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04 novembre 2012

Mariage chrétien : la marche des zombies

Chaque fois que je suis invité à un mariage au Brésil, j'ai l'impression d'assister à une marche des zombies. Me terrifient les visages féminins recouverts d'épaisses couches de fond de teint, les paupières noircies au charbon, les lèvres exagérément rouges ou bleues ou vertes. Et puis il faut les voir se déplacer, ces représentantes du beau sexe : empesées qu'elles sont, elles glissent tels des fantômes avec une lenteur calculée sur les dalles froides des églises, comme si elles pensaient devoir donner aux hommes et à leurs rivales tout le temps de les admirer, alors que l'on a affaire à un vulgaire défilé des horreurs. Encore heureux qu'il n'est pas de coutume lors de ces cérémonies que les hommes se maquillent aussi, préférant réserver ce rituel au carnaval et aux soirées libertines.

Et puis, derrière les apparences, derrière le désastre de ces représentations, il y a le naufrage de la cérémonie du mariage. Comme on sait, est délégué à un homme vaguement déguisé en femme – il en faut bien un ! – le rôle de prêtre qui s'adresse au public comme si celui-ci était unanimement composé de chrétiens. Quoi de plus répugnant que de devoir supporter cette assimilation abusive ! Et faut-il que je parle du sermon ? Pourquoi diable l'homme en robe a-t-il cru devoir rappeler au jeune marié qu'il n'y a pas de femme idéale ? Pensait-il à lui-même ? Encore aurait-il dû rappeler, dans un souci de parité, qu'il n'y a pas non plus de prince charmant. En dépit des trompettes astiquées et de la traîne de sept lieues...

J'ignore si cette contamination du mariage par le modèle hollywoodien a atteint la France. Mais il est vrai qu'en France rares sont ceux qui font encore le crochet par l'église. Et rares aussi sont ceux qui croient devoir se marier. Ce qui est une bonne manière d'échapper à la disneylandisation. Et à la marche des zombies.

31 janvier 2012

L'antisémitisme au Brésil

Janvier 1940, au Brésil, comme en Europe, la brune trinité pousse ses pions. La brune trinité, c'est l'alliance entre le fascisme, des secteurs de l'Église et l'antisémitisme.
« Pendant les années 1930, le Brésil a connu des changements politiques, sociaux et économiques qui ont influencé l'attitude de son élite politique et intellectuelle vis-à-vis de la question juive. La révolution qui, en 1930, a porté au pouvoir le président Getúlio Vargas, la polarisation politique, la chasse aux communistes et aux militants de gauche en général et leur répression en 1935, l'instauration de l'autoritaire Estado Novo en novembre 1937, tout cela a influencé l'atmosphère anti-judaïque, générée par les idées racistes développées au Brésil depuis la fin du 19ème siècle, dont étaient imprégnées les sphères du pouvoir et de l'administration. L'attitude anti-juive était aussi la conséquence du climat créé par un groupe de fascistes brésiliens, les intégralistes, qui y ont contribué tant par leur tempérament autoritaire que par l'amalgame entre Juifs et communistes.

Une des conséquences de ce climat a été la réduction, dans les années 1930, des quotas d'immigration : les consuls en Europe ont reçu des instructions explicites afin de ne pas accorder de visa à toute personne « d'origine sémite ». Il est évident que des politiques et des diplomates ont cherché à empêcher l'entrée de réfugiés juifs européens au Brésil ; parmi eux, se sont distingués plusieurs consuls et fonctionnaires ministériels. Mais il y en a eu aussi d'autres qui ont manifesté de l'empathie face à la souffrance des Juifs et ont cherché à les aider de toutes les manières, comme l'a fait l'ambassadeur en France, Luis Martins de Souza Dantas, qui, d'abord à Paris, puis à Vichy, a continué de délivrer des visas en 1940 et 1941, ignorant de manière manifeste les instructions explicites que lui transmettaient ses supérieurs.

Parmi ceux qui se sont opposé à accorder des visas aux Juifs, figurait Cyro de Freitas Vale, consul à Berlin et antisémite radical. Freitas Vale était parent avec le ministre des Affaires étrangères Osvaldo Aranha, catholique pratiquant et homme de confiance du président. Dans sa correspondance avec Aranha, Freitas Vale appelait à la fermeture des frontières aux Juifs, et protestait contre leur infiltration, en dépit des restrictions légales ; son principal argument était que les Juifs causeraient un préjudice au Brésil.

Freitas Vale a cherché à faire légitimer ses positions par la hiérarchie ecclésiastique, notamment avec l'aide de l'évêque Bragança, qui appartenait à l'archevêché de São Paulo. Dans une lettre datée du 26 janvier 1940, il soulignait que, durant ses fonctions antérieures comme secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, il avait clairement entendu des manifestations anti-judaïques de la part de Bragança, à l'occasion d'un dîner organisé par le président en l'honneur des évêques brésiliens. À cette occasion, Bragança a exprimé des réserves quant à l'action du ministère, en affirmant que, en autorisant l'entrée de Juifs au Brésil, on mettrait en péril « la moralité de la famille brésilienne » et que « d'ici 50 ans les dirigeant actuels seraient accusés d'imprudence ». Freitas Vale demandait que l'Église légitimât sa position antisémite. Était-ce la position prédominante parmi les évêques brésiliens au premier rang desquels le primat, Sebastião Leme, ou s'agissait-il d'une attitude personnelle ? »

C'est la question que pose et à laquelle répond Graciela Ben-Dror dans le recueil organisé par Maria Luiza Tucci Carneiro : O anti-semitismo nas Américas. Le livre est consultable sur Google Books.

