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18 mars 2017

Pourritures

Après la police au repos, laissant le champ urbain libre aux voyous désœuvrés, toujours prêts à en découdre et à s'emparer de quelques miettes ; après la fièvre jaune ayant fait son retour dans l'Espírito Santo, avec la bénédiction de l'Esprit Saint, dit encore Saint-Esprit, après 70 ans d'absence tout de même ; après toutes ces merdes remuées, tous ces remugles en fête, c'est au tour de la viande qui nous est vendue d'apparaître comme pourrie en une de tous les journaux. Et dire que je suis invité à un churrasco ce midi !

Et demain ? Qu'en sera-t-il ? Sans doute pas quelque chose de folichon. Et pas qu'au Brésil, sans doute. Les USA nous montrent la voie avec leurs trumperies. Bientôt cela sera-t-il le tour de la France ? Même si dans la mère patrie on échappe au pire cette fois, comme aux Pays Bas, ne nous faisons pas trop d'illusions, le peuple, comme on dit en Suisse, le peuple souverain pense d'une façon qui pue chaque fois plus. Au fond, plus tôt on en finira avec l’humanité, mieux cela vaudra pour la vie sur Terre. Espoir, donc.

Je pense à toi, Frantz Fanon. Je repense à toi, à tes combats. À tous nos combats qui, finalement, auront été inutiles. Comme ceux des peuples de la forêt amazonienne il y a 1000 ans ou 600 ans encore. Ils étaient des dizaines de millions qui parlaient des centaines de langues, qui peuplaient des centaines de villes et villages, qui parcouraient des milliers de routes, qui cultivaient des milliers de champs, qui élevaient des poissons, qui domestiquaient des arbres et des plantes. Quand les Portugais sont arrivés, il n'y a point eu de combats, ou si peu, contrairement à ce que voudraient faire croire les Brésiliens aujourd'hui encore, et qui justifieraient l'appellation donnée à Vitória, une prétendue victoire sur les indigènes, il a suffi de nos microbes et bactéries européens pour décimer les habitants de l'Amérique du Sud. Presque tous. A ce propos, on lira avec profit le livre de l'archéologue Stéphen Rostain, Amazonie, les 12 travaux des civilisations précolombiennes.

29 août 2012

Cuíca, café et cetera

Dans le livre de leçons de choses de mon enfance, les marsupiaux vivaient en Australie et exclusivement en Australie. C'était les kangourous et les koalas, des animaux que l'on nous présentait comme sympathiques. Et, d'un bond de l'imagination chevillée au ventre, l'on rêvait à ce monde fantastique, tellement différent de tous les autres continents. Ce n'est que très récemment, en regardant un documentaire sur la disparition des dinosaures, que j'ai découvert que des marsupiaux peuplaient les Amériques et, plus récemment encore, que l'un d'eux, la cuíca faisait partie des meilleurs amis de l'homme, du moins de l'un d'eux, un producteur de café qui leur doit sa bonne fortune.

Vous l'aurez compris, les cuícas, comme d'autres marsupiaux américains, doivent leur survie à leur petite taille, qui leur a permis d'échapper à la catastrophe qui a provoqué l'extinction des dinos, meilleurs amis des enfants d'aujourd'hui. Et, une fois leur principal prédateur rayé de la chaîne alimentaire, ils ont enfin proliféré, jusqu'à aujourd'hui. Les cuícas sont des petits rongeurs arboricoles qui mesurent tout au plus trente centimètres. Ils constituent depuis quelques décennies un cas d'espèce qui passionnerait sans doute Darwin s'il revenait au Brésil et s'y arrêtait en prêtant à sa faune, humaine comprise, plus d'attention et moins de mépris que lors de son premier séjour.

Le philander opossum – c'est son nom savant – est un rongeur facétieux qui se cache des hommes, au point que certains – des gens des villes, sans doute jaloux de leurs contemporains des campagnes – doutent de leur existence. J'en entends déjà qui disent que cet animal doit son nom commun aux sons qu'il produit, semblables à ceux de l'instrument de musique homophone. J'en entends même déjà certains qui vont jusqu'à faire danser le samba à la cuíca... La cuíca, la vraie, vit notamment dans les montagnes de mon cher Espírito Santo. C'est un omnivore qui chasse et cueille de préférence la nuit, ce qui explique que l'on ne se retrouve pas facilement nez à nez avec lui. Mais nous avons la meilleure preuve de son existence, grâce à un vice qu'il a acquis il n'y a guère que quelques minutes, si l'on se place sur l´échelle de l'évolution des espèces. Car, si l'homme n'a introduit le café en Espírito Santo qu'à la fin du 19ème siècle ou au début du 20ème, que dire de l'addiction de la cuíca au café, et plus exactement à la robe qui entoure les deux noyaux de chaque cerise ?

