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09 septembre 2018

Marcia Baila

Cela se passe le long du Doubs, un samedi de septembre, une vraie journée d'été...
Marcia, elle danse sur du satin, de la rayonne
Du polystyrène expansé à ses pieds
Marcia danse avec des jambes
Aiguisées comme des couperets
Deux flèches qui donnent des idées
Des sensations
Marcia, elle est maigre
Isabelle Bazin, elle est pas maigre, elle est plutôt gironde. Isabelle Bazin, c'est une des musiciennes, pour l'occasion chanteuse munie d'un porte-voix, une des musiciennes de l'Orchestre National de Ukulélés. Isabelle Bazin, surgeon de la Rita Mitsouko.
Cela se passe le long du Doubs, dans le cadre de la 71ème édition du Festival international de musique. Et c'est à Besançon, vénérable capitale de la Franche-Comté...
Belle en scène, belle comme à la ville
La voir danser me transforme en excité
La foule est là qui l'écoute, qui les écoute, ceux et celle de l'Orchestre National de Ukulélés. Sur l'eau du Doubs, il y a aussi l'intrépide quintette de cuivres Le Vesontio, à bord d'un Dragon Boat...
Moretto
Comme ta bouche est immense
Quand tu souris et quand tu ris
Je ris aussi, tu aimes tellement la vie
Quel est donc ce froid que l'on sent en toi?
Le Dragon Boat s'écoule au rythme des pagayeurs. A son bord, les cuivres. Et sur les quais l'Orchestre National de Ukulélés. Et sur les quais 3000 Bisontins aussi, qui les suivent et les écoutent. Et sur les quais quelques extra-terrestres aussi.
Et au même moment, le long des rues de centaines de villes du monde entier, de petites foules de citoyens inquiets, des citoyens qui voudraient alerter l'immense majorité silencieuse quant à l'urgence de se lever et de gueuler. L'urgence de se les bouger, de bouger leurs jambes, de faire de leurs jambes des jambes aiguisées comme des couperets. C'est qu'il est peut-être trop tard... Trop tard pour sauver la planète, celle que nous avons connue quand nous étions d'innocents enfants. Trop tard pour sauver l'humanité contre le suicide qu'elle semble avoir renoncé à éviter...
Mais c'est la mort qui t'