Times et le Guardian. Au second, il reproche notamment d’avoir caché à ses lecteurs des informations concernant la corruption du gouvernement bulgare, que le journal était censé traiter actuellement.

Et pour enfoncer le clou, Julian n’a pas hésité à pointer ses accusations au-delà de la presse commerciale : « Les personnes croient qu’il existe un état de droit en Occident. L’état de droit est en train de se déliter. Les fondements des gouvernements occidentaux s’effondrent ».

Les lamentables rebondissements de l’affaire Bettencourt, révélant une fois de plus que les comportements du chef de l’État français et de ses séides s’apparentent chaque jour davantage à ceux qui ont cours dans les républiques bananières, ne font que confirmer le diagnostic fait par Julian Assange.

29 août 2011

Entre les États-Unis et le Brésil, de la friture sur la ligne

Des dépêches inédites, gardées au secret pendant plus de 10 ans, révèlent que les relations diplomatiques entre le Brésil et les États-Unis ont été marquées par des tensions après la redémocratisation brésilienne.

Écrits entre 1990 et 2001, 261 messages confidentiels contiennent des accusations d’espionnage, de violation de la correspondance et d’arrogante ouverture des malles diplomatiques, ainsi que des critiques contre la politique étasunienne.

Ces télégrammes font partie d’archives d’un million de pages échangées entre Itamaraty, siège du ministère des affaires étrangères brésilien, et les ambassades du Brésil autour du monde.

Sur demande du quotidien Folha de São Paulo, le gouvernement actuel a libéré l’accès à ces documents. Pendant 6 semaines, des journalistes ont effectué des recherches dans les archives, gardées dans 650 caisses dans un sous-sol du ministère, à Brasília.

La divulgation de ce contenu sur le site transparencia.folha.com.br fait partie du projet « Folha Transparência » dont l’objectif est de faire la publicité de documents, qui bien que publics, ne sont pas accessibles librement.

Parmi les sujets de bisbille entre les deux pays, on trouve sans surprise les relations entre le Brésil et Cuba, mais aussi la mise sur écoute de l’ambassade du Brésil à Washington, ainsi que les craintes brésiliennes eu égard à des manœuvres militaires nord-américaines en Guyana.

On peut penser que ces pratiques yankees ne concernaient, ne concernent pas aujourd’hui encore, que le Brésil. Quid, par exemple, de la France ?

23 août 2011

Itamaraty, siège d’une navrante sénilité intellectuelle

Itamaraty, qui désigne le siège du ministère des Affaires étrangères et par métonymie le ministre lui-même, Antonio Patriota, et ses proches conseillers, hésite encore à recommander à Dilma de reconnaître le Conseil national de transition (CNT) comme représentant légitime de la Libye. Cela peut surprendre alors que l’issue du combat entre le CNT et le clan Kadhafi ne fait plus guère de doute. Cela témoigne d’une vraie difficulté, profondément ancrée dans les esprits d’une certaine gauche — ou prétendue telle — brésilienne : entre le diable étasunien et ses rivaux, la sympathie va systématiquement à ceux qui s’opposent aux USA. Les Castro plutôt que les présidents américains (de Kennedy à Obama), Hugo Chavez plutôt que W ou Barack Obama. La liste est longue. Kadhafi en est l’échantillon le plus chaud. Qu’importe que l’on ait, en l’occurrence, affaire à un bouffon et une girouette idéologique, la sympathie lui est acquise.

Si cette incapacité à se prononcer à la fois contre l’establishment nord-américain et contre Kadhafi (et Castro et Chavez et compagnie) est sans doute l’héritage de la guerre froide — je ne vois pas d’autre explication —, elle est aussi le signe inquiétant d’une navrante sénilité intellectuelle et, par conséquent, de l’impuissance à proposer de nouveaux modèles, de nouveaux paradigmes.

Au moment où le libéralisme économique montre son visage le plus hideux, il serait pourtant souhaitable d’offrir une autre alternative à la démocratie à l’américaine, pervertie par le fric, et ses séides européens, que l’une ou l’autre des dictatures antiaméricaines.