Non seulement la cuíca a pris goût à une plante ayant dérivé d'Éthiopie – où ne semblent pas avoir été à ce jour recensés de lointains cousins des marsupiaux latinos – jusqu'au Brésil, mais elle a appris à sélectionner ses meilleures cerises. Cela, nous le savons grâce à Rogério Lemke, administrateur d'une plantation de 120.000 pieds, du côté de Pedra Azul, la pierre miraculeuse de l'Espírito Santo qui attire les touristes du monde entier, cette pierre aux reflets bleutés qu'escalade un lézard pétrifié par la curiosité des hommes et, qui sait, des cuícas.

Que lui trouvent-elles de bon au café, nos amies les cuícas ? Le miel de la peau et de la pulpe qui enrobent les deux noyaux ont leur faveur. Insensibles ou réfractaires aux vertus attribuées à tort ou à raison à la caféine, elles délaissent les noyaux. Et comme elles pratiquent la cueillette sélective, elles laissent au sol les meilleurs grains de café, au meilleur de leur maturité, pour le plus grand bonheur de Henrique Sloper, le propriétaire carioca de la plantation, qui n'a qu'à se baisser pour ramasser l'or des efforts de Rogério.

Le sieur Sloper envisage de commercialiser cette sélection de cafés rongés par les cuícas à partir du mois de novembre. Il a déjà fixé le prix du kilogramme : ce sera 900 reais, pas loin de 400 euros. Cela les vaut-il ? Peut-être pas si l'on faisait une dégustation à l'aveugle. Mais ce n'est pas seulement l'arôme du café, son goût des plus subtils et ses propriétés physiologiques que l'amateur paiera, ce sera aussi une belle histoire que devront savoir conter les garçons de café, avant-derniers maillons d'une filière où devrait revenir à la cuíca la part la plus belle.

Ce ne sera pas pour autant le café le plus cher au monde. Un autre processus, où entre en jeu un autre animal, porte le prix du petit noir à des hauteurs plus exorbitantes encore, en la lointaine Indonésie. Mais c'est une autre histoire qu'un blogueur installé en Indonésie a sans doute déjà contée par ailleurs.

02 mars 2012

Itinéraire d'un petit Machiavel

Ils ont été jeunes. Ils se sont connus à l'université. La ville et sa banlieue comptaient alors trente fois moins d'habitants qu'aujourd'hui. Les familles étaient rares et prolifiques, elles étaient connues de tous, de près ou de loin. Leurs patronymes étaient surtout italiens et allemands, et encore suisses, portugais, français...

L'opposition à la dictature rassemblait ces étudiants. L'assassinat du père Gabriel les a secoués. Beaucoup d'entre eux ont nourri très tôt et très secrètement des ambitions. Beaucoup rêvaient déjà de faire carrière politique. Ils ont adhéré à des partis « de gauche » au moment où les militaires commençaient à lâcher la bride. Pour la plupart, le PT a été le premier parti auquel ils ont adhéré.

Les années ont passé, leurs chemins se sont écartés. Quelques uns ont changé de parti au gré de leurs intérêts. Une fois, deux fois, trois fois. L'un d'entre eux a été élu gouverneur, un autre maire de la capitale. Parmi les amis de jeunesse, beaucoup ont été appelés pour assumer des responsabilités. Les renvois d'ascenseur se sont multipliés. Certains en ont profité pour s'enrichir.

Aujourd'hui, l'un a quitté le palais du gouvernorat, l'autre s'apprête à laisser la mairie, atteints qu'ils sont par la limite de deux mandats successifs, celle-là même qui a empêché Lula d'être élu une troisième fois d'affilée. À l'approche des élections municipales, le premier envisage de succéder au second. Sans doute est-ce moins « valorisant », mais ça peut être un moyen de se maintenir en forme et de préparer le coup suivant. Notre petit Machiavel n'est jamais aussi créatif, au risque de se montrer pervers, que dans l'adversité. N'orchestre-t-il pas déjà une machination visant son ancien allié et, par ricochet, son dauphin présumé ? Les journaux locaux ne se font pas prier pour relayer les accusations de corruption, fussent-elles aberrantes. Il est vrai qu'en accusant un rival, il souffle sur l'écran de fumée qui peut le protéger lui-même et fait, de la sorte, d'une pierre deux coups. Machiavel en action !

Il leur arrive de se croiser, l'un et l'autre, de participer aux mêmes événements, d'être invités aux mêmes fêtes. Il faut les observer se prendre dans les bras l'un l'autre et se donner d'amicales tapes dans le dos. Faut-il rappeler qu'en nombre de contrées l'embrassement a été remplacé par la poignée de mains et l'échange de regards ? L'embrassement permettait de porter trop facilement les coups de dague dans le dos !

Photo (c) PixeLuz / Francis Juif

05 février 2012

Pire que les délocalisations, les substitutions

Pire que les délocalisations, il y a les substitutions. Si l'on connaît bien en France le premier phénomène, on méconnaît le second. Dans le premier cas, une part de la valeur ajoutée est maintenue au bénéfice de l'entrepreneur, des actionnaires et de quelques cadres, expatriés ou non. Dans le second cas, celui de la substitution pure et simple, tout s'envole. C'est ce qui se produit en Espírito Santo pour le secteur textile. Non seulement les emplois sont perdus au profit des pays asiatiques (Chine, Vietnam, Inde, Thaïlande, Singapour) et de quelques pays périphériques d'Amérique latine (Pérou et Colombie), mais le management et la création capixabas deviennent inutiles, les concurrents étrangers s'en chargeant à bon compte dans la mesure où la création et la marque, quand elles sont brésiliennes, ont peu de valeur sur les segments concernés.

