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09 juillet 2019

Vanessa Paradis

J’ai rencontré Vanessa Paradis par hasard. Vanessa Paradis n’aimait pas Vanessa Paradis. Son filet de voix était, disait-elle, le résultat d’une intelligence artificielle appliquée à l’orthophonie. Quant à son jeu d’actrice, il ne lui inspirait que mépris, puisqu’elle se disait capable de jouer ô combien mieux la comédie. Elle ajoutait qu’elle, contrairement à son homonyme, ne cessait de jouer la comédie chaque jour que le bon dieu et le mauvais diable faisaient. Et ce dans la vraie vie.
J’ai regardé Vanessa Paradis avec circonspection. Se moquait-elle de moi ? Elle m’a souri et elle a cru bon me préciser qu’elle était la vraie Vanessa Paradis, que l’autre n’était qu’un personnage de fiction, qu’on n’entendait qu’à la radio et qu’on ne voyait que sur les écrans de télévision et de cinéma.
Sur ce dernier point, je ne pouvais être que d’accord. Et d’ailleurs l’autre ne me disait pas grand-chose. J’avais certes déjà entendu Joe le taxi, mais je n’avais jamais vraiment écouté le texte de cette chanson. Joe le taxi était un personnage de fiction auquel faisait allusion une chanteuse de fiction. Quant à l’actrice, j’avais du mal à faire venir son image d’un recoin de ma mémoire. J’avais en tête deux ou trois attributs : une fille mince, presque anorexique, des cheveux blondasses, peut-être des yeux perdus dans le vague.
Tandis que la Vanessa Paradis qui me faisait face, c’était autre chose. Sa chevelure rousse de feu, son regard mutin, ses formes généreuses, tout cela me parlait. Me troublait. Je l’écoutais avec plaisir me raconter des histoires à dormir debout. Mais qu’importait ! J’étais sous le charme. D’ailleurs elle m’avait prévenu, elle jouait la comédie chaque seconde de sa vie. Je pouvais bien sourire à ses récits faits de bric et de broc, je ne demandais que ça.
Je n’avais pas à parler de moi, elle faisait la conversation. Son dernier voyage au Mexique n’aurait rien eu à envier d’un épisode de Game of Thrones. Carrément. Les Toltèques et leur civilisation des plus avancées se substituaient aux barbares du Moyen-Âge européen. Et Vanessa avait accompli là une sorte de voyage dans l’espace-temps dont j’avais toujours rêvé. Vanessa s’était laissé séduire par l’héritier fauché d’une dynastie amérindienne qu’elle avait suivi au cœur de la jungle, elle avait pris place dans un avion sans aile qui s’était posé en catastrophe sur un fleuve comme un vulgaire Boeing sur la rivière Hudson, elle avait été enlevée par le nègre d’un auteur mexicain à succès, elle s’était enfuie en lui faisant croire qu’elle pourrait devenir sa traductrice, j’en passe et de toutes les couleurs et textures. Bref, Vanessa Paradis, c’était l’incarnation d’une femme que j’avais toujours rêvé de connaître sans jamais me l’avouer : intelligente, jolie, imaginative, sensuelle, voire provocante.
J’ai sursauté quand la serveuse est venue poser sur notre table notre troisième spritz. Ou quatrième, allez savoir. J’ai fixé Vanessa Paradis d’une façon nouvelle, un peu décalée. Comme si je sortais d’un rêve à dormir debout et revenais à la réalité. Elle m’a souri de son sourire très spécial, un peu badin, un peu coquin. Et elle a voulu connaître mes intentions. Mes intentions ? J’ai failli sursauter une nouvelle fois. Vanessa Paradis a levé les yeux au ciel. Et elle m’a sorti que j’avais l’air con.

09 septembre 2018

Marcia Baila

Cela se passe le long du Doubs, un samedi de septembre, une vraie journée d'été...
Marcia, elle danse sur du satin, de la rayonne
Du polystyrène expansé à ses pieds
Marcia danse avec des jambes
Aiguisées comme des couperets
Deux flèches qui donnent des idées
Des sensations
Marcia, elle est maigre
Isabelle Bazin, elle est pas maigre, elle est plutôt gironde. Isabelle Bazin, c'est une des musiciennes, pour l'occasion chanteuse munie d'un porte-voix, une des musiciennes de l'Orchestre National de Ukulélés. Isabelle Bazin, surgeon de la Rita Mitsouko.
Cela se passe le long du Doubs, dans le cadre de la 71ème édition du Festival international de musique. Et c'est à Besançon, vénérable capitale de la Franche-Comté...
Belle en scène, belle comme à la ville
La voir danser me transforme en excité
La foule est là qui l'écoute, qui les écoute, ceux et celle de l'Orchestre National de Ukulélés. Sur l'eau du Doubs, il y a aussi l'intrépide quintette de cuivres Le Vesontio, à bord d'un Dragon Boat...
Moretto
Comme ta bouche est immense
Quand tu souris et quand tu ris
Je ris aussi, tu aimes tellement la vie
Quel est donc ce froid que l'on sent en toi?
Le Dragon Boat s'écoule au rythme des pagayeurs. A son bord, les cuivres. Et sur les quais l'Orchestre National de Ukulélés. Et sur les quais 3000 Bisontins aussi, qui les suivent et les écoutent. Et sur les quais quelques extra-terrestres aussi.
Et au même moment, le long des rues de centaines de villes du monde entier, de petites foules de citoyens inquiets, des citoyens qui voudraient alerter l'immense majorité silencieuse quant à l'urgence de se lever et de gueuler. L'urgence de se les bouger, de bouger leurs jambes, de faire de leurs jambes des jambes aiguisées comme des couperets. C'est qu'il est peut-être trop tard... Trop tard pour sauver la planète, celle que nous avons connue quand nous étions d'innocents enfants. Trop tard pour sauver l'humanité contre le suicide qu'elle semble avoir renoncé à éviter...
Mais c'est la mort qui t'a assassinée, Marcia
C'est la mort qui t'a consumée, Marcia
C'est le cancer que tu as pris sous ton bras
Maintenant, tu es en cendres, cendres
C'est la mort qui t'assassine, mon amie la Terre. Qui nous assassine, nous chétifs êtres humains. Maintenant que nous sommes en cendres, cendres.
La mort, c'est comme une chose impossible
Et même à toi qui est forte comme une fusée
Et même à toi, qui est la vie même, Marcia
C'est la mort qui t'a emmenée
Et à 10000 km de là, de Besançon et du Doubs, c'est une nation qui s'apprête à se suicider. Un pays appelé Brésil, un pays de braises. Que la mort consume. Avec ses vraies violences et ses faux attentats, orchestrés pour propulser au pouvoir un nouveau dictateur, surgeon latino-américain d'un Mussolini...Un surgeon nommé Bolsonaro. Le Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on gave d'huile de ricin les nègres et les pédés. Un Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on fusille les petralhas.
Marcia danse un peu chinois
La chaleur
Dans les mouvements d'épaules
A plat
Comme un hiéroglyphe inca
De l'opéra.
Et les Chinois aussi. Les Chinois qui hésitent encore un peu quant aux mouvements d'épaule à suivre... A plat, comme un hiéroglyphe inca, de l'opéra... Les Chinois qui ont les clés de notre amie la Terre. Plus encore que les dégénérés étasuniens.
Et nous au bord du Doubs, et sur le Doubs, qui répétons ce jour de fêtes. Combien de jours de fêtes encore ? Avant que les cendres nous retombent dessus. Cendres venues de loin. De très loin. De trop loin, pour nous, chétifs êtres humains.