08 décembre 2011

« Où qu’elle est la sainte patronne ? »

Alors que je presse le pas pour me rendre à un rendez-vous, un homme me tend la main. Physionomiste comme je suis, je suis foutu de ne pas le reconnaître. Il a la soixantaine bien tassée, quelques cheveux blancs qui ondulent, le visage rougi et un grand sourire. Je ne vois pas de qui il s’agit. « Où qu’elle est la sainte patronne ? » Je le dévisage, ses yeux bleus hérités d’un ancêtre de la Vénétie ou de la Poméranie brillent d’une hilarité qu’il veut me communiquer. « Toute cette violence, tous ces braquages, les canailles qui courent les rues », se lance-t-il. Je me regarde, cherchant ce qui me donnerait un air de canaille. Il me montre le vieux à bicyclette qui s’approche en répandant avec son haut-parleur la bonne parole de Santa Rita. « Où qu’elle est la sainte patronne ? », répète-t-il, toujours jovial. Maintenant, j’en suis sûr, il ne me connaît pas, il a juste envie de partager avec quelqu’un ce qui le rend hilare. Comme j’étais le seul sous la main, c’est à moi qu’il s’est adressé. « Où qu’elle est la sainte patronne ? », répète-t-il encore une fois. Je m’apprête à lui faire une révélation : je suis athée, mon frère. Mais il ne m’en laisse pas vraiment le temps. « Moi, dit-il, je crois qu’en Belzébuth. » Un tantinet surpris, je le regarde à nouveau. L’espace d’une fraction de seconde, il me semble voir deux petites cornes sur ses tempes. Il est temps que je reprenne ma course en direction de mon rendez-vous. Des ailes ont poussé dans mon dos.

13 septembre 2011

Religions au Brésil : les parts de marché

Les cathos brésiliens s’inquiètent, ils sont de moins en moins nombreux. Du moins en pourcentage. De 2003 à 2009, leur part de marché est passée de 74% à 68%. La baisse touche toutes les classes sociales.

La faute à qui ? À Jean-Paul II, pape superstar mais médiocre stratège marketing. Anticommuniste primaire, il avait un peu trop tendance à voir sur les croix brésiliennes des Karl Marx en lieu et place du Christ. Les évêques et les prêtres de la théologie de la libération, il les avait dans le nez, il les a écartés chaque fois qu’il a pu. Quant à leurs ouailles, elles n’étaient pas perdues pour tout le monde.

Ceux qui ont vite compris que leur chance était venue, ce sont les pasteurs venus des États-Unis, les gringos distributeurs de bibles. Et ils en ont distribué des bibles, y compris aux analphabètes. C’est que chez ces gringos, ce n’est pas l’argent qui manque quand il s’agit de répandre la bonne parole. D’autant que cette bonne parole est un investissement sans risque sur lequel le retour se fait en quelques années. Et leur bonne parole n’est pas celle des catholiques, marxistes ou non. Leur promesse est celle d’une toute prochaine prospérité. Cette parole a vite trouvé un écho favorable chez les Brésiliens qui ne pensent avant tout qu’à se dar bem. Ils sont aujourd’hui environ 13%.

La croissance des évangéliques pentecôtistes (Assemblée de Dieu, Église du royaume universel de Dieu, Congrégation chrétienne du Brésil, etc.) a été fulgurante, mais elle semble aujourd’hui accuser un coup d’arrêt. Trop de scandales ont éclaté, trop de pasteurs sont partis avec la dîme.


Et les autres ? Il y a les protestants historiques (les calvinistes et luthériens), ceux qui pratiquent les religions d’inspiration africaine, les juifs et les musulmans, les bouddhistes et les hindouistes, les adorateurs de Lucifer et les bricoleurs de leur propre culte, les agnostiques et les athées.

Il y a aussi les spirites dont les adeptes se concentrent parmi les couches les plus aisées de la population (6% des classes A et B). Je me souviens que lors d’une promenade au Père Lachaise, j’avais trouvé par hasard la tombe d’Allan Kardec. Une dizaine de femmes, tout de noir vêtues, y priait bruyamment, impuissantes à contenir les larmes qui inondaient leurs yeux. Ces pleureuses étaient brésiliennes.

10 août 2011

L’athéisme, conviction du futur, en lieu et place des religions ?

Nigel Barber est l’auteur d’une de ces études inutiles auxquelles s’abreuve régulièrement mon insatiable curiosité. D’après ce docteur en psychologie irlandais, plus le niveau de vie d’un pays est élevé, plus il y a d’athées. Et de citer la Suède (64% de la population), le royaume du Danemark (48%), la France (44%), l’Allemagne (42%). Si les États-Unis sont loin de faire partie de ce palmarès, c’est donc que cette nation appartient au groupe des plus pauvres, tels les pays africains ou, donc, le Brésil où le taux d’athéisme reste encore très faible (guère plus de 1%). Soit dit en passant, je me demande d’ailleurs si Standard & Poor’s ne ferait pas mieux de sonder les cœurs et les reins pour attribuer ses notes plutôt que de se livrer à de savants calculs économiques que le très chrétien Barack Obama refuse de croire.