Ainsi, en 2011, près de 200 entreprises du textile de l'Espírito Santo ont fermé leurs portes et le chiffre d'affaires du secteur a diminué de 40%. Si rien n'est fait pour enrayer le mouvement, ce sont 10.000 emplois qui sont menacés cette année. Mais que faire ? La réduction drastique des charges sociales et patronales n'a eu que peu d'effet. La diminution de l'impôt sur la circulation des marchandises et les prestations de services (ICMS), de 17% à 7%, n'a donné guère plus de résultat. D'autant que les États (Goiás, Paraná, Pernambuco, Bahias) qui l'ont soit réduit encore plus, soit supprimé, se trouvent également menacés. Au plan national, l'industrie de la confection a vu en 2011 son chiffre d'affaires reculé de 14,9%.

Depuis un voyage d´étude effectué en Chine il y a quelques années, les chefs d'entreprise capixabas s'attendaient à affronter cette situation. Ils avaient été alors impressionnés par la différence de productivité qu'ils expliquaient par la concentration et l'habileté des petites mains chinoises mais aussi et surtout par la différence d'organisation, quelque chose qu'ils estimaient impossible à reproduire au Brésil. « C'est, disait l'un, que le sens de l'organisation en Chine ne vient pas seulement du haut mais est comme congénital aux ouvrières elles-mêmes, comme si ça leur était naturel. » Rien de génétique toutefois, mais sans doute est-ce la force des traditions industrieuses millénaires qui s'avère décisive. Que peuvent le jeitinho brésilien et le sens de l'improvisation contre les manières asiatiques ? Sans doute tout quand il s'agit de football, mais très peu sur les terrains industriels. En 2011, les importations brésiliennes de produits manufacturés en provenance d'Asie ont augmenté de 38%.

Dans le secteur informel, la situation n'est pas meilleure. Sandra fabrique elle-même des maillots de bain et des tenues de sport. Une cousine installée en Floride les réceptionne et s'occupe de les vendre aux clientes, avant tout latinas, des gymnases locaux, Cubaines, Mexicaines, Honduriennes qui goûtent le design des bikinis et des justaucorps, accentué par des couleurs et des motifs agressifs, qui mettent en valeur les formes rebondies. La crise économique qui touche les États-Unis lui a fait perdre près de 80% de ses revenus. Sandra a dû déménager vers un quartier éloigné d'une banlieue de Vitória et s'installer dans une maison plus petite, qui lui sert aussi d'atelier. Pendant le temps libéré faute de travail, elle s'active en prières, allant le dimanche à l'église et sacrifiant, le lundi, à des rites spirites. « Et si rien n'y fait, me dit-elle avec un sourire contrit, j'envisagerai une macumba le samedi. »

08 janvier 2012

Je me suis ennuyé chez Fantasia

Si je ne recherche pas la compagnie de mes compatriotes, je ne l'évite pas non plus. Au bonheur la chance, telle est en la matière, comme en bien d'autres, ma devise. C'est ainsi que je me suis ennuyé l'autre jour en acceptant l'invitation à dîner d'un couple franco-brésilien, l'un linguiste qui se croyait distingué, l'autre tout autant masculin qui a longtemps été cuistot au Lapin toqué, le restaurant de la clinique de La Borde.

J'ai très vite fait connaissance avec le premier, en sirotant un breuvage exotique fait d'une eau dans laquelle avaient macéré diverses plantes et à laquelle avaient été ajoutées quelques gouttes de Martini blanc, cet alcool frelaté haut placé dans l'échelle des apéritifs vulgaires. Ce premier est donc un linguiste français égaré, par amour, sur le campus de l'université locale et néanmoins fédérale. Sans cet appel de l'amour, sans doute n'aurait-il jamais mis les pieds à Vitória, pas plus que son compagnon brésilien, soit dit en passant. Grand bien lui aurait fait puisque, à peine avions-nous engagé la conversation, notre linguiste, piqué par je ne sais quelle mouche tropicale, qualifiait les Capixabas de ploucs ! Notre linguiste – je l'appellerai désormais Fantasia – devrait pourtant savoir que, comme pour les intellectuels, il n'y a de ploucs que français, et que, par conséquent, de même qu'il ne saurait y avoir de traduction en français du signifiant « saudade » comme de son signifié, il ne saurait y avoir de traduction en portugais du signifiant « plouc » comme de son signifié. Mais qu'importe, je me suis risqué à traduire en mon for intérieur « plouc » par « pé de cachorro ». Pés de cachorro, les Capixabas ? Je lui ai fait remarquer qu'il y avait, sans doute permis, la même proportion de ploucs à Vitória qu'à Rio de Janeiro et à São Paulo. Que nenni ! croyait-il devoir rétorquer, argumentant qu'il n'en avait pas vu autant dans les deux métropoles susdites. Il m'a été facile d'ironiser qu'il ne connaissait pas très bien ces deux villes. Il a alors essayé de dribbler : comment pouvais-je dire ça alors que nous ne nous connaissions que depuis cinq minutes ? Je l'ai aussitôt contré, en lui faisant remarquer que son opinion démontrait qu'il ne connaissait que des territoires assez exigus de Rio et São Paulo.