(Les paroles de chanson sont extraites de Marcia Baila, des Rita Mitsouko)

20 avril 2014

La ponctualité, une qualité très brésilienne

Je me suis réveillé ce matin avec un texte en train de s'écrire. Le titre en était le titre de ce billet. Un raisonnement faisait et refaisait le tour de mon cerveau encore embrumé. Il y était question des prétendus retards de livraison des stades de la Coupe du monde – de football, je le précise pour les étourdis. Bien entendu, ce qu'on pouvait lire sur le sujet ici et là était faux, archi-faux et clairement le produit d'esprits mal-intentionnés. Aussi calomnieux que la grossière fabrication d'un article prétendument écrit par un journaliste danois qui, après un séjour de deux mois et demi au Brésil, aurait renoncé à couvrir la Copa, convaincu que la police de Fortaleza assassinait les enfants des rues pour nettoyer la ville avant l'arrivée de milliers de touristes étrangers attendus en juin et juillet.

Il s'avère que le journaliste danois qui racontait qu'on mangeait les petits enfants n'était autre qu'un Brésilien, un de ces nombreux activistes qui utilisent les réseaux sociaux pour discréditer le Brésil gouverné par le PT, n'hésitant pas à charger la barque au-delà du raisonnable. Mais comme chacun sait, plus c'est gros, plus ça passe... C'est peut-être la raison pour laquelle mon cerveau s'est mis ce matin à écrire ce billet, pour rétablir certaines vérités, pour rappeler notamment que si les Brésiliens ne sont pas aussi ponctuels que les Singapouriens, ils le sont tout autant que les Français.

J'étais hier invité chez Anderson dont on fêtait l'anniversaire. L'unique Français invité, en dehors de moi, est le seul arrivé en retard. Une heure de demie de retard.

Et puisque je parle de Anderson, bassiste et amateur de musiques du monde, je profite de cet article pour faire un peu de publicité à la chanteuse cap-verdienne Mayra Andrade, dont le dernier disque, Lovely Difficult, s'écoute sans difficulté et avec plaisir, Mayra qui au Brésil a, entre autres, collaboré avec Mariana Aydar.

De fil en aiguille, je reviens aussi à vendredi, premier jour du festival de jazz et blues de Manguinhos (à une dizaine de km de Vitoria). Nana Vasconcelos était programmé à 20h30, il a commencé son concert à 20h30. Décidément, les Brésiliens sont ponctuels. En revanche, l'immense majorité du public n'avait rien à faire de la musique offerte par Nana Vasconcelos, lui tournant le dos pour mieux bavarder entre copains, au point de produire plus de bruit que les colonnes d'amplis installés sur la scène. Car si les Brésiliens sont ponctuels, ils ne sont en revanche guère intéressés par la musique. Encore un cliché qu'il fallait battre en brèche. Mais ceci est une autre histoire, sur laquelle il faudra revenir.

25 janvier 2012

L'ancien ministre et l'ancien terroriste vont ensemble au Forum social

Ce titre simplificateur et un chouïa provocateur relève d'un procédé auquel abuse, sans la moindre distanciation, une grande partie de la presse commerciale, un procédé auquel ce blogue ne recourt bien sûr pas, sauf à pointer, comme ici, certaine dérive.

Cela étant posé, venons en à Porto Alegre, puisque s'y déroule cette année encore une rencontre internationale labellisée « Forum social ». L'ancien ministre est Tarso Genro, l'ancien terroriste Cesare Battisti. L'un et l'autre en sont mais, disons-le pour être tout à fait clair, ils n'ont pas fait le voyage ensemble. Ils ne se sont pas même serré la main. L'un était sur l'estrade pour y discourir et dénoncer le « massacre médiatique » dont il se dit avoir été la victime. L'autre était dans le public entre deux séances de signature, puisque son éditeur a considéré que le Forum était le lieu idéal pour y lancer son nouveau livre, intitulé « Au pied du mur », écrit alors qu'il était en prison à Brasília.

Le massacre médiatique aurait été orchestré par un gouvernement corrompu, non pas celui de son camp – cela va de soi, encore que... –, mais celui du sinistre Silvio Berlusconi. Faire porter le chapeau à Berlusconi est certes commode, mais me paraît un peu court quand on sait que la demande d'extradition de Battisti faisait la quasi unanimité en Italie. Qu'importe, le ministre de la Justice d'alors, Tarso, a cru bon recommander de ne pas céder aux injonctions italiennes et il a, à mon humble avis, bien fait.

De quoi je me mêle, me direz-vous, non sans raison. J'ai simplement le souvenir d'un Antonio Bellavita, qui a été emprisonné sous le règne de Giscard puis libéré sous la pression de son successeur. Certes, Antonio n'était pas accusé de crime de sang, mais d'avoir inspiré par ses écrits (Contra Informazione) ceux qui avaient tiré. C'était l'époque trouble des Brigades rouges mais aussi des groupuscules d'extrême-droite se livrant à des attentats non moins meurtriers. C'était une sorte de guerre civile rampante. J'ai le souvenir d'Antonio dans notre cuisine, mangeant sa soupe et faisant la vaisselle, se shootant au bicarbonate de soude pour faciliter la digestion. J'ai le souvenir des flics qui guettaient au bas de l'immeuble de la rue de l'Aqueduc. J'ai le souvenir de bien des conversations sur tous les terrains de la pensée. J'ai le souvenir d'un homme qui n'était déjà plus celui qui avait livré à sa revue des textes incendiaires. Tous ces souvenirs sont bien modestes, je le sais bien, et ne sauraient aider à porter un jugement.

Et Battisti aujourd'hui ? Il n'y a pas de doute qu'il n'est plus celui d'il y a vingt ans. En supposant qu'il ait vraiment du sang sur les mains, est-il indigne d'une rédemption ou, à tout le moins, d'une prescription, d'une amnistie ? Certes, ce serait à la Justice italienne d'en décider. Le fait est que c'est, d'une certaine façon, la Justice brésilienne qui a tranché. Ne sommes-nous point, qu'on le veuille ou non, citoyens du monde ?

Et puis je ne puis pas ne pas penser aux crimes politiques commis au temps des dictatures, notamment en Amérique latine. Des tortionnaires ont souvent été amnistiés ou oubliés. Ils avaient plus de sang sur les mains que bien des « terroristes » de nos démocraties européennes. Il est bien sûr périlleux de faire des comparaisons. Toutefois, les acteurs de l'Histoire ont en commun leur condition d'homme ou de femme, qui les rapproche tous. Seules les circonstances changent et, chaque fois, le regard des vainqueurs.