07 août 2011

L’ultimatum chinois

La situation est grave, nous dit-on. On pourrait leur répondre que ça n’est pas nouveau. Et d’ailleurs, cela fait des années que des esprits clairvoyants nous annoncent une crise majeure résultant de l’enchaînement des conséquences de l’élection de Ronald Reagan puis de celle de Margareth Thatcher et de leur volonté simultanée de faire courber l’échine des classes moyennes au seul profit des plus riches.

Je ne manque pas de me souvenir de ce citoyen — si je puis dire — des États-Unis qui, au lendemain de l’élection de Reagan, n’avait pu me cacher sa joie. « Je suis déjà riche, m’avait-il alors dit, mais cette fois je vais l’être cent fois plus. » On n’aurait su mieux dire. L’Histoire lui a donné mille fois raison.

Ce qu’il n’avait cependant sans doute pas prévu est la montée en puissance de la Chine, une croissance aussi rapide que soutenue. Et c’est bien à un tournant que nous assistons maintenant. J’ai souri en lisant cet éditorial de la presse officielle chinoise — y en a-t-il une autre ? – mettant en demeure les États-Unis de réagir face au creusement continu d’une dette devenue abyssale. Pure hypocrisie, car s’il est des dirigeants au fait depuis très longtemps de la situation dramatique de leur principal débiteur, ce sont bien les dirigeants du Parti communiste chinois. En mettant la pression sur Obama, en exigeant, pour reprendre le terme qu’ils ont employé, qu’il agisse au plus vite, les leaders chinois lui posent en fait un ultimatum. Ou bien Obama décide un retrait rapide des champs de bataille où l’armée étasunienne est présente (principalement l’Irak et l’Afghanistan), ou bien la Chine vendra tous ses avoirs en dollars, quitte à les brader, afin de déstabiliser définitivement les États-Unis. Après tout, ce peut être le prix à payer pour assurer le leadership mondial en lieu et place des Américains.

On peut déjà imaginer la Chine continuer de produire en masse et vendre sur son propre marché et sur les marchés périphériques (au sens très large) tous les produits que leurs ateliers fabriquent aujourd’hui pour le compte des entreprises nord-américaines. N’y a-t-il pas déjà de faux magasins Apple, certes fermés depuis quelques jours ? Il suffira de les rouvrir et même d’en exporter le concept jusqu’en Amérique du Sud. Sans nul doute, le Brésil les accueillera-t-il les bras ouverts !

Mais ceci n’est qu’un détail ! À quoi vont ressembler les jours, les semaines, les mois qui viennent ? Nul ne le sait. On peut craindre bien des tourmentes, on peut, si l’on est résolument optimiste, espérer qu’il sorte de la tragédie annoncée une nouvelle géopolitique où les États reprendraient le dessus sur les banques et les institutions financières qui dominent aujourd’hui le monde.

Aux États-Unis et en Europe, il faudrait, pour cela, que les peuples se réveillent et réinventent un nouveau modèle de démocratie, comme le revendiquent los indignados en Espagne et leurs cousins en Grèce et ailleurs. Il faudrait que la grève des employés de Verizon aux USA fasse tache d’huile. Cela sera-t-il possible ou bien les peuples se tourneront-ils vers les extrêmes comme ils ont commencé à le faire dans nombre de pays européens depuis quelques années, mus par l’islamophobie ?

Quant au Brésil, sa situation économique devient préoccupante — avec une baisse du poids de son secteur industriel dans son PIB et un retour vers la primauté donnée aux matières premières — et la crise politique qu’il traverse rappelle que l’option militaire n’est plus tout à fait à écarter. Et je ne vois guère ici la population consciente du tourbillon dans lequel le monde est entré.

16 juillet 2011

Le nombre du jour : 37

Chaque jour, 100 personnes sortent des prisons de l’État de São Paulo, tandis que 137 autres y sont incarcérées.

Le solde de 37 prisonniers de plus par jour non seulement aggrave la surpopulation des prisons mais crée dans le capitale un nouveau Carandiru, en référence à la Maison d’arrêt de São Paulo dans le quartier du Carandiru, désaffectée en septembre 2002 après de graves émeutes et longtemps considérée comme la plus grande prison de l'Amérique latine.