Le bec cloué, Fantasia s'est levé et a fait mine de s'intéresser à ce qui se passait du côté de la cuisine. Quant à moi, je me suis promis de ne plus perdre mon temps en arguties avec cet énergumène pendant le reste de la soirée, ce qui ne m'empêchait pas de le guetter du coin de l’œil de temps à autre.

Entre la salade de crevettes sur son lit de potage marin et les confits de canard, la conversation a soudain dévié vers Rio. Quelqu'un a évoqué les macabres parties de football qui se jouent dans certaines favelas et cours de prison. Règle du jeu : on trucide un compagnon d'infortune et on lui tranche la tête pour en faire un ballon. Puis c'est chacun pour soi et Dieu pour tous ! De ce jeu qui tient autant du polo afghan que de la balle au pied, d'autres convives sont passés à évoquer les mille maux de la société brésilienne, la diabolique trinité médiatique (le foot encore, la corruption, les homicides), le trafic de drogues alimenté par ses riches clients et l'ignorance crasse des élites, « pé de cachorro demais ». Quelqu'un a commencé à balancer des noms d'artiste sous perfusion cocaïnée. Ah oui ? s'est étranglé Fantasia, manifestement pas franchement déniaisé. Puis, clou de la conversation, un autre a voulu le rassurer : même les pés de cachorro qui courent les rues de Rio, mais aussi de plus en plus souvent celles de Vitória, ont une fâcheuse tendance à abandonner la bière et la maconha pour adopter le crack et le Coca, y compris dans les pagodes, des pagodes qui risquent de se transformer petit à petit en cimetières du samba où ne rôderaient plus que des zombies armés de guitares et cavaquinhos en lambeaux de bois putréfiés. Pour enfoncer le clou, ma chère et tendre a cru devoir en rajouter en déchiffrant pour notre linguiste ces funestes propos dont il ne maîtrisait pas tous les sens.

Notre nouvel ami s'est levé, est allé chercher une nouvelle bouteille de vin et s'en est servi un grand verre. J'ai attaqué ma cuisse de canard, délicieuse au demeurant, et me suis pourléché goulûment les babines. Et, pour marquer le point, j'ai trinqué avec Fantasia.

Un pagode n'ayant pas encore muté - Photo : PixeLuz / Francis Juif

05 janvier 2012

La descente aux enfers d' Alexandre Estevão Ramos

L'Espírito Santo, ses plages, ses montagnes, sa moqueca capixaba. Et ses prisons. Des prisons qui nous rappellent que l'enfer est une invention humaine, que l'enfer est sur terre et non pas au ciel. Des prisons dont les conditions d'enfermement épouvantables ont déjà été pointées plusieurs fois, au point d'émouvoir jusqu'à des rapporteurs de l'ONU. Des prisons dont se désintéressent les principales autorités locales, à commencer par le gouverneur actuel, Renato Casagrande, qui semble ne pas vouloir faire mieux que l'ancien gouverneur, Paulo Hartung, lui-même moins occupé à promouvoir le bien public qu'à constamment manipuler dans l'ombre ceux qui auraient pu (ou pourraient encore) le gêner. Des prisons auxquelles ne s'intéressent guère les citoyens capixabas. Mais faut-il en être surpris ? Si la presse et les télés locales tiennent avec force détails morbides la chronique des homicides, elles taisent les meurtres  d'État. Il aura fallu qu'un journal en ligne, Século Diário, en parle pour que, malgré le black out décrété par les politiques et leurs complices journalistes, une nouvelle et lamentable histoire finisse par toucher quelques uns d'entre nous, nous toucher à tous égards, et nous décide à la relayer via les réseaux sociaux ou les blogues.

C'est mardi dernier qu'a pris fin le supplice du jeune Alexandre Estevão Ramos, une septicémie signant la fin de sa descente aux enfers. Les souffrances d'Alexandre ont commencé le 18 mars 2010. Touché dans le dos, ce jour-là, par une balle tirée par un policier, il a été abandonné en équilibre instable sur un rocher où il est resté trois heures à perdre son sang, avant que le SAMU lui porte secours. Pour cela, encore aura-t-il fallu que des habitants du quartier réussissent à obtenir d'abord l'envoi sur place d'une équipe d'une chaîne de télévision...

Il restera deux mois dans un hôpital, puis sera transféré dans un autre hôpital. Puis il sera interné au pénitencier de haute sécurité de Viana, sans que sa famille en soit informé et moins encore de son état de paraplégique. C'est dans l'infirmerie de la prison qu'Alexandre contractera une infection généralisée. On le conduira à nouveau à l'hôpital où il sera nécessaire d'amputer ses deux jambes. On le rendra alors à sa famille. Puis ce seront des déménagements, de nouveaux séjours à l'hôpital. À la fin, terriblement affaibli, il n'aura plus la force de parler.