23 janvier 2012

Nous irons danser au facebook


Je vous emmène aujourd'hui très virtuellement dans la petite ville d'Epitaciolândia. Rassurez-vous, cette bourgade n'a rien à voir avec Cracolândia. Située sur la rive droite de l'Acre, elle fait face à Cobija, la capitale de l'État bolivien de Pando. Environ 15.000 âmes vivent là dans une sorte de clairière amazonienne. Que trouve-t-on à Epitaciolândia ? La plus grand banque de la région, trois supermarchés et, désormais, une boîte pouvant recevoir jusqu'à 800 personnes et portant le nom et la graphie dans le vent de facebook

Le hardi propriétaire est un jeune homme de 30 ans, fils d'un Bolivien et d'une Brésilienne, qui mérite d'être nommé : Humbert Camacho. Ingénu, le Humbert ? Pas vraiment, puisqu'il connaît les risques. Je suis tenté de dire qu'il est plutôt roublard, puisqu'il sait mettre tout le monde ici de son côté en confiant avec une franchise désarmante qu'il a envoyé un carton d'invitation à Mark Zuckerberg pour le soir de l'inauguration. Le Pain de Sucre(1) nord-américain n'a pas daigné honorer de sa présence ce grand moment de la vie sociale de la bonne ville d' Epitaciolândia. Et on ignore s'il a passé le carton à son service juridique. Puisque je me mêle de ce qui ne me regarde pas, j'ai envie de dire, et je le dis, qu'il serait malvenu de la part de l'ami Mark – il a, je crois, des millions d'amis sur facebook – de chercher des noises à l'ami Humbert au moment où les hypercapitalistes de l'Internet, au premier rang desquels trône le patron du plus grand « réseau social », se rebellent au nom de la liberté d'expression contre SOPA et PIPA qui, aux États-Unis, voudraient aider les majors de la création musicale et cinématographique à retrouver des couleurs.

Mais venons en aux choses sérieuses. Que joue-t-on sur les platines du facebook ? Du merengue, de la salsa, du reggaeton, de la dance et du sertanejo universitáro. J'avoue que cette dernière sous-catégorie avait jusqu'ici échappé à ma veille musicale. De quoi retourne ce country intello ? Il paraît que les deux principales sources d'inspiration en sont la polygamie et la trahison. Le facebook porte décidément bien son nom !

* * *

(1) Littéralement, zuckerberg signifie pain de sucre, non ?

21 janvier 2012

Crack en stock

Puis-je tout dire sur le Brésil, sur mon Brésil – insensé pari – sans parler du crack ? Hélas non. Le crack fait partie de mon Brésil au quotidien. Rares sont les jours où je ne donne pas une pièce d'un real à un flanelinha(1) décharné, les yeux injectés de sang, définitivement fatigué. Deux remarques : d'abord, ce portrait à grands traits qui tient du cliché n'est que trop vrai ; ensuite, que le lecteur ne conclue pas que tous les flanelinhas sont accrochés au crack !

La première fois que j'ai entendu parler du crack, c'était à Washington DC. Le maire de la capitale étasunienne venait de se faire prendre en flagrant délit. Je le rapporte ici, ne serait-ce que pour rappeler que cette saloperie est déjà ancienne.

La première fois que j'ai vu dealer des cailloux, c'était sur les quais de la station de métro Stalingrad à Paris. La saloperie est assez largement répandu sur le flanc dit occidental de la planète...

Et c'est tous les jours que je croise dans les rues de Vitória des hommes et des femmes, parfois des ados, abrutis par le sommeil du crack. C'est tous les jours ou presque que je participe à l'économie de ce commerce, pièce après l'autre. Que faire ? Ne pas donner, c'est aussi les priver de manger, c'est prendre le risque de punir les flanelinhas qui n'y touchent pas.

N'en déduis pas, l'ami, que le crack n'accable que les misérables entre les pauvres ! Toutes les classes sociales sont clientes. Je connais un avocat qui a tout vendu et tout perdu pour la cocaïne et qui, aujourd'hui à la rue, mendie chaque jour son gramme d'ersatz. Je connais un ado de la classe moyenne que ses parents ont récupéré au poste de police après avoir été arrêté avec cinq cailloux en poche. Les parents se sont fait racketter 5.000 reais (un peu plus de 2.000 euros) pour éviter au fiston la prison.

Depuis quelques jours, le maire de São Paulo a déclenché une vaste opération policière pour démanteler Cracolândia, le pays du crack, la cour des miracles du dernier cercle de l'enfer. Mal préparée, l'opération fait débat. Le trafic s'est redéployé sur d'autres terrains, s'est dilué. Et rien ou presque n'est fait pour tenter de « désintoxiquer » les « consommateurs ». Manque de volonté politique, manque de moyens, l'un et l'autre vont ensemble, comme souvent.

Il y aurait deux millions de consommateurs à travers le Brésil. Invérifiable, évidemment, mais l'épidémie continue de se propager, personne n'en doute. « O que fazer ? », dit-on avec fatalisme. Le monde glisse doucement à sa perte, le crack est une composante de sa faillite parmi d'autres. Révolution ! Nous ne nous en sortirions et nous sortirions les damnés du crack que par une révolution. Mais qui croit encore à un possible sursaut quant tout est fait pour nous condamner à la torpeur ?

Vitória aussi a son Cracolândia : quelques bâtiments à l'abandon le long des quais. Des corps jonchent les trottoirs et les plate-formes. Nous filons très vite en voiture le long de ces quais, nous ne les voyons plus.

* * *

(1) Celui ou celle qui aide à stationner, en échange d'une pièce. Le tarif généralement admis est un real à Vitória, en temps ordinaire. Les soirs de spectacle, cela peut monter à 10 reais.

08 janvier 2012

Je me suis ennuyé chez Fantasia

Si je ne recherche pas la compagnie de mes compatriotes, je ne l'évite pas non plus. Au bonheur la chance, telle est en la matière, comme en bien d'autres, ma devise. C'est ainsi que je me suis ennuyé l'autre jour en acceptant l'invitation à dîner d'un couple franco-brésilien, l'un linguiste qui se croyait distingué, l'autre tout autant masculin qui a longtemps été cuistot au Lapin toqué, le restaurant de la clinique de La Borde.

J'ai très vite fait connaissance avec le premier, en sirotant un breuvage exotique fait d'une eau dans laquelle avaient macéré diverses plantes et à laquelle avaient été ajoutées quelques gouttes de Martini blanc, cet alcool frelaté haut placé dans l'échelle des apéritifs vulgaires. Ce premier est donc un linguiste français égaré, par amour, sur le campus de l'université locale et néanmoins fédérale. Sans cet appel de l'amour, sans doute n'aurait-il jamais mis les pieds à Vitória, pas plus que son compagnon brésilien, soit dit en passant. Grand bien lui aurait fait puisque, à peine avions-nous engagé la conversation, notre linguiste, piqué par je ne sais quelle mouche tropicale, qualifiait les Capixabas de ploucs ! Notre linguiste – je l'appellerai désormais Fantasia – devrait pourtant savoir que, comme pour les intellectuels, il n'y a de ploucs que français, et que, par conséquent, de même qu'il ne saurait y avoir de traduction en français du signifiant « saudade » comme de son signifié, il ne saurait y avoir de traduction en portugais du signifiant « plouc » comme de son signifié. Mais qu'importe, je me suis risqué à traduire en mon for intérieur « plouc » par « pé de cachorro ». Pés de cachorro, les Capixabas ? Je lui ai fait remarquer qu'il y avait, sans doute permis, la même proportion de ploucs à Vitória qu'à Rio de Janeiro et à São Paulo. Que nenni ! croyait-il devoir rétorquer, argumentant qu'il n'en avait pas vu autant dans les deux métropoles susdites. Il m'a été facile d'ironiser qu'il ne connaissait pas très bien ces deux villes. Il a alors essayé de dribbler : comment pouvais-je dire ça alors que nous ne nous connaissions que depuis cinq minutes ? Je l'ai aussitôt contré, en lui faisant remarquer que son opinion démontrait qu'il ne connaissait que des territoires assez exigus de Rio et São Paulo.