Le Brésil est un cas des plus intéressants, ma foi. Il s’y crée tous les deux jours une nouvelle religion et il ne se passe pas une heure sans qu’on y inaugure une nouvelle église, un nouveau temple, un tout frais lieu de culte. Et l’on sait que les Brésiliens, fervents croyants mais malgré tout très prudents dès qu’il s’agit d’avoir affaire avec l’au-delà, n’hésitent pas à endosser plus d’une religion, selon le sage adage qui veut qu’il vaut mieux éviter de mettre tous ses œufs dans le même panier.

Pour Nigel Barber, l’auteur de cette diabolique étude, l’explication du sulfureux phénomène, qu’il prétend avoir mis à jour dans la tour d’ivoire de son laboratoire, tiendrait de l’importance croissante des psychologues et autres psychanalystes se substituant aux prêtres, aux pasteurs, aux popes, aux rabbins, aux imams, aux ayatollahs et autres illuminés de Dieu. Foutaise que cette explication sommaire, mon cher Nigel ! Que ne venez-vous pas sur le terrain et plus particulièrement ici, au Brésil, où les disciples de Lacan sont légion et multicartes ? Je les observe, de loin, le dimanche à l’église, le lundi s’adonnant à quelque rituel spirite autour d’une croix blanche qui ne sert guère qu’à tromper le monde et l’éventuel Tout-Puissant, le mardi allongé sur le divin divan freudien relevé à la sauce lacanienne, e por aí vai...

Cher Nigel Barber, pour te faire pardonner, tu diras 10 paters, autant d’avés, tu liras 2 sourates du Coran et 19 versets de la Torah pour faire bonne mesure.

P.S. : Je me demande parfois si je ne suis pas un sincère athée comme il y a eu de sincères nouveaux Chrétiens qui, de fait, déguisaient leur vraie foi juive. La réponse se trouve sans doute dans ma complexe généalogie, mais c’est une autre histoire. J’y reviendrai peut-être un jour. Se Deus quiser.

17 juillet 2011

Le grand guignol de la théologie de la prospérité

Par ordre d'entrée en scène :

- Un enfant de neuf ans ;

- Un évêque de l'Église universelle du Royaume de Dieu :

- La mère de l'enfant ;

- Le démon.

Cela se passe dans un temple de cette église, cela se passe de commentaires pour ceux qui comprennent le portugais.

Disons, pour résumer l'intrigue, que l'enfant dit vouloir donner à l'Église tout ce qu'il possède (vendre ses jouets) pour que ses parents cessent de se disputer. Disons encore que la manifestation du démon par la bouche de la mère non seulement atteint des sommets de kitsch mais a tout pour effrayer les enfants de l'assistance, à commencer par le fils de la possédée. Et sans doute la majorité des fidèles, simples d'esprit entre les simples.

02 mai 2011

Jour férié

Lundi 2 mai. Jour férié. Bienvenu pour compenser un 1er mai qui tombait un dimanche. Cela devrait être interdit ! Il serait temps de ré-instituer un calendrier révolutionnaire...

Et dire que c'est à Nossa Senhora da Penha que nous devons ce jour de repos !

Élimination de Ben Laden quelques heures après la béatification de Jean-Paul II. J'y vois un curieux rapprochement. Voire malencontreux...

Beau temps.

14 novembre 2010

Ville C

Avant la ville C, de mangroves et de forêts avant que (avant que ?), ville C aujourd'hui pas tout à fait encore une ville, ville C sans tout-à-l'égoût mais avec l'électricité, l'eau, le téléphone, le haut-débit d'échange d'informations, ville labyrinthe où les rues escaladent les morros, les dévalent, les remontent à la peine, ville où les maisons en construction permanente s'accrochent aux morros jusqu'à ce que les eaux en colère les emportent, les eaux ou le temps (mais quelle différence ?), ville C où le padre Gabriel est arrivé venant de son Jura natal, son Jura de morros et de plateaux, ville C où aujourd'hui a commencé la construction de la maison de l'association du Padre Gabriel Maire, maison accrochée à un morro entre une rue désormais asphaltée (écho du travail accompli par le padre Gabriel) et un vallon où pousse un palmier, maison qui s'appuie sur des piliers flanqués dans la pente raide, maison où nous attendent Carlinda et Zé Lopes, eux qui les premiers ont accueilli le padre Gabriel venu de son Jura natal, maison de l'association pour que le travail accompli par le padre s'ancre dans ce quartier, avec sa bibliothèque populaire, sa cuisine où venir partager un thermos de café et bavarder, dire les difficultés et trouver les solutions ensemble, ville C où l'on commémorera bientôt le 21ème anniversaire de l'assassinat du padre Gabriel, ville où il ne faisait alors pas bon parler haut et fort, ville C au nom indien, presque-ville de plus en plus ville, de plus en plus urbaine où les violences encore explosent chaque jour - pierres de crack qui explosent à retardement, frustration sexuelles qui explosent quand elles n'en peuvent plus d'avoir été contenues -, ville C où il est possible derrière l'église du padre Gabriel d'apprendre à lire et à écrire dans les salles de formation par le padre mises en chantier à une époque où les autorités faisaient barrage à l'alphabétisation, salles de formation utilisées aujourd'hui encore pour rattraper le retard de ces décennies-là, ville C aujourd'hui mieux gérée, ville C qui sait où elle va, ville C Cariacica, ville C où Carlinda et Zé Lopes ont appris à lire et à écrire tandis qu'ils élevaient leurs dix enfants avec pour seul salaire le salaire minimum de l'époque - stupeur du padre Gabriel qui ne comprenait pas comment l'on pouvait dans ces conditions élever dix enfants ! -, Carlinda et Zé Lopes qui nous ont accueilli chez eux pour boire le café, où nous croisons les enfants devenus grands, certains déjà jeunes grands-parents, où Carlinda nous montre avec fierté l'album photo de sa récente formatura, symbole du chemin parcouru d'abord avec le padre Gabriel, puis le souvenir du padre, la foi en une Église qui serait restée fidèle aux messages du Christ, ville C où prier ne suffit pas, ville christique Cariacica où chaque morro est un Mont des Oliviers.