Le complexe pénitentiaire de Pinheiros, dans la zone ouest de la capitale, dispose de 2.056 places et abrite actuellement environ 5.200 prisonniers. Hortolândia, dans la région de Campinas, a vu apparaître ce que l’on appelle un Carandiru caipira (paysan, en français). Dans cette ville, les deux pénitenciers et les deux centres de détention provisoire comptent 6.100 prisonniers dans un espace conçu pour 2.610 personnes.

Pour une population d’environ 190 millions d’habitants, le Brésil compte environ 500.000 prisonniers, les États-Unis (dont la population approche les 310 millions) 2.300.000 (plus que la somme des agglomérations de Lyon et Marseille...) et la France un modeste 65.000, ce qui ne signifie pas pour autant que les conditions de détention y soient meilleures. Mais cela est un autre débat...

06 septembre 2009

Turbulences à la veille de la visite de Monsieur Sarkozy au Brésil

Jamais un chef d’État ou de gouvernement français ne semble s’être intéressé autant au Brésil que Monsieur Sarkozy. Il y sera demain à l’occasion de la fête nationale brésilienne, quelques mois après y avoir séjourné à titre officiel comme à titre privé. Mais, contrairement à Clemenceau et de Gaulle, Monsieur Sarkozy n’a pas encore été crédité d’une de ces fortes phrases qui fleurent bon l’ironie à l’égard du Brésil.

L’occasion lui en sera-t-elle donnée demain ? On peut en douter car c’est l’argent des armes qui attire à Brasília le commandant en chef des exportations françaises. Il serait donc malvenu de manier l’humour à un moment aussi délicat. D’autant que les sommes en jeu paraissent considérables. Si considérables qu’il est d’ailleurs impossible d’en avoir une idée juste, tant les termes du contrat de partenariat stratégique entre la France et le Brésil sont floues. Ce qui n’a rien pour surprendre, compte tenu de la nature d’affaires par définition vouées au secret.

C’est cette opacité qui favorise bien des turbulences au Brésil. Les rumeurs vont bon train pour dénoncer cet accord. On peut comprendre que des militaires brésiliens qui ont biberonné aux États-Unis préfèreraient d’autres fournisseurs. Ou que des entreprises allemandes écartées pour la livraison de sous-marins fassent une sale réputation au Scorpène. C’est de bonne guerre et on peut imaginer que du côté français on ne se prive pas non plus de ces armes conventionnelles.

Tout n’est d’ailleurs pas ficelé. Et l’on rêve encore, du côté de chez Dassault, de pouvoir annoncer au plus vite l’achat par le Brésil des fameux Rafales dont les exportations n’ont toujours pas décollé.

Il y a aussi un autre débat, sans doute le plus sensible, sur l’utilité que représente pour le Brésil un tel investissement, alors qu’il y a au sol d’autres guerres à mener, contre la misère ou contre le trafic de drogue. D’autant que l’on peut se demander de quels ennemis le Brésil parle lorsqu’il évoque des menaces sur ces gisements pétroliers off-shore. À bien y réfléchir, je n’en vois qu’un de sérieux, même s’il peut paraître improbable : les États-Unis. Ce qui en soi justifierait aussi de ne point s’approvisionner en armements chez eux. Qui sait si, demain, mis à genoux par la Chine, la plus grande puissance militaire actuelle ne sera pas tenté d’user le dernier atout qui lui restera, celle du feu ?

18 août 2009

Bases militaires américaines : le Honduras aussi

Marco Aurélio Garcia, le Marc Aurèle du Lula, na verdade un vulgaire conseiller ès-affaires étrangères, n’a pas toujours sa langue diplomatique dans la poche. Il y a quelques jours, il l’a encore sortie. Pour lâcher, comme ça, l’air de rien, que Zelaya avait confié au patron que l’avion qui l’expulsait de son pays, le Honduras, s’était posé sur une base militaire étasunienne. Et sans doute pas pour ravitailler, compte tenu de la distance entre Tegucicalpa et San José.