Le bec cloué, Fantasia s'est levé et a fait mine de s'intéresser à ce qui se passait du côté de la cuisine. Quant à moi, je me suis promis de ne plus perdre mon temps en arguties avec cet énergumène pendant le reste de la soirée, ce qui ne m'empêchait pas de le guetter du coin de l’œil de temps à autre.

Entre la salade de crevettes sur son lit de potage marin et les confits de canard, la conversation a soudain dévié vers Rio. Quelqu'un a évoqué les macabres parties de football qui se jouent dans certaines favelas et cours de prison. Règle du jeu : on trucide un compagnon d'infortune et on lui tranche la tête pour en faire un ballon. Puis c'est chacun pour soi et Dieu pour tous ! De ce jeu qui tient autant du polo afghan que de la balle au pied, d'autres convives sont passés à évoquer les mille maux de la société brésilienne, la diabolique trinité médiatique (le foot encore, la corruption, les homicides), le trafic de drogues alimenté par ses riches clients et l'ignorance crasse des élites, « pé de cachorro demais ». Quelqu'un a commencé à balancer des noms d'artiste sous perfusion cocaïnée. Ah oui ? s'est étranglé Fantasia, manifestement pas franchement déniaisé. Puis, clou de la conversation, un autre a voulu le rassurer : même les pés de cachorro qui courent les rues de Rio, mais aussi de plus en plus souvent celles de Vitória, ont une fâcheuse tendance à abandonner la bière et la maconha pour adopter le crack et le Coca, y compris dans les pagodes, des pagodes qui risquent de se transformer petit à petit en cimetières du samba où ne rôderaient plus que des zombies armés de guitares et cavaquinhos en lambeaux de bois putréfiés. Pour enfoncer le clou, ma chère et tendre a cru devoir en rajouter en déchiffrant pour notre linguiste ces funestes propos dont il ne maîtrisait pas tous les sens.

Notre nouvel ami s'est levé, est allé chercher une nouvelle bouteille de vin et s'en est servi un grand verre. J'ai attaqué ma cuisse de canard, délicieuse au demeurant, et me suis pourléché goulûment les babines. Et, pour marquer le point, j'ai trinqué avec Fantasia.

Un pagode n'ayant pas encore muté - Photo : PixeLuz / Francis Juif

05 janvier 2012

La descente aux enfers d' Alexandre Estevão Ramos

L'Espírito Santo, ses plages, ses montagnes, sa moqueca capixaba. Et ses prisons. Des prisons qui nous rappellent que l'enfer est une invention humaine, que l'enfer est sur terre et non pas au ciel. Des prisons dont les conditions d'enfermement épouvantables ont déjà été pointées plusieurs fois, au point d'émouvoir jusqu'à des rapporteurs de l'ONU. Des prisons dont se désintéressent les principales autorités locales, à commencer par le gouverneur actuel, Renato Casagrande, qui semble ne pas vouloir faire mieux que l'ancien gouverneur, Paulo Hartung, lui-même moins occupé à promouvoir le bien public qu'à constamment manipuler dans l'ombre ceux qui auraient pu (ou pourraient encore) le gêner. Des prisons auxquelles ne s'intéressent guère les citoyens capixabas. Mais faut-il en être surpris ? Si la presse et les télés locales tiennent avec force détails morbides la chronique des homicides, elles taisent les meurtres  d'État. Il aura fallu qu'un journal en ligne, Século Diário, en parle pour que, malgré le black out décrété par les politiques et leurs complices journalistes, une nouvelle et lamentable histoire finisse par toucher quelques uns d'entre nous, nous toucher à tous égards, et nous décide à la relayer via les réseaux sociaux ou les blogues.

C'est mardi dernier qu'a pris fin le supplice du jeune Alexandre Estevão Ramos, une septicémie signant la fin de sa descente aux enfers. Les souffrances d'Alexandre ont commencé le 18 mars 2010. Touché dans le dos, ce jour-là, par une balle tirée par un policier, il a été abandonné en équilibre instable sur un rocher où il est resté trois heures à perdre son sang, avant que le SAMU lui porte secours. Pour cela, encore aura-t-il fallu que des habitants du quartier réussissent à obtenir d'abord l'envoi sur place d'une équipe d'une chaîne de télévision...

Il restera deux mois dans un hôpital, puis sera transféré dans un autre hôpital. Puis il sera interné au pénitencier de haute sécurité de Viana, sans que sa famille en soit informé et moins encore de son état de paraplégique. C'est dans l'infirmerie de la prison qu'Alexandre contractera une infection généralisée. On le conduira à nouveau à l'hôpital où il sera nécessaire d'amputer ses deux jambes. On le rendra alors à sa famille. Puis ce seront des déménagements, de nouveaux séjours à l'hôpital. À la fin, terriblement affaibli, il n'aura plus la force de parler.

Le récit de cette descente aux enfers est à lire sur le site du Século Diário. Les photos sont difficilement soutenables. La vérité des faits ne l'est pas moins.

Mehdi et moi-même, qui vivons dans l'État d'Espírito Santo, avons pensé qu'il était de notre devoir de répercuter cette affaire au-delà des frontières du Brésil.

Nous publions donc simultanément un article sur le supplice d'Alexandre.

08 décembre 2011

« Où qu’elle est la sainte patronne ? »

Alors que je presse le pas pour me rendre à un rendez-vous, un homme me tend la main. Physionomiste comme je suis, je suis foutu de ne pas le reconnaître. Il a la soixantaine bien tassée, quelques cheveux blancs qui ondulent, le visage rougi et un grand sourire. Je ne vois pas de qui il s’agit. « Où qu’elle est la sainte patronne ? » Je le dévisage, ses yeux bleus hérités d’un ancêtre de la Vénétie ou de la Poméranie brillent d’une hilarité qu’il veut me communiquer. « Toute cette violence, tous ces braquages, les canailles qui courent les rues », se lance-t-il. Je me regarde, cherchant ce qui me donnerait un air de canaille. Il me montre le vieux à bicyclette qui s’approche en répandant avec son haut-parleur la bonne parole de Santa Rita. « Où qu’elle est la sainte patronne ? », répète-t-il, toujours jovial. Maintenant, j’en suis sûr, il ne me connaît pas, il a juste envie de partager avec quelqu’un ce qui le rend hilare. Comme j’étais le seul sous la main, c’est à moi qu’il s’est adressé. « Où qu’elle est la sainte patronne ? », répète-t-il encore une fois. Je m’apprête à lui faire une révélation : je suis athée, mon frère. Mais il ne m’en laisse pas vraiment le temps. « Moi, dit-il, je crois qu’en Belzébuth. » Un tantinet surpris, je le regarde à nouveau. L’espace d’une fraction de seconde, il me semble voir deux petites cornes sur ses tempes. Il est temps que je reprenne ma course en direction de mon rendez-vous. Des ailes ont poussé dans mon dos.