(Un grand abraço à Beth)

11 mars 2010

Verts en campagne

Ce jour, l’ami Patxi déclare ouvertement sa flamme à Cécile Duflot. C’est vrai, Cécile insuffle quelque chose de neuf dans le paysage politique français (PPF), comme on dit quand, comme moi, on est aujourd’hui à court de métaphore originale. Bref, elle me plaît bien la petite Cécile. J’aurais voté sans hésitation pour elle. Mais, inscrit sur les listes électorales du consulat de Rio, je n’ai que le droit de regarder de loin. Et c’est normal. Ce sera peut-être pour plus tard, quand je serai de retour à Paris, si cela se produit un jour. Mais Cécile aura, je le crains, perdu un peu de cette fraîcheur dont le PPF a tant besoin.

L’équivalent de Cécile ici, ce pourrait être Marina. La probable candidate du Partido Verde pour les prochaines élections présidentielles. L’ancienne ministre de l’Environnement de Lula, qui a claqué la porte il y a deux ou trois ans pour manifester son mécontentement. Comme un Jean-Louis Chevénement, en France. Un ministre, ou ça ferme sa gueule, ou ça claque la porte, quoi !

Marina Silva est de nature à insuffler quelque chose de neuf dans le paysage politique brésilien — je ne vais tout de même pas me casser la tête pour vous servir une autre métaphore ! Elle est peut-être la dernière que l’on veut bien croire lorsqu’elle parle de lutte contre la corruption. Encore que, dans son parti, ils sont quelques uns, dont des poids lourds, à être mêlés à des affaires qui ne sentent pas la chlorophylle.

Mais il y a un hic. Marina appartient à une secte. Une de ces églises évangéliques, qui pousse au Brésil plus vite que l’eucalyptus, et qui soutient que le monde n’a pas plus que quelques milliers d'années !

Exit Marina, donc. Bon, pour me consoler, je vais m’écouter une autre Cécile, celle de Nougaro. Ce qui n’a strictement rien à voir avec tout ce qui précède.

28 janvier 2010

Et Dieu dans tout ça ?

« Si y a Dieu, c’est moins grave quand on fait un peu moins attention, parce qu’à la fin ça s’arrange. Mais si y a pas Dieu, on peut rien se permettre ! » C’est Riobaldo qui s’exprime ainsi dans le roman de João Guimaraes Rosa, Grande Sertão : Veredas. En France, l’on a tué Dieu depuis longtemps — du moins, on fait comme si —, au Brésil, l’on aurait plutôt tendance à en célébrer plusieurs — au cas où l’on aurait besoin que ça s’arrange. J’ai souvent pensé que c’était l’une des principales différences entre la France et le Brésil, l’une de celles qui expliquent des façons de voir la vie radicalement différentes. On ne saurait mieux dire que João Guimaraes Rosa pour approcher ces deux manières, la manière d’être français et o jeitinho de ser brasileiro.

Tenez, prenez Arruda, le gouverneur de Brasília. Des collaborateurs sont filmés en train de se partager des liasses de billets de banque, de les cacher dans les chaussettes. Après quoi, ils se tiennent par les épaules et commencent à prier. Ce n’est certes pas très catholique, on est plutôt dans une conception grecque des dieux, à qui l’on demande protection et faveur. Un bon exemple de la dérive évangélique qui est une régression du christianisme vers la conception grecque du divin.

Sans doute ont-ils raison, cela finira par s’arranger. Probablement avec la Justice de ce pays. Sinon, ce sera plus tard. Mais pas de quoi se sentir coupable. Pas de quoi non plus se sentir citoyen.

12 avril 2009

Urbi et orbi

Le réveil n’avait pas encore sonné 6 heures ce matin quand j’ai commencé à entendre louer Jésus. Je dormais encore à moitié et j’ai aussitôt pensé à Jesus Luz et Madonna. Le couple de l’année, comme Sarkozy et Carla ont été le couple de l’année passée. Jesus Luz, le barbon qui a ressuscité Madonna. J’entendais donc qu’on louait Jesus Luz, qu’à la lumière de Jesus, le monde était plus beau, plus vigoureux, plus jeune. La foule dans la rue célébrait le jeunisme ultime.

Je me suis réveillé tout à fait, ai ouvert les yeux, la lumière que filtraient les persiennes baignait la chambre d’une douceur renouvelée. Dans la rue, la foule chantait. Aleluia ! J’ai voulu en avoir le cœur net, je me suis levé et ai cherché une fenêtre qui me donnerait à voir la foule chanter. Aleluia !