Le récit de cette descente aux enfers est à lire sur le site du Século Diário. Les photos sont difficilement soutenables. La vérité des faits ne l'est pas moins.

Mehdi et moi-même, qui vivons dans l'État d'Espírito Santo, avons pensé qu'il était de notre devoir de répercuter cette affaire au-delà des frontières du Brésil.

Nous publions donc simultanément un article sur le supplice d'Alexandre.

29 avril 2011

Travailler à la Poste

Il ne pleut plus. Malgré tout, la BR 262 qui relie Vitória à Belo Horizonte reste impraticable à hauteur de Viana.

L’IBGE (l’INSEE brésilien) nous a annoncé aujourd’hui que nous sommes 3,5 millions de Capixabas. Dont la moitié environ dans ce qu’on appelle le Grand Vitória.

Il paraît que les Français rêvent de travailler dans la fonction publique. Au Brésil aussi. Qu’on en juge : 1,1 millions de Brésiliens se sont inscrits pour un prochain concours des services postaux qui offrent 9000 places...

28 avril 2011

Pluie ininterrompue

Pluie ininterrompue depuis hier sur l’Espírito Santo. Rues et routes inondées, circulation difficile. Accidents. Quand la pluie s'arrêtera, les pouvoirs publics dresseront un bilan (principalement les sans-abri) et promettront de prendre des mesures pour éviter pareille catastrophe.

Hier déjeuner chez Beto et Marilia. Excellent, comme toujours. Après quoi, j’ai explicité à Beto les trois axiomes qui définissent une topologie. Je ne sais pas si cela lui sera utile pour son travail d’analyste.

Je me dis parfois que j’aimerais bien m’allonger sur le divan pour raconter ma vie. Mais payer pour ça, franchement non. D’autres se font payer pour raconter leur vie...

Ai fini le roman librement inspiré de la vie de Kafka, par Jacqueline Raoul-Duval. Terrible. Ou plutôt terrifiant. « Kafka, l’éternel fiancé ». Il y a longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi vite.

Pour revenir à la topologie, je me demande si je serais capable aujourd’hui de refaire le cours complet de topologie générale et surtout d’affronter les partiels !

Pluie encore et toujours. J’attends un artisan qui va venir mesurer les fenêtres.

18 mars 2011

Vieille Europe et catastrophes naturelles

Nous suivions une petite route de terre dans les montagnes lorsque nous avons aperçu un panneau indiquant à deux kilomètres le site d’une famille produisant du vin et diverses autres denrées. Nous avons bifurqué dans sa direction et, avec quelques difficultés, avons fini par atteindre la cour intérieure de l’exploitation.

Nous avons goûté le vin, une piquette de la pire espèce. Mais nous sommes quand même repartis avec toutes sortes d’autres délices. Dont du miel. « Du miel vieille Europe », m’a dit le fils du patriarche, absent.

Je me suis demandé ce qu’il entendait par là. Je n’ai pas eu besoin de formuler ma question. Mon regard dubitatif avait dû le mettre en éveil. « Du miel produit par des abeilles venues d’Europe, pas d’Afrique ». J’ai pensé « Jeune Afrique ». Mais qui aurait compris parmi mes compagnons ?

Les jours se suivent et se ressemblent, il ne cesse de pleuvoir. Les inondations à répétition ont même fini par provoquer la colère de la population qui a envahi la BR 262. Les zones touchées concernent plus de 100.000 habitants dans notre seul État. Les sans abri se comptent par milliers.

Pour l’ensemble du Brésil, on peut multiplier. Par dix, par vingt. Dans ces eaux-là, si j’ose dire. À force, je me demande s’il existe un décompte annuel de toutes ces victimes des catastrophes naturelles de notre pays. Le résultat en surprendrait sans doute plus d’un parmi ceux qui suivent avec angoisse ce qui se passe au Japon.

Loin de moi l’idée de comparer les catastrophes, mais force est de reconnaître que le malheur des gens n’intéresse que lorsqu’il est spectaculaire. Sinon, il y a longtemps qu’il en serait fini de la misère, de la faim, des catastrophes pas si naturelles.

14 juillet 2009

Quatorze juillet

Quatorze juillet. Au Brésil. L’année de la France au Brésil. Une année ordinaire, peut-être. Je n’ai pas le goût des commémorations, peut-être. Sûrement. Cette semaine, la Bibliothèque publique de l’Espírito Santo fête son 154ème anniversaire. Ce qui semble vouloir dire que la Bibliothèque célèbre chaque année son anniversaire. Comme la République. Sans doute.

Hier, Chaudanne nous a offert en guise de feu d’artifice Biblioteca e Imaginário. Une vision très personnelle de l’idée de bibliothèque. Les bibliothécaires ont apprécié, au premier rang desquels Etel. Moi aussi. Après quoi nous avons emmené Chaudanne boire un verre au Frans Café. Parce que c’était lundi et que le lundi le Café do Canto est fermé. Frans Café jusqu’à minuit. Jusqu’au 14 juillet. Quatorze juillet. Un drôle de film, un drôle de drame, qu’on commémore sans y penser. Depuis trop longtemps.