Il est comme ça, Marc Aurèle. Il aime bien se payer les ricains. À chaque occasion, il prend parti pour Chávez contre Bush hier, contre Obama aujourd’hui. Et il n’a pas forcément tort. Obama est un imposteur, il est toujours utile de le rappeler.

Il y a peut-être des lecteurs qui vont trouver que j’exagère, que j’en fais trop contre Obama. Pourtant, les informations, les faits — only facts, comme disent les ricains — sont têtus. L’équipe des Clinton en charge de l’Amérique latine fait son boulot. Son sale boulot. L’escale de l’avion militaire hondurien sur une base étasunienne en est un exemple de plus.

Pour lire l’article de la Folha sur le sujet, suffit de clicouiller ici.

07 août 2009

Le pire n’est jamais sûr

La Chine. La Chine et les États-Unis. Une bien curieuse relation. Une histoire de succession. Qui doute encore que la Chine bientôt, très bientôt, succèdera aux États-Unis pour montrer la voie, imposer sa loi ? Il y a quelques jours, Obama et la fine fleur de son équipe ont reçu leurs homologues chinois. Leurs homologues? Pas vraiment. Plutôt des seconds couteaux. Le signe que la Chine a déjà gagné la partie.

Maintenant, la question, déjà évoquée ici, c’est de savoir quand la Chine va donner le coup de grâce. Les signes s’accumulent pour laisser penser que cela pourrait être dès la fin de cet été. Cela coûterait environ 500 milliards de dollars pour mettre les États-Unis et, accessoirement, le Royaume-Uni à genoux. Même pas la moitié du PIB brésilien. Qui doute encore qu’ils vont le faire ?

J’ai du mal à croire Obama à ce point idiot pour ne pas voir venir le coup. D’autant qu’il a reçu les avertissements en bonne et due forme. En dépit de quoi, Obama annonce aujourd’hui qu’il a évité aux États-Unis une catastrophe. À qui profite ce grossier mensonge d’Obama ?

Ou bien ne ment-il pas. Peut-être pense-t-il sincèrement que les Chinois n’auront pas les couilles. Les dirigeants étasuniens ont déjà montré par le passé une incapacité certaine à imaginer d’autres systèmes de valeur que le leur.

Je ne sais pas. J’imagine qu’on saura bientôt. Je n’imagine pas ce que seront les conséquences au Brésil, en France et ailleurs. Cela dépasse mes capacités de calcul.

17 juillet 2009

Micheletti fait son nid

Rentrera ? Rentrera pas ? C’est de Zelaya qu’il s’agit. L’ancien président d’un pays qui ne devrait pas exister, paraît-il. C’est vrai, ça déplacerait le problème... Pour Hugo Chávez, c’est une question d’heures. Pour les États-Unis, il en est hors de question. Petit à petit, les choses se clarifient. Petit à petit, Micheletti fait son nid.

Source : Folha de São Paulo.

09 juillet 2009

Efficacité et décontraction

Quelle est la valeur optimale de x pour que le Gx gouverne le monde de la meilleure façon ? C’est un problème qui ne semble pas devoir être résolu de sitôt et qui ne le sera sans doute pas à la fin du sommet de L’Aquila.

C’est une question qui n’a, semble-t-il, pas été abordée par Luiz Inácio Lula da Silva et Barack Obama, ce matin, en marge du G8 et avant une réunion d’un Gy construit sur le modèle de la réalité augmentée.

Il faut dire que l’ordre du jour était des plus copieux pour une réunion plutôt brève. En 30 minutes, Obama a demandé à Lula de faire pression sur l’Iran pour qu’il renonce à développer l’arme nucléaire, Obama a remercié Lula pour l’aide apportée dans la recherche d’une sortie de crise au Honduras, les deux leaders sont convenus de maintenir leur coopération pour préparer le sommet de Copenhague sur les changements climatiques, ils ont abordé la crise économique mondiale... Enfin, Lula a offert à Obama un maillot de la Seleção signé par tous les joueurs brésiliens de la finale de la Coupe des confédérations où ils ont défait les États-Unis.