28 novembre 2011

Chroniques de la favela : TCP

« C’est un de ces sigles qui servent de nom pour les groupes armés à Rio de Janeiro. Terceiro Comando Puro (1) est une des bandes de trafiquants les plus violentes de la ville, un regroupement de mecs expulsés du Comando Vermelho (2) et des ADA (3). Elle ne vend pas de crack, mais elle est le principal détaillant de cocaïne à Rio.

La communauté où je vis est aujourd’hui contrôlée par, d’un côté, la milice, formée par des policiers militaires et civils et, de l’autre, le Comando Vermelho. Si tu t’enfuis, la bête t’attrape ; si tu bouges pas, la bête te bouffe. C’est une de ces communautés, une de plus, que l’État a abandonnée, laissant le terrain libre aux trafiquants et aux opportunistes de tout poil. Le Terceiro Comando Puro en a été expulsé par les deux groupes, le Comando Vermelho et les Miliciens, alliés de circonstance. La favela est un point stratégique : elle longe une des avenues les plus importantes de Rio et se trouve tout près de l’aéroport international. La moitié est sous contrôle du Comando Vermelho, l’autre appartient aux Miliciens. La nuit chaque groupe a l’autre à l’œil, la nuit ils surveillent la plage, ils surveillent les coins les plus reculés, ils surveillent l’avenue, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. On dit que plus de 50 personnes sont mortes au combat pendant l’expulsion et qu’aujourd’hui encore il ne se passe pas un jour sans un assassinat. La justice ? Elle reste à l’écart de tout ça, personne n’irait porter plainte, la vie de ces gens-là ne vaut rien.

La peur est dans l’air, chaque tir de fusée de feu d’artifice, chaque voiture qui pénètre dans la favela fait monter la tension. Le silence est la règle, personne n’entend rien, personne ne dit rien, personne ne voit rien. Quand je rencontre un mec sans bras ou sans jambe, je sais que ce n’est pas parce qu’il est tombé de moto mais que c’est le trafic qui lui a pris. Ces gamins sont fiers de faire partie des trafiquants, parce qu’ils sont respectés par toute la communauté. Il n’y a qu’un petit problème, ils ne peuvent pas sortir de la favela, parce qu’ils sont des cibles pour la police et pour les bandes rivales. J’ai demandé à un jeune de 18 ans, amputé d’un bras, s’il était déjà allé à Copacabana ou à Barra da Tijuca. Il a souri et dit que non, il a ajouté qu’il ne connaîtra jamais ces quartiers, qu’il était tombé dans le trafic tout gamin, qu’il était marqué pour toujours et que s’il sortait il ne rentrerait pas vivant. Il a dit aussi que le trafic c’est pour survivre, qu’il a besoin de voler pour avoir assez d’argent pour s’acheter des armes, payer les pots de vin aux miliciens et marquer son territoire. Quand son père, un travailleur, a découvert qu’il était devenu trafiquant, il l’a mis à la porte. Alors il a habité dans le local où on raffine la coke, puis il s’est mis à la colle avec une fille et ils ont eu un bébé. Il ne voudrait pas que son fils suive le même chemin que lui. Je lui ai demandé s’il était heureux et il m’a répondu que tout le monde le respectait mais qu’il ne savait pas combien de temps cela durerait. J'ai répété : mais heureux ? Il aurait aimé l’être, pouvoir se promener avec son fils et au moins connaître Rio, mais il suivait une voie sans retour. Il ne sait pas s’il vivra jusqu’à ses 25 ans. Il pense que, si jamais il est arrêté, il sera assassiné pour paiement des crimes qu’il a commis. Et il a fini en disant que, tant qu’il sera en vie, il lui faudra vivre chaque jour comme si c’était le dernier.»

* * *

Comme les précédents de cette série, ce texte est la transcription d’un récit qui m’a été transmis par un habitant d’une favela de Rio.

(1) Littéralement, le Troisième Commandement Authentique. Le clip qui suit revendique être la bande son originale du TCP, qui n’a cependant rien d’une fiction.
(2) Littéralement, le Commandement Rouge.
(3) Amigos dos Amigos. Littéralement, les Amis des Amis.


23 novembre 2011

Chroniques de la favela : l’engrenage

« C’était ici, dans ces confins qui avaient été terroir de samba, que Pixinguinha avait aimé se baigner, se promener, flirter. Ils ont donné à une école le nom du grand musicien qui s’était épris de ce bout du monde. Les plus anciens disent que c’était un endroit très beau, qu’il avait été le lieu de la promenade préférée de la princesse Leopoldina (1), si bien que la voie ferrée qui coupe les quartiers de la zone nord parallèlement à l’avenue Brasil a été baptisée chemin de fer Leopoldina. Les plus anciens parlent encore de la beauté qu’avait alors cet endroit, quand l’eau de la mer était limpide, que les pêcheurs vivaient de leur pêche et que les jeunes filles et garçons se donnaient du bon temps à la plage.

Avec le début des grands travaux, comme la construction de la Reduque (la raffinerie Duque de Caxias), l’aéroport de Galeão, le pont Rio Niteroi et la base navale, des gens de tout le pays étaient venus et avaient envahi ces parages. Tout avait alors changé dans la plus grande improvisation. Sans argent pour payer un loyer dans un quartier mieux tenu, les ouvriers ont commencé à ériger des habitations de fortune. Puis, sur ce qui avait été les chantiers tout proches, on a commencé à choisir des personnes plus qualifiées et le travail manuel s’est fait rare. Avec le temps, des enfants sont nés et ont grandi, les choses n’ont fait qu’empirer. Les cousins et les amis qui étaient venus de loin, qui désormais habitaient là se sont retrouvés paumés et, faute d’avoir été à l’école ou d’avoir appris un métier, ont d’abord cherché des petits boulots, au noir. Des petits boulots qui étaient loin de rapporter ce que rapportait le trafic. Les agressions se sont multipliées, les vols aussi. Et toutes sortes de sales besognes liées au trafic se sont développées. Avec l’argent facile et l’État se désintéressant de cette population qui augmentait sans contrôle et sans espoir de travailler, les trafiquants n’ont eu aucun mal à prendre le pouvoir. Les guerres entre bandes rivales sont devenues permanentes, chaque jour les familles des premiers ouvriers voient leurs fils se faire tuer ou finir en prison. Les peurs, l’insécurité, le manque de travail et les enfants au milieu des drogues, tout est fait pour que les gens se soumettent aux caïds et dépendent de plus en plus d’eux. Aujourd’hui, les commerçants payent le droit de vendre, les habitants payent le droit de vivre. Il n’y a de lois que celles des groupes d’extermination qui décident de la vie ou de la mort de ceux qui commettent des crimes au sein de la communauté. Comme les policiers sont de mèche, personne n’ose demander justice pour les proches qui ont été assassinés. C’est aujourd’hui un endroit dangereux où l’on n’est l’ami de personne, où c’est chacun pour soi et Dieu pour tous. »

* * *

Comme les précédents de cette série, ce texte est la transcription d’un récit qui m’a été transmis par un habitant d’une favela de Rio.