Sans doute y a-t-il d’autres Bastille à prendre. Sûrement. D’autres révolutions à mettre en orbite. Sans nul doute. De quoi avons-nous devisé au Frans Café ? Quelques souvenirs d’une France qui n’existe plus ont passé. Comme passent les anges.

marine française
Marine française - Gilbert Chaudanne

19 mai 2009

L’ex-gouverneur de l’Espírito Santo condamné à 9 ans de prison

Association de malfaiteurs, abus de biens sociaux, blanchiment d’argent, ce sont quelques uns des hauts faits d’arme qui valent aujourd’hui à José Ignácio Ferreira une condamnation à 9 ans de prison.

Gouverneur de 1999 à 2002, José Ignácio avait monté, en famille, une fabrique de soupe, destinée aux pauvres. Cette soupe populaire, ce devait être la grande action sociale de son gouvernement, une idée généreuse inspirée par une action similaire créée dans l’État voisin de Minas Gerais.

En famille, car Madame, Maria Helena Ruy Ferreira, était la secrétaire à l’Action sociale de Monsieur. Rien de mieux que de partager la même soupière ! Soit dit en passant, Madame est condamnée à 13 ans de prison, 4 ans de plus que son mari, parce que, non contente de partager avec lui les mêmes crimes, elle se serait aussi livrée à la corruption...

La soupe populaire, donc. Une bien belle idée que de faire appel à la générosité du patronat capixaba, afin de financer cette usine et la distribution de ses produits aux misérables.

Mais, selon le ministère public, les généreuses donations effectuées par ces généreux chefs d’entreprise servaient une autre soupe. Elles alimentaient en pots de vin le gouvernement. La transformation de la soupe en vin, un miracle auquel même Jésus Christ n’avait pas pensé.

La condamnation a été prononcée vendredi dernier. Il était temps, car hier José Ignácio fêtait ses 70 printemps, l’âge de la prescription.

Bon, n’allez pas imaginer que José Ignácio dormira ce soir en prison. Il a déposé, comme la loi l’y autorise, un recours. Sa défense est la suivante : « Il ne peut pas y avoir de crime parce qu’il n’y a pas eu de victime. ». Et encore celle-ci : « Cet argent était privé et destiné à des entités privées. » On ne saurait mieux dire !

Source : Folha de São Paulo en ligne.

21 avril 2009

L’Espírito Santo au 19ème siècle

Saviez-vous, amis lecteurs capixabas, qu’un album de photographies, Vues de l'intérieur de la province d’Espirito Santo, a été exposé à l'Exposition universelle de Paris en 1889 ? Sans doute autant que vous, amis lecteurs parisiens de 2009.

Ce document figure dans la collection de documents mis en ligne aujourd’hui par l’UNESCO, dans le cadre de sa bibliothèque numérique mondiale. En voici le texte de présentation :
« La collection Christina Maria Thereza est constituée de 21 742 photographies réunies par l'empereur Pedro II et qu'il légua à la Bibliothèque nationale du Brésil. La collection couvre une vaste gamme de sujets. Elle documente les réalisations du Brésil et du peuple brésilien au 19ème siècle, et comprend aussi de nombreuses photographies d'Europe, d'Afrique et d'Amérique du Nord. Cette photographie d'Albert Richard Dietze fait partie d'une série de 53 photographies numérotées, signées et datées, prises entre 1869 et 1878, de l'album Vues de l’intérieur de la province d’Espirito Santo qui fut exposé à l'Exposition Universelle de Paris en 1889. Dietze, un immigrant allemand au Brésil, consigna l'histoire du début de la colonisation de l'État d'Espirito Santo. Dietze demanda à l'impératrice une aide financière pour publier l'ouvrage en Europe, où il donnerait une impression favorable du Brésil et encouragerait l'immigration. »

Il ne me reste plus qu’à suggérer à Jonas Pixeluz Detarsis de prendre les photos au même endroit que Albert Richard Dietze et de monter les diptyques comparant les sites à 120 ans d’intervalle. Un travail déjà fait pour des villes comme Paris ou New York, mais pas encore, à ma connaissance, pour l’Espírito Santo.

31 mars 2009

Récréation

La semaine dernière, des lycéens de Vila Velha sont descendus nombreux dans les rues de la ville, ont aspergé les bus de peinture et crié leur mécontentement. La raison de cette manifestation s’exprimait sur une banderole : « Porque carga horária ALMENTAR ? » Traduction : « Pourquoi AUMENTER le nombre d’heures de cours ? »

La raison de cette colère : le secrétaire à l’Éducation de l’Espírito Santo venait de décider que les élèves des écoles publiques passeraient 5 heures par jour en classe au lieu de 4.

Quant à la question posée par les élèves, il me semble que la réponse figurait sur la banderole.