Ils étaient 80, vêtus de blanc, tenant des ballons blancs à la main. Aleluia ! 80, comme autant de générations qui nous séparaient du rabi Ieschua. Aleluia ! La foule défilait dans la rue pour nous annoncer que Jésus avait ressuscité. Aleluia !

Je les ai regardés s’éloigner lentement, vêtus de blanc, un ballon blanc à la main. Aleluia ! Une guitare légèrement électrifié les accompagnait. Aleluia ! Je ne me suis pas recouché, j’ai allumé la télévision, canal 29, celui de la RAI. Le pape disait la messe. Aleluia ! Un par un, des couples montaient quelques marches, s’inclinaient devant le Saint Père, qui les bénissait. Aleluia ! Dans une heure, ce serait la bénédiction urbi et orbi.

Joyeuses fêtes de Pâques !

15 décembre 2008

Bientôt Noël

Souvent les camions, et parfois les voitures, clament leur foi à l’arrière de leur caisse, en lettres blanches au tremblé expressif. « Parle Seigneur pour que ton serviteur t’entende », me disait l’engin que je suivais, un semi qui venait de me refuser la priorité. Et je me demandais ce qu’il devrait nous dire, le Seigneur, s’il se mettait à haranguer les foules, au coin des rues Aleixo Neto et João da Cruz à Vitória ou perché sur un escabeau à Hyde Park.

Serait-il entendu comme le prétendait ce camionneur ? Il en aurait des choses à dire. Mais ces choses-là n’ont-elles pas déjà été dites ? Pour être entendu, il faudrait qu’il fasse un miracle indiscutable, diffusé en direct live ao vivo sur toutes les chaînes de télévision de la planète. Mais lequel ? Je n’en vois qu’un, capable de faire taire les sceptiques définitivement : en moins de temps qu’il en faut pour tomber de Charybde en Scylla, débarrasser la surface de la Terre de l’engeance humaine.

27 novembre 2008

L´Église ne donnera pas sa bénédiction au Président

Ce sont de terribles communistes, aux idéaux d’un autre âge, autant dire des réactionnaires, ces pourfendeurs du capitalisme. Ils sont des prêtres et des théologiens, experts près la CNBB (Conferência Nacional dos Bispos do Brasil), le Conseil national des évêques du Brésil.

Dans leur dernière analyse de la conjoncture, ils écrivent ceci : « En faisant comme si la crise n’est que financière et que le capitalisme trouvera une solution technique pour les problèmes de l’énergie et de l’environnement, Lula laissera à son successeur un pays dans une situation aussi précaire que celle dont il a hérité, dans un contexte mondial aggravant de récession au lieu de croissance ».

À propos de l’économie, les religieux critiquent notamment la politique industrielle du gouvernement fédéral « qui favorise l’industrie automobile, comme si elle avait un futur ». Lula, Sarkozy et Merkel adoptent la même ligne : sauver la bagnole et les emplois qui en dépendent. Ce n’est pas la première fois que les chefs d’État et de gouvernement montrent les limites de leur imagination. Au bord du gouffre, ils suivront comme un seul homme, ou une seule femme, le chef de la meute (Obama ?) qui fera le pas en avant fatal.

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Pas plus que Lula, Sarkozy ou Merkel, vous n'avez d'imagination. Bah, ne vous en faites pas, consultez le think-tank de François Bellanger, un réservoir d'idées plutôt qu'un réservoir d'essence !

24 février 2008

La roue de la fortune

Parce qu’il s’agit désormais de commenter les événements avant leur avènement, A Gazeta de Vitória, Espírito Santo, Brésil — je le précise pour les colibris égarés ici — tenait à nous informer dès samedi que le parc automobile capixaba devrait dans les jours prochains compter un million de véhicules, sauf écrasement sur le Palácio Anchieta d’un satellite espion vénézuélien, au demeurant fort improbable.

Bon. Bon : façon de parler ! Car un million de bagnoles, camions à la Duel, jeeps estampillés écologiquement compatibles, autobus à soufflet, motos à haut-parleurs intégrés, triporteurs à 16 soupapes et autres engins pétaradants, c’est peut-être le signe d’une macro-économie triomphante, mais ça craint quelque part, si vous me permettez de situer dans l’espace-temps ce quelque part du côté de la proclamation universelle de l’Interdiction des véhicules automobiles privés (IVAP).

D’ici là, et puisqu’il s’agit d’être en avance sur son temps, la tonne de minerai de fer aura largement dépassé les 65 dollars désormais imposés par Vale à ses clients chinois et japonais, le baril de pétrole aura fait sauter plus d’un bouchon de champagne, d’autant plus joyeusement que celui-ci coulera à flots des vignes du Kent.