(1) Leopoldina Teresa Francisca Carolina Micaela Gabriela Rafaela Gonzaga de Bragança e Bourbon est l’une des deux filles de l’empereur Dom Pedro II.

18 novembre 2011

Chroniques de la favela : le crack

« Grand-mère, c’est être deux fois mère : après avoir élevé les enfants, il faut élever les petits-enfants. Et ça n'a rien de facile. L’âge pèse, l’argent manque, c’est une vie de chien. Et ça fait mal de voir la famille se laisser détruire par le crack.

Ce qui fait le plus mal, c’est de voir la mère et le père des enfants faire basculer leur aîné dans le trafic. Un gamin d’à peine 11 ans jeté dans cette zone pour financer le vice des parents, un gamin qui ne va pas à l’école, qui vit jour après jour au milieu des drogués à qui il vend leurs doses, qui n’a pas l’ombre d’une chance d’en sortir. Il n’a qu’un rêve, celui de se mettre plus tard à son compte, de devenir à son tour le boss du business.

Mais ils sont quelques uns qui ont décidé de changer le cours de cette histoire, d’aider eux-mêmes ce gamin à sortir de la misère, parce qu’il n’y a rien à espérer des autorités et que c’est une course contre la montre : s’il faut faire quelque chose, c’est maintenant ou jamais. La milice a d’abord expulsé les parents de la communauté, parce que c’est le seul moyen de sauver les enfants. Une association s’occupe de l’aîné, celui de 11 ans. La grand-mère s’occupe des deux plus petits, ceux de 7 et 9 ans, adoptés aussi par la pauvre communauté des voisins, parce que tous savent que le trafic est cruel, qu’il tue le jeune comme le vieux. La grand-mère se lève tôt, emmène les deux mômes à l’école, leur prépare le déjeuner. Quand vient la fin de la semaine, c’est au tour de la communauté de faire sa part, de donner à manger, de prendre soin des gamins.

Le trafic continue de jeter aux yeux sa poudre de perlimpinpin, c’est des disputes de chats et souris : pendant que les uns en sauvent de la dope, les autres font cadeau de leurs cailloux. Et les autorités n’attendent qu’une chose, que ça pète, les politicards ne viendront qu’avant les élections pour acheter des votes en échange de bricoles.

Cette grand-mère a déjà perdu deux enfants à cause du trafic, morts au combat contre la police, et maintenant la fille et le gendre. Elle est résolue à ne pas perdre les petits-fils, quitte à demander du soutien à ceux qui peuvent, sans attendre parce qu’elle sait que ses années sont comptées. Cette dame aux cheveux gris, qui ne sait ni lire ni écrire, a beau être fatiguée, elle se bat pour aider les petits-fils, elle rêve encore de pouvoir voir en eux des hommes d’honneur, travailleurs même s’ils doivent rester pauvres, mais loin des drogues. La communauté tente de lui donner un coup de main pour qu’ils n’entrent pas dans les statistiques de la criminalité. »

* * *
Ce texte, comme la précédente chronique de la favela, est la transcription d’un récit qui m’a été transmis par un habitant d’une favela de Rio.

06 novembre 2011

Mon pompiste parle français

Frentista, c’est le nom qu’on donne au Brésil à ceux qui exercent la profession de pompiste. Curieux substantif, qui a d’ailleurs d’autres significations, que motive le fait que le frentista se trouve en première ligne face aux clients ? Mais pompiste — le mot — ne vaut guère mieux : est-ce que le pompiste pompe encore ? Il y a belle lurette que le shadok en lui est à la retraite. D’autant qu’en France, dans la plupart des essenceries — mot franco-wolof de meilleur effet que station-service qui ne veut plus rien dire — c’est l’automobiliste qui fait le boulot lui-même. Une aberration quand on y réfléchit deux secondes : ne vaudrait-il pas mieux (re)mettre au travail des hommes et des femmes ?

Ce long préambule, qui sera peut-être plus long que la suite qui vient, c’est pour vous dire que mon frentista parle français. Je l’ai découvert ce matin en faisant le plein, en complétant comme on dit ici. Ayant remarqué mon accent à la Claude Troisgros, le pompiste me parlait en français de la plus naturelle des façons. Au point que ce n’est qu’après quelques phrases échangées que je me suis aperçu que nous devisions dans la langue de Voltaire — ras le cul des unanimes allusions à Molière, même si je n’ai rien contre Jean-Baptiste Poquelin.

La conversation étant ainsi amorcée, ainsi que le remplissage du réservoir de ma petite auto, je n’ai pu m’empêcher de lui demander où et comment il en était venu à maîtriser la langue de Guy Debord — rendons hommage à ce maître de la langue ! C’est que Nelson, mon ami le pompiste, a travaillé pour l’armée française et qu’il a crapahuté sur bien des terrains d’opération de notre force d’intervention néo-coloniale. Hélas, un mauvais jour, il s’est mis dans une sale embrouille et a fini par déserter, je ne donnerai pas plus de détails.

Nelson m’a confirmé qu’il gagnait le salaire minimum (moins de 250 euros). Ce qui l’obligeait à cumuler avec un autre boulot, celui de serveur dans un restaurant plus ou moins français le soir. À la colle avec une fille qui faisait des ménages, il s’en sortait à peu près. C’est du moins ce qu’il me disait. Quoiqu’il en soit, sauver sa peau justifiait largement changer l’uniforme de légionnaire pour celui de pompiste d’un grand réseau multinational.

Moi, je le verrais bien professeur à l’Alliance française, mon ami Nelson. Après tout, j’ai connu à l’inverse un Français qui, de directeur de l’Alliance dans une ville du Nordeste, s’est retrouvé contraint de poser sa valise en carton dans une favela d’un État limitrophe et de gagner son riz et ses haricots en restaurant de mauvaises toiles des églises locales...

31 octobre 2011

Chroniques de la favela : Davi

« Davi est le nom de notre personnage, qui vit aujourd’hui dans le grand Vitória et que sa famille a réussi à sortir du monde des drogues.

Quand j’ai connu Davi à Vila Velha, un garçon ordinaire, un coiffeur qui parlait doucement, bosseur, supporteur du Vasco da Gama, jamais je n’aurais imaginé que je raconterais un jour son histoire, cette histoire.

Chaque fois que je me rendais au siège du syndicat, je passais par le salon Da Silva, sur la place Duque de Caxias, et plaisantais là quelques instants avec tous les clients, que je connaissais tous de près ou de loin. Le salon était toujours plein à l’époque où tous les services administratifs étaient regroupés dans le centre de la ville. C’était là que se retrouvaient tous les cadors pour boire un café, se faire couper les cheveux, donner leurs chaussures à cirer. C’était un salon exclusivement masculin, comme il l’est encore aujourd’hui.

Mais venons en à Davi, qui m’avais toujours dit qu’il avait habité à Rio, qu’il était supporteur du Vasco, mais qu’il ne ressentait aucune saudade de la ville qui se prétendait merveilleuse, au point qu’il se sentait un vrai Capixaba.