Un tel programme donnerait sans doute le tournis au commun des mortels. Pas aux grands de ce monde, qui décident de nos petites vies avec efficacité et décontraction. Allez, on peut bien laisser fluctuer la variable x, comme on laisse fluctuer le cours du dollar.

06 juillet 2009

Meilleur ennemi

Bush s’était largement désintéressé de l’Amérique latine et l’aurait totalement oubliée s’il n’avait été asticoté de temps en temps par Hugo Chávez qui avait voulu s’ériger en meilleur ennemi du grand Satan. De son côté, W. n’avait rien fait pour perdre le titre d’homme le plus honni au sud du Rio Grande. C’était tellement bien réglé que l’on avait fini par en rigoler, en attendant la mise à la retraite du méchant cowboy.

Avec Obama, tout devait changer. Et tout a changé. Pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Car pendant que Barack échange des amabilités et des ambassadeurs avec Hugo, dans les coulisses Madame Clinton se tape le sale boulot.

Bush avait suspendu temporairement le bénéfice de la clause de la nation la plus favorisée dont jouissait la Bolivie. Obama l’a définitivement annulé. Et l’on peut se demander si Morales n’a pas vocation à remplacer Hugo Chávez comme meilleur ennemi latino-américain des États-Unis.

19 juin 2009

Casse-tête chinois

Dans les livres d’Histoire qui seront publiés dans quelques années, la réunion, qui s’est tenue en début de semaine à Ekatérinenbourg, sera-t-elle présentée comme aussi importante que la Conférence de Yalta ? Sans doute, si comme le pensent certains, elle marque la fin de l’hégémonie militaro-financière des États-Unis.

Quel était l’ordre du jour de ce sommet, auquel l’accès a été refusé aux observateurs étasuniens ? En fait un vrai casse-tête chinois : en finir avec le dollar monnaie d’échange reine et ne pas se tirer en même temps une balle dans le pied.

La Chine, surtout elle, l’Inde, la Russie et le Brésil disposent ensemble d’une telle somme de dollars qu’il leur est difficile d’attaquer de front cette monnaie sans provoquer sa chute et, par conséquent, ruiner une grande part de leurs réserves. Cela fait sans doute la dernière chance des États-Unis, mais aussi de l’Europe et du Japon, de voir la redistribution des cartes se faire dans l’intérêt général et non à leur détriment.

Le plan élaboré mardi vise à diminuer les stocks de bons du Trésor américains intelligemment, ce que la Chine a commencé de faire : 763,5 milliards en avril contre 767,9 en mars. L’énigme reste entière quant à la façon dont Pékin compte accélérer ce mouvement...

Si l’objectif de la Chine et de la Russie s’avère assez clair — l’un et l’autre rêvent de prendre une revanche, pour des raisons par ailleurs bien différentes —, c’est moins évident pour l’Inde et le Brésil que l’on a l’habitude de présenter comme des alliés du G7, au prétexte qu’ils seraient comme eux des démocraties.

Laissons l’Inde de côté et examinons de plus près la position du Brésil. Nous nous souvenons des grandes claques dans le dos assénées par Lula à l’ami Bush, des grandes déclarations d’amour envers le grand frère étasunien et du rôle apaisant que s’est donné Itamaraty lors de la dernière grande poussée de fièvre qui avait saisi Chávez, Correa et Uribe. Mais nous ne devons pas oublier les accusations répétées proférées contre les pays du Nord — les blonds aux yeux bleus —, les envolées lyriques sur un Brésil enfin proche de rejoindre le premier monde, la défense de Chávez et d’Ahmadinejad même lorsqu’ils sont indéfendables, ou les appels à remplacer le dollar par les monnaies nationales dans les échanges bilatéraux, signes multiformes d’une volonté de revanche d’un autre type encore.

À qui profite ce double langage qui a l’avantage de préserver une amitié de façade avec la quasi totalité des nations et de leurs dirigeants ? La réponse ne me semble pas évidente.
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