Le pire n’étant jamais certain, attachons les ceintures et imaginons un instant que les Nations, au lieu de se mettre d’accord sur l’IVAP, se mettront sur la gueule, ce qui ne déparera pas dans un monde de brut à 500 dollars le baril. Nouvelle Californie, le Brésil ne tardera pas à fêter son 300 millionième véhicule auto-propulsé. Sur l’exemple du boycott du bœuf brésilien, ce qu’il restera de l’Union européenne aura en effet décidé le boycott de l’éthanol pur sucre de canne et imposé le retour à l’omnibus à crottin de cheval, obligeant les constructeurs automobiles à un repli stratégique en Amérique du Sud transbolivarienne, seule région au monde à même de concilier sécurité alimentaire et sécurité énergétique. Et les États-Unis ? Barack Obama les aura, entre temps, ramenés à l’âge de la diligence à vapeur dans un accès de prophétie-Yes-We-Can, dans le sillage de l’implosion française décrétée un matin, à l’heure de se raser, par Sarkozy-Ensemble-Tout-Devient-Possible-Zyva, lors de son quatrième mandat auto-accordé. Quant à la Chine, il va sans dire qu’elle aura été mise en orbite géostationnaire par les bons soins du Comité central de son Église de scientologie et que, du Ciel du Milieu et du haut de sa supériorité retrouvée, elle contemplera les 8 milliards de non-Chinois, tout petits petits.

Mais revenons sur Terre et sur un événement déjà accompli. À Santa Clara, Cuba, Raúl a remis les choses à leur place, c’est-à-dire Jean-Paul II statufié à côté du monument où sont rassemblées les reliques de Saint-Ernesto-Guevara. C'était hier, Dieu merci.

27 décembre 2007

Les fêtes de São Benedito

C’est une nuit déchirée par les éclairs, la tempête vient de briser le navire négrier. Accrochés au mât qui flotte, une poignée d’esclaves finira par échouer sur les côtes de l’Espírito Santo.

C’est ce miracle que commémorent chaque année, en trois moments, les fêtes de São Benedito. Nous y étions hier soir, pour la seconde étape, parmi 70.000 pécheurs, tenant la corde d’une longueur d’un kilomètre qui tire le bateau chargé d’enfants le long des rues de Caçaroca,un quartier de Serra, dans l’agglomération de Vitória.

Nous tenons la corde en nous repentant des milles tourments qui nous ont assaillis cette année encore, certains que nous ne ferons pas mieux en 2008, mais bien décidés à demander à Benoît le More de nous venir en aide, comme il est venu en aide à ses frères esclaves, luttant contre les eaux et la tempête en cette lointaine nuit du naufrage.

Derrière le bateau, des dizaines d’orchestres de congo battent leurs tambours selon les rythmes africains de leurs improbables ancêtres, frappent leurs casacas à la manière syncopée des Indiens tupiniquins, bel exemple d’un syncrétisme curieux où s’entremêlent les musiques de deux peuples que tout oppose sinon qu’ils ont été longtemps soumis aux mêmes maîtres. Et nos coeurs battent à l’unisson des tambours, et nos gorges crient ce son de crécelle des casacas, taillées dans le bois rare du tagibubuia, ornés à leur sommet des têtes effrayantes de maîtres offerts à la vindicte populaire.

Nous nous jetons dans cette foule comme nous nous jetterions à l’eau, une foule dont nous ressortirons trempés. Nous épousons cette foule ondulante et odorante qui marque les ryhtmes, les femmes avec le bassin, les hommes avec les pieds. Et avec les femmes, qui portent à bout de bras les bannières à l’effigie du saint noir, lui-même fils d’esclave éthiopien ou yoruba — les historiens s’empaillent encore sur le sujet —, nous chantons les hymnes à sa gloire.

Il faut voir les grands gaillards qui tirent le Palermo au plus près de la proue, il faut les voir faire tanguer et battre le pavé ce navire mal en point qui tout à l’heure s’échouera face à la belle église illuminée de guirlandes blanches et rouges de Nossa Senhora da Conceição, le Palermo que l’on dépouillera de ses rubans et, pour finir, de son mât, que les bras tatoués des grands gaillards noirs, de coeur sinon de peau, s’efforceront de relever pour le ficher en terre, face à Notre Dame.

Et quant le mât se dresse enfin, portant au plus haut la bannière représentant Benoît le More, et que sonnent à toute volée les cloches de Nossa Senhora et s’embrase le ciel derrière l’église blanche, il nous est donné de voir le plus émouvant des feux d’artifice qui soit.

22 décembre 2007

Un sacré coucou, le Père Noël

Y a-t-il dans l’Histoire un exemple aussi puissant d’usurpation d’un mythe par un autre ? Je veux, bien entendu, parler du Père Noël qui a pris la date et la place du Petit Jésus.

Un mythe, le Christ ? Si je n’ai aucun doute quant à l’existence en chair et en os du Rabbi Ieschoua, j’éprouve plus que du scepticisme quant aux légendes dont on a enluminé le souvenir du personnage après sa disparition de la surface de la Terre, que celle-ci ait eu lieu par crucifixion le jour de la Pâque juive ou lors de son ascension au Ciel, cette dernière remarque montrant à quel point je reste ouvert sur la question...

Pendant des siècles, une Institution transnationale a consolidé le mythe christique à coups de bulles papales, d’encycliques et de conciles, au point que la moitié du monde en a fait son bréviaire et que rien ne semblait devoir l’arrêter dans sa conquête des âmes et, à tout le moins, des esprits.

C’était sans compter sur la mise à mort de Dieu, qui va bien au-delà de celle de notre rabbin, même élevé au rang de Fils de... ni sur la montée en puissance des marchands du Temple qui, avec le Père Noël, tiennent leur revanche sur celui qui a voulu les en chasser, et se permettent le luxe de faire d’une pierre deux coups : vider de sa substance le bon Saint Nicolas et lui faire prendre la place de Jésus dans le coeur des enfants, d’abord, et des adultes.