Un soir, alors que je rentrais chez moi dans un bus bondé et que les rues étaient embouteillées, et que j’approchais de ma destination, a commencé un échange de tirs nourris dans le complexo do Alemão. Alors que les balles fusaient dans le ciel, la trouille d’en prendre une perdue et, avec elle, le silence se sont installés dans le bus. Un vieux assis à côté de moi m’a demandé l’heure et j’ai tout de suite vu, en lui répondant, qu’il tenait une Bible entre les mains et qu’il priait, mais, surtout, que son visage me rappelait quelqu’un. Pour entamer la conversation, je lui ai demandé s’il connaissait l’Espírito Santo. Je ne sais pas si c’était la peur, mais il m’a fait signe que non, si bien que je lui ai dit qu’il me rappelait un garçon que j’avais connu, qui travaillait dans un salon de coiffure de Vila Velha. Il a fait mine de ne pas comprendre e a baissé la tête, avant de la relever et de me demander si je connaissais le nom de ce garçon. Je lui ai dit que oui et j’ai avancé le nom de Davi. L’homme m’a dévisagé et m’a demandé si j’étais de la police, je lui ai dit que non, que je travaillais au village olympique. Alors, les yeux emplis de larme, il m’a dit que son fils s’appelait Davi, qu’il était coiffeur et travaillait à Vila Velha. J’ai ajouté que Davi avait un fils et qu’il était marié, qu’il habitait à Cariacica dans la banlieue de Vitória et il m’a répondu que c’était bien lui. Il est resté silencieux pendant quelques instants, puis m’a demandé ce que je faisais au village olympique. Je lui ai dit que j’entraînais les gamins, il m’a souri et a ajouté que son petit-fils s’entraînait là, sans doute avec moi. Puis il a parlé des coups de feu qui l’effrayaient, mais qu’il approchait de chez lui et il a voulu savoir où j’habitais. Je lui ai donné comme point de repère l’église évangélique. Il m’a dit qu’il était comme de juste le pasteur de cette église et qu’il aimerait beaucoup me parler de Davi. Il a alors proposé d’accompagner son petit-fils au village olympique le lendemain et de m’y rencontrer. Quand nous sommes descendus du bus ensemble, les tirs n’ont fait que redoubler et il a lâché, d’un air désabusé, qu’il aimerait bien s’installer dans l’Espírito Santo. Je lui ai souri et lui ai répondu que là-bas non plus la vie n’était pas facile. Arrivé chez moi, j’ai allumé la télévision pour connaître le motif de ces échanges de coups de feu, puisque je croyais le complexo do Alemão pacifié depuis que l’armée occupait les lieux. Je n’ai pas attendu très longtemps l’explication : l’armée venait de décider de rester un an de plus, ce qui n’avait pas plu aux trafiquants qui se trouvaient encore là. 

Le lendemain, quand je suis arrivé au village, j’ai trouvé Luizinho déjà là. Né dans l’intérieur de la Paraíba, il était venu travaillé à Rio à la recherche d’une vie meilleure. Puis il avait fait venir sa femme et ils avaient eu deux enfants. Il m’a présenté son petit-fils et quand il a commencé à me raconter que Davi avait été trafiquant, j’en serais tombé sur le cul si je n’avais pas été assis. Luizinho était arrivé à Rio, avait fait tous les petits boulots possibles, faute d’avoir pu étudier, avait travaillé dur et s’était installé sur une des collines du complexe, où étaient nés et avaient grandi ses enfants. De consommateur de drogues, Davi était monté dans la hiérarchie jusqu’à devenir le numéro deux du gang et gérant d’un point de vente clandestin.

Luizinho faisant déjà partie de l’Église et sa femme étant malade, ils ont décidé de tout faire pour sauver Davi, ils sont allés prier et ont demandé à Dieu qu’il change de vie. Mais Davi n’a rien voulu savoir et c’est seulement quand ils ont déménagé du complexe pour une autre favela et qu’ils ont continué à prier, qu’ils ont réussi à le décider à venir à l’église, difficilement, si difficilement que sa femme ne l’a pas supporté et a fini par mourir. Luizinho avait alors pensé que son fils péterait les plombs et tirerait dans le tas, mais, non, Davi lui a simplement demandé de l’aider à partir. Luizinho a décidé de l’envoyer dans la Paraíba, ils ont acheté un billet pour Vitória car de là un pasteur capixaba lui trouverait une place dans une voiture qui partirait pour João Pessoa. Finalement ce pasteur est entré dans sa vie, le voyage en voiture ne s’est jamais présenté, Davi a d’abord accepté de nettoyer l’église, si bien que le pasteur a décidé de lui donner un coup de main et lui a payé un cours pour devenir coiffeur. Ça s’est bien passé et il a commencé à couper les cheveux gratis à l’église jusqu’au jour où il a été invité par Alberto, le gérant du salon Da Silva, à travailler pour lui, cela faisait maintenant plus de dix ans.

Davi s’est marié, a eu un fils, s’est acheté une maison à Cariacica et une voiture, avec laquelle il est déjà venu à Rio, avec sa famille. Quant à moi qui ai connu Davi avant de rencontrer son père, comment aurais-je pu imaginer que ce garçon si tranquille, si simple et bien élevé avait été un trafiquant, peut-être un assassin ? Mais Luizinho m’a garanti qu’il n’avait jamais tué personne. 

Davi travaille toujours au salon Da Silva, au rez-de-chaussée d’un immeuble sur la place Duque de Caxias, riant rarement, écoutant tout, loin du monde où il avait vécu. Si par hasard vous rencontrez Davi, vous ne croirez peut-être pas à cette histoire, mais n’oubliez jamais que les voyous ont des visages tout à fait ordinaires. Je ne suis sûr de rien, mais il me semble qu’à l’école de la vie Davi a appris la meilleure leçon qu’il pouvait en tirer. »

* * *

Ce texte est la transcription d’un récit qui m’a été transmis par un habitant d’une favela de Rio. Les noms des personnages et des lieux ont été modifiés afin de préserver la sécurité des personnes concernées.

12 août 2011

Des mots revenus des morts, l’archéologie d’un passé récent

C’était en 1959, on construisait Brasília, capitale inutile d’un paysage inutile. Et l’on avait fait venir les ouvriers des régions les plus pauvres, du Nordeste pour la plupart. Quand on se balade aujourd’hui à Brasília, si toutefois l’on peut s’y balader — mais je puis vous le garantir, je l’ai fait ! —, on aurait plutôt tendance à l’oublier. Restent toutefois quelques bars, quelques restaurants qui le rappellent. Et puis des imprévus qui remettent à jour ce passé laborieux, souvent douloureux.

C’est ce qui vient d’arriver à des ouvriers d’aujourd’hui, chargés de colmater une fuite d’eau au Parlement. Il leur a fallu casser des parois et se faufiler dans ce qui ressemble à une espèce de caisson, pour ne pas dire cercueil, où dormaient depuis plus de 50 ans des graffitis.