27 décembre 2008

Ouverture le dimanche : demain ce sera fini

C’était une vieille revendication des employés du secteur du commerce. La nouvelle convention collective qui s’appliquera au secteur du commerce de détail, à partir du 1er janvier, met fin au travail le dimanche en Espírito Santo.

Ce matin, la caissière de notre supermarché libanais préféré (Carone) nous disait quel soulagement c’était pour elle.

Les clients, très nombreux, qui avaient l’habitude faire leurs courses le dimanche vont devoir s’adapter. Mais il paraît que l’homo-sapiens est doté de grandes facultés d’adaptation...

17 décembre 2008

SOS Mata Atlântica

"À l’origine", c’est-à-dire à l’arrivée de l’homme blanc, la Mata Atlântica (Forêt atlantique) occupait 1,3 millions de km², soit environ 15% du territoire brésilien. Il en reste moins de 10% et cela continue de diminuer. Malgré l’interdiction d’y déboiser.

Ces 3 dernières années, le Grand Vitória a encore perdu 150 hectares de ce qui est considéré comme l’un des biotopes les plus riches de diversité de la planète, de l’ordre du double de l’Amazonie.

En revanche, deux autres biotopes, très présents en Espírito Santo ont maintenu leur surface : les mangroves et le restinga. Et un autre biotope connaît une forte croissance qui semble devoir ne jamais se démentir : la jungle urbaine.

mata atlântica

10 décembre 2008

Naufrage

C’était hier le Jour international contre la corruption, une journée que notre petit État a fêté à sa façon, en envoyant en prison le Président du tribunal de justice de l’Espírito Santo, ainsi que d’autres juges, avocats et fonctionnaires de diverses entités juridiques.

De quoi les accuse-t-on ? D’avoir organisé un dispositif de vente de jugements.

Tout ce que l’Espírito Santo compte de sommités se dit surpris. L’épouse du principal accusé aussi : « C’est une âme merveilleuse » a-t-elle déclaré à la presse, en parlant de son mari. Sans doute y a-t-il erreur. Mais laquelle ? La, euh, Justice tranchera.

L’opération montée par la Police fédérale, qui a abouti à ces arrestations, s’appelait Naufrágio. Elle faisait suite à une opération baptisée Titanic. La Police fédérale sait filer la métaphore.


(Re)découvrez The Mothers of Invention!


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15 novembre 2008

Le chiffre : 7,7 %

C’est le taux de croissance annuel de l’Espírito Santo, tel que l’a calculé et vient de le publier l’IBGE, pour 2006. Oui, 2006. Et cette même année, ce taux aurait été de 4 % pour l’ensemble du Brésil.

Autant dire que nous saurons si le Brésil est actuellement entré en récession d’ici 2 ans.

On ne le rappellera jamais assez, tous ces chiffres sont à prendre avec précaution, de quelque pays qu’ils émanent. C’est, par exemple, pourquoi l’annonce faite hier par les services de Mme Lagarde, selon lesquels l’économie française aurait connu au troisième trimestre une croissance de 0,14 % par rapport au trimestre précédent, frise le ridicule.

17 octobre 2008

Karaoké

Finis les sifflets ? Pas encore tout à fait, semble-t-il. On dirait que c’est à celui qui sera le plus imbécile : les Français d’origine tunisienne ou Bernard Laporte. Les premiers persistent et signent quand on les interroge. Ils n’aiment pas la France, disent-ils. C’est leur droit. On n’aime pas sur commande. Naître quelque part n’oblige pas à vénérer le sol qui a recueilli vos premières morves. Rappelons tout de même que le monde est vaste et qu’il n’a jamais été aussi facile de changer de pays, pourvu que l’on se donne la peine de se remuer le cul. Quant à Bernard Laporte, il a réussi à se surpasser dans l’exercice de la connerie dont il est indéniablement un champion toutes catégories confondues. Je voudrais la voir, l’expulsion de 80'000 spectateurs. Comme ironisait un de ses collègues du gouvernement, Éric Besson, le Bernard va avoir un peu de mal avec les modalités d’application.

Comme commencent à le faire remarquer quelques voix discordantes dans le concert des invectives, il suffirait tout bonnement de cesser d’associer les hymnes nationaux aux confrontations sportives. Qu’on garde en effet la Marseillaise pour les occasions qui en valent la peine : les vraies guerres, sans doute ? Mais ce ne serait qu’une demie mesure. Qu’on aille jusqu’au bout de cette logique : qu’on en finisse une fois pour toutes avec le sport, tous les sports !

Hier soir, j’étais dans l’hémicycle de l’Assemblée législative de l’Espírito Santo, à l’occasion d’une cérémonie officielle. Et vous savez quoi ? Cela a commencé par un karaoké. Un karaoké collectif, que personne n’a sifflé. Le maître de cérémonie a fait lever l’assistance. Sur un écran géant sont apparus le drapeau brésilien — le plus beau du monde — et les premiers vers de l’hymne national — le plus beau du monde, forcément. Au garde-à-vous, tout le monde a chanté la gloire du pays natal — ou d’adoption. Et comme pour tout karaoké, nous avons eu droit au clip qui va avec, les images censées appuyer le sens des paroles écrites à la gloire du Brésil, des images de fêtes populaires et de folklores multicolores. Plein d’images de carnaval. Le carnaval, la gloire du Brésil.