Mais, au fond, tout cela n’a que peu d’importance. Plus qu’un être spirituel, l’homme est un animal à rituels, qui sait faire évoluer les formes de la fête au gré de sa fantaisie. Par conséquent, que vous soyez foie gras, huîtres, coquilles saint-jacques, dinde, chocolats ou je ne sais quoi encore, passez tous, chers lecteurs, de bons moments de ripailles et d’échanges de cadeaux pour les plus sociaux d’entre vous, de paisibles moments de solitude pour ceux qui préfèrent tourner le dos à ces conventions.

La vraie spiritualité peut attendre. Elle ne se décrète pas à date fixe. Et c’est dans les moments les plus noirs de nos existences et non ceux qui scintillent de mille feux artificiels, qu’il nous advient parfois de toucher à la grâce.

08 septembre 2007

Plus rapide, plus haut, plus fort

Qu’ouïs-je, ma Mère l’Oye ? Que l’Argentine a défait la France en match d’ouverture de la Coupe du monde de rugby. Depuis des mois, les médias français ne cessaient de vendre une équipe bleu blanc rouge cocorico, jamais aussi bien préparée, coachée par le ministre des Sports, autant dire Sa Suffisance Sarkozy en personne, puisque ce dernier et premier d’entre les Français ne laisse le soin à personne, pas même à son Premier, de gouverner.

J’avoue que cela m’a fait bien rire. Les plaisanteries les plus courtes ne sont-elles pas les meilleures ? Mais aussi parce que chaque occasion de rabattre le caquet de ce peuple de basse-cour est bonne à prendre. Certes l’arrogance, la haute opinion de soi-même, le complexe de supériorité ne sont pas des exclusivités du peuple français. Le Brésil nous en offrait du même tonneau, pas plus tard qu’hier, à l’occasion de sa fête nationale, dite de l’Indépendance.

À ce petit jeu, qui se pratique sur toutes sortes de terrains, le sport a acquis depuis un bon siècle une place toute particulière. Outre que sa pratique est malsaine en soi, de par les excès en tout genre qu’elle encourage, elle atteint des sommets de médiocrité, de mesquinerie, de vulgarité dès qu’il s’agit de défendre des couleurs nationales.

Qui n’a jamais été effrayé d’entendre de beaux esprits se lâcher dès qu’il s’agit de supporter leur équipe ? C’est que le conditionnement et l’embrigadement commencent tôt. Je me souviens combien je souffrais mille martyres lorsqu’enfant, j’assistais en compagnie de mon père aux matchs du Tournoi des cinq nations, scotché que j’étais par l’écran grisaillant retransmettant des France Galles, souvent des combats d’hommes gris s’ébrouant dans la boue et se mettant sur la gueule pour porter la baballe sous le bras, que la voix nasillarde de Roger Couderc réussissait à rendre poignants.

La désintoxication n’a pas été facile. Mais, depuis quelques années, elle est complète et définitive. La victoire de toutes les illusions un soir de juillet 1998 aura marqué, pour moi, un déclic : la France black, blanc, beur qu’ils nous vantaient pour tenter de nous refiler leurs marchandises ! Tu parles, Charles ? Tu me souffles que le Sarko en est resté là. Oui, sans doute, et pas seulement en la matière.

Et ce là n’est pas beau à voir. C’est le lieu des égoïsmes et des narcissismes poussés à leur extrême, au pire moment qu’a connu l’homo sapiens sapiens, celui où, selon deux processus en cours, il est en passe de s’auto-détruire. Nous avions vaguement pris conscience de la dissémination de l’arme nucléaire, nous savons aujourd’hui que les réactions en chaîne provoquées par les changements climatiques ne s’arrêteront pas de sitôt, sans que nous sachions très bien où elles nous mèneront.

Quel rapport avec le sport, me direz-vous. Un rapport direct, celui de la glorification du « toujours plus ». « Citius, altius, fortius », nous dit la devise olympique.

Des trois injonctions, « Plus rapide » est de loin la pire. C’est elle qui fait que la machine des interactions entre l’homme et son environnement est devenue folle. C’est elle qui fait que nous somme devenus incapables de nous arrêter, un bon coup, pour penser le monde dans lequel nous vivons, travaillons, consommons, détruisons. Et je ne vois guère approcher un moment de répit collectif. Les pratiques individuelles et collectives sur les plans économique, politique et religieux concourent à accélérer encore la course vers le gouffre.

Mais, au fond, faut-il le regretter ? Après tout, notre perte était sans doute inscrite dans le Big Bang. Reste que nous aurions pu mieux faire, avec ce qui nous a été offert. En nous dotant des tables de la Loi, Moshé avait montré un chemin possible et raisonnable, aux croyants comme aux incroyants. « Tu ne tueras point, tu ne voleras point, etc. », l’homme pouvait en faire sa devise universelle, il a préféré « Plus rapide, plus haut, plus fort ».

Personnellement, du bref passage sur Terre, je regretterai deux choses s’il m’en est donné l’occasion. Les moments de transcendance que nous offrent les arts et, en particulier, la musique, auront été sources de grand réconfort. Quant au second regret, c’est celui de m’en aller en ignorant tant de choses de l’Univers qui m’a vu naître, moi, petite chose inscrite dans le Big Bang. Adieu, ma Mère l’Oye.