L’un d’eux, paradoxal à son étrange façon, reprend une maxime latine, donc savante : « Duraleques Ce De Lequis ». Vous avez décrypté ? « Dura Lex, Sed Lex », ni plus ni moins. Me fascine le voyage de ces mots qui, nés à Rome, ont échoué après des siècles et des milliers de milles marins sur les rivages de l’Amérique et qui, d’un port du littoral, ont entrepris de pousser jusqu’à l’utopique capitale, la capitale d’un non-lieu, au prix de quelque arrangement avec les règles de l’orthographe. Et comme cet ouvrier a signé de son propre nom cette citation, il mérite bien qu’on lui rende un hommage ici : merci José Silva Guerra.

Un autre s’intéresse à l’amour. « Amor, palavra sublime que domina qualquer ser humano », nous dit Nelson Nilson. « Amour, mot sublime qui domine n’importe quel être humain », voilà une opinion qui ne serait pas loin de faire l’unanimité pourvu qu'on prenne le mot « amour » dans son acception la plus large et qu'on laisse ouvert à tous les vents ce dont il est l’objet.

Le même Guerra, décidément travaillé par la sévère question de la loi, a aussi écrit : « Que les hommes de demain qui viendront un jour ici aient de la compassion pour nos enfants et que la loi s’accomplisse ! » Les députés ont-ils répondu à son attente ? Vous connaissez la réponse aussi bien que moi.

Et enfin, un autre encore a remué le couteau dans une plaie du Brésil qui ne semble jamais devoir cicatriser : « Si tous les Brésiliens étaient dignes d’honneur et d’honnêteté, nous aurions un Brésil bien meilleur ! » Sans doute n’y avait-il pas meilleur endroit que la Chambre des députés pour tracer ces mots aux accents de vérité.


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En écho à ce billet, voici un bref extrait du Dictionnaire amoureux du Brésil de Gilles Lapouge, à l’entrée Seringueiros :

« C’est une loi de l’histoire : sur les vainqueurs, nous savons beaucoup de choses — la marque de leurs chemises, l’état de leurs âmes, leurs orgies, leurs tristesses et leurs saudades —, mais les peuples vaincus sont des peuples abolis. Des peuples sans langue. Ils travaillent, ils souffrent et puis ils meurent. Les stèles des cimetières où gisent leurs guenilles sont muettes.

« De loin en loin, et par chance, il arrive qu’un des vaincus fasse un peu de bruit et qu’il nous envoie un message. Sur des vieux papiers d’écolier ou sur des écorces d’arbre, dans le sable ou sur le mur de leurs prisons, ils nous font savoir qu’un être a vécu comme on meurt et de quelles noirceurs étaient ses jours. »


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Et puisque j’évoque Brasília, je publie depuis quelques jours quelques photos en noir et blanc sur cette ville, des lignes et des courbes saisies dans le détail pour mieux souligner l’architecture qu’elles supportent. C’est ici.

14 novembre 2010

Ville C

Avant la ville C, de mangroves et de forêts avant que (avant que ?), ville C aujourd'hui pas tout à fait encore une ville, ville C sans tout-à-l'égoût mais avec l'électricité, l'eau, le téléphone, le haut-débit d'échange d'informations, ville labyrinthe où les rues escaladent les morros, les dévalent, les remontent à la peine, ville où les maisons en construction permanente s'accrochent aux morros jusqu'à ce que les eaux en colère les emportent, les eaux ou le temps (mais quelle différence ?), ville C où le padre Gabriel est arrivé venant de son Jura natal, son Jura de morros et de plateaux, ville C où aujourd'hui a commencé la construction de la maison de l'association du Padre Gabriel Maire, maison accrochée à un morro entre une rue désormais asphaltée (écho du travail accompli par le padre Gabriel) et un vallon où pousse un palmier, maison qui s'appuie sur des piliers flanqués dans la pente raide, maison où nous attendent Carlinda et Zé Lopes, eux qui les premiers ont accueilli le padre Gabriel venu de son Jura natal, maison de l'association pour que le travail accompli par le padre s'ancre dans ce quartier, avec sa bibliothèque populaire, sa cuisine où venir partager un thermos de café et bavarder, dire les difficultés et trouver les solutions ensemble, ville C où l'on commémorera bientôt le 21ème anniversaire de l'assassinat du padre Gabriel, ville où il ne faisait alors pas bon parler haut et fort, ville C au nom indien, presque-ville de plus en plus ville, de plus en plus urbaine où les violences encore explosent chaque jour - pierres de crack qui explosent à retardement, frustration sexuelles qui explosent quand elles n'en peuvent plus d'avoir été contenues -, ville C où il est possible derrière l'église du padre Gabriel d'apprendre à lire et à écrire dans les salles de formation par le padre mises en chantier à une époque où les autorités faisaient barrage à l'alphabétisation, salles de formation utilisées aujourd'hui encore pour rattraper le retard de ces décennies-là, ville C aujourd'hui mieux gérée, ville C qui sait où elle va, ville C Cariacica, ville C où Carlinda et Zé Lopes ont appris à lire et à écrire tandis qu'ils élevaient leurs dix enfants avec pour seul salaire le salaire minimum de l'époque - stupeur du padre Gabriel qui ne comprenait pas comment l'on pouvait dans ces conditions élever dix enfants ! -, Carlinda et Zé Lopes qui nous ont accueilli chez eux pour boire le café, où nous croisons les enfants devenus grands, certains déjà jeunes grands-parents, où Carlinda nous montre avec fierté l'album photo de sa récente formatura, symbole du chemin parcouru d'abord avec le padre Gabriel, puis le souvenir du padre, la foi en une Église qui serait restée fidèle aux messages du Christ, ville C où prier ne suffit pas, ville christique Cariacica où chaque morro est un Mont des Oliviers.

(Un grand abraço à Beth)

04 novembre 2010

Marbre

Marbre sous le marbre, marbre du corps figé, pour un temps momifié, un temps très bref en regard de l’éternité qui l’attend, marbre pour un temps sous le marbre appelé à s’effriter entre les doigts du temps, dans la main du ciel qui court et qui déjà se referme et que les vivants sentent avec peine, ne sentent guère plus, absents qu’ils sont au monde, marbre du corps refroidi sous la chape de terre gorgée d’eau, du corps qui ne pense plus, du corps dont ne s’est échappé que le vide de l’âme, l’absence absolue de mystère, le néant offert à la béance.

27 octobre 2010

Silence

Silence, silence blanc, silence de mort, cette mort lente qui hante, ce silence qui aplatit, qui empoigne le cœur et qui l’écrase, qui contraint, silence musique de mort qui appelle un sursaut, un réveil, un coup de blues ou une symphonie tonitruante, des accords qui glissent sur le manche d’une guitare ou des désaccords savants bossa nova, silence qui attend son heure, silence qui se sait plus fort que tous les coups de blues, toutes les symphonies, toutes les chansons, toutes les grandes orgues de l’appel à Dieu.

29 septembre 2010

Du pays noir

Du pays noir couleur de suie, du pays noir reclus dans le silence, y a-t-il encore quelques pensées à développer, quelques mots à prononcer ou à écrire pour le pays noir où tout s’efface ?

Il y a ceux qui s’agitent, qui pensent, qui pensent qu’il faut à tout prix penser, prononcer les mots ou les écrire. Même au pays noir couleur de suie.

Il y a ceux qui se taisent en leur for intérieur ou qui pour qui l’extérieur n’est pas leur fort. Qui souhaitent qu’on leur foute la paix au pays noir couleur de suie.
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