06 octobre 2008

Des cocktails très personnels

C’est un bâtiment qui ne déparerait pas sur le parvis de La Défense, une architecture qui non seulement en impose mais cherche à en mettre plein la vue. C’est le nouveau siège du Tribunal régional électoral de Vitória. C’est là qu’hier soir étaient divulgués sur grand écran les résultats des élections municipales des communes du Grand Vitória.

Une petite foule est là, armée majoritairement des drapeaux rouges frappés de l’étoile jaune du PT. Ce sont les parents, les militants, les amis, parfois les soutiers des candidats aux postes de vereador (l’équivalent des conseillers municipaux, pour faire bref). Il y a là tous les âges, et bien plus de jeunes que ne le laisserait penser la désaffection de cette classe d’âge pour la chose politique. Mais peut-on parler de politique ?

L’Espírito Santo a sans doute battu un record hier : celui du maire d’une ville le plus largement élu. Et je ne parle pas d’une petite ville, mais de Serra dont l’électorat dépasse les 200.000 inscrits. Sérgio Vidigal a réussi la prouesse de rassembler plus de 94% des voix.

Pour ne parler que des communes du Grand Vitória de plus de 300.000 habitants, sans surprise, João Coser s’est fait réélire (65% ) dans la capitale, Helder Salomão (70%) à Cariacica, et donc Vidigal élire (94%) à Serra. Seule Vila Velha, la plus peuplée, connaîtra un second tour le 26 octobre.

Pourquoi de tels scores ? Si tu croyais que la politique est au Brésil une affaire de partis, au sens où on l’entend en Europe ou au Canada, tu te doutes bien, lecteur qui viens de tomber par hasard sur ces chiffres, qu’il n’en est rien. À Serra, Sérgio Vidigal était soutenu par la quasi totalité des « partis ». De la même façon, à Vitória et Cariacica, les maires, qui ont été réélus, étaient à la tête de très très larges coalitions.

Et pour que tu comprennes bien, lecteur égaré sur nos rivages, saches qu’il en est de même de chaque candidat vereador, la grande majorité d’entre eux étant soutenue par un cocktail au goût très personnel de groupuscules, autant de cocktails que de candidats ou presque, tant le nombre de combinaisons possibles est élevé.

Et dire, lecteur habitué à parcourir les colonnes et les écrans des médias européens ou canadiens, qu’il y a des journalistes qui tentent très sérieusement de faire une analyse des forces en présence, exactement comme s’il s’agissait de commenter, par exemple, les élections françaises ! Ils auraient d’ailleurs tort de faire autrement, leurs patrons ne sont pas très exigeants.

passeata
Des supporteurs de João Coser défilant la veille du scrutin (Photo : Jonas Detarsis)

25 septembre 2008

Ripa na Chulipa

Ça allait commencer. Je regardais Mister Salsa empoigner son instrument quand je l’ai vu fixer un point, à ma droite. J’aurais pu ne pas vérifier, je savais qu’elle était arrivée. J’ai quand même jeté un œil de côté. Et je n’ai pas été déçu.

Elle, c’était elle. Je ne savais pas comment elle s’appelait. Monsieur Salsa non plus. Mais c’était elle, celle que l’on préfère regarder de loin, celle avec qui l’on voudrait faire un bout de chemin, pourvu que cela se passe sur l’écran, l’écran noir de nos nuits blanches que chantait Nougaro.

Mister Salsa est accompagné ce soir de deux gamins, chacun équipé d’une guitare. L’un d’eux ressemble à Lou Reed, quand il avait vingt ans. Ce Lou Reed-là vient d’un trou perdu de l’intérieur de l’Espírito Santo. Cela en fait le Lou Reed d’Ecoporanga. J’ai toujours voulu connaître Ecoporanga, rapport à son nom. Il y a d’autres villes comme ça dans le monde que j’aurais voulu connaître à cause de leur nom. Je n’en ferai pas la liste, je sais simplement que je n’ai visité aucune d’elles. Visiter des villes ne m’intéresse pas.

Chaque année, est organisée la Roda de botequo. Chaque gargote met à sa carte un plat exceptionnel. Cette année, le Caiana a choisi de mettre en valeur la Ripa na Chulipa. Drôle de nom pour un plat. C’est comme si l’on avait baptisé en français la blanquette de veau du nom de trique ou de bandaison. Concrètement, dans l’assiette, c’est de porc qu’il s’agit. Cuit à l’étouffé avec des rubans d’oignons et de poivrons. Cela fond mollement dans la bouche. La trique, c’est l’os. Ce plat aurait plu à Henri IV.

À la pause, Mister Salsa, s’asseoit à notre table. Voilà qu’il me traite de paresseux. Parce que je ne tiens plus à jour ce foutu blog. Eh, Mister Salsa, il me semble que je viens de ficeler un articulet. Après ça, il y en aura pour dire que je suis contrariant.
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