29 mai 2007

Le nombre : 0,40

Ce sera le prix maximum, en reais, de la plaquette de pilules contraceptives vendue dans les Farmácias Populares, pharmacies du service public de la santé, dans le cadre du programme de planning familial annoncé hier par Lula.

En euros, 0,40 R$ représente environ 15 centimes.

Par ailleurs, le nombre de plaquettes distribuées gratuitement passera de 20 millions à 50 millions par an.

L’archevêque de Belém, D. Orani João Tempesta, a aussitôt critiqué ces mesures, au nom de la Conférence nationale des évêques. Ce à quoi le ministre de la Santé, José Gomes Temporão, a rétorqué que les catholiques brésiliens appuyaient massivement le planning familial.

Rappelons qu’en revanche l’Église et la population, toutes religions confondues, sont en phase pour rejeter tout aussi massivement l’avortement.

17 mai 2007

Gabriel Maire

O Divino - Gilbert ChaudanneBien que je ne l’ai pas personnellement connu, mais seulement à travers les témoignages de sa famille et de ses amis, je considère Gabriel Maire comme l’exemple vivant — vivant, malgré la balle reçue en plein coeur — et rare, trop rare, d’un homme ayant accordé ses actes au message du Christ, et ce dans un monde, celui d’aujourd’hui, où faux semblants et pacotille abondent en signes.

Arrivé à Vitória en octobre 1980, Gaby est né dans le Jura. Le lieu de sa naissance n’est pas un détail, quand on connaît de l’intérieur les Francs-Comtois, rétifs aujourd’hui encore à toute forme de centralisme, héritiers souvent d’une double culture chrétienne et anarchiste. C’est au frottement des paradoxes apparents que se forgent les caractères bien trempés, c’est à l’usage de cette dialectique que Gaby s’est construit, de sa naissance en 1936 jusqu’à son départ pour le Brésil.

Gaby n’est pas venu à Vitória en quête d’exotisme, fût-il religieux. Son choix résultait d’une réflexion patiemment menée. Il lui semblait que le Brésil, Vitória, et plus précisément sa périphérie, faisaient partie sur la carte du monde de ces lieux de frottement social où il était possible de porter haut la parole du Christ pour changer la vie, la vie terrestre, la vie présente, et pas seulement la vie d’au-delà la mort, la vie des faibles entre les faibles dont les corps et les coeurs s’accrochaient aux pentes rudes, incertaines, périlleuses des quartiers misérables de Cariacica.

C’était le temps des Communautés Écclésiales de base. Le temps de la théologie de la Libération. Gaby savait les risques encourus. « Je préfère une mort qui conduit à la vie, à une vie qui conduit à la mort », disait-il pour marquer sa détermination.

Le 21 décembre 1989, il est interviewé à la télévision. C’est le temps de Noël, les télévisions ont l’habitude de battre le rappel des fidèles dans les jours qui précèdent la célébration. Souvent, les paroles sont convenues. Gaby parle, explique le travail de l’Église au Brésil, son travail à Cariacica. Gaby désigne le mal. La corruption, la violence, le crime organisé ne sont pas le fait d’un mal abstrait qui rôderait dans les airs et parfois pénétrerait les esprits pour les détourner du bien.

Deux jours plus tard, un samedi soir, deux jours avant Noël, alors qu’il vient de quitter la paroisse Bom Pastor à Campo Grande, un quartier de Cariacica, et qu’il circule en voiture rue Carlos Lindenberg à Vila Velha, Gaby est assassiné.

En 1991, deux suspects de ce meurtre, Flávio Nascimento da Silva et Nilson Ferreira Celestino, ont été condamnés. Pour vol avec violences ayant entraîné la mort. Personne n’a jamais cru au motif de ce crime. Hier, presque vingt ans après les faits, le juge Pedro Valls Feu Rosa a rouvert le dossier. De fortes présomptions existent qu’un commanditaire est derrière l’assassinat de Gaby. Coïncidence ou signe que quelque chose change au Brésil, cette décision intervient au lendemain de la condamnation de l’un des commanditaires du meurtre de Dorothy Stang, à deux mille kilomètres d’ici, dans le Pará.

11 mai 2007

Pilules et balles perdues

Avec l’arrivée du pape, une vague de froid s’est abattue sur le Brésil. Mercredi soir, il faisait 10º à São Paulo. Même Vitória est touchée, les soirées y sont anormalement fraîches.

Au-dessous de 25°, des symptômes désagréables me gâchent la vie. Si cela continue, je vais devoir, moi aussi, faire le pélerinage de Guaratinguetá. Je ne doute pas que, suite à la canonisation de Antônio de Sant'Anna Galvão, ses pilules miraculeuses redoubleront d’effet.

Il y a n’a pas eu de miracle dans les favelas cariocas du Complexo do Alemão, encerclées par la police depuis dix jours. Bilan de ce seul vendredi : trois morts (deux traficants et un retraité) et trois blessés.

En France, le gouvernement expédie les affaires courantes en attendant la formation de l’équipe sarkozienne. Douste-Blazy a tout de même pris le temps de saluer la décision de Lula d’instaurer la procédure dite de « licence obligaroire » pour l’Efavirenz. La France et le Brésil sont deux des partenaires à l’initiative du fonds Unitaid, dont l’objectif est de faciliter l’accès des malades du sida, de la malaria et de la tuberculose aux médicaments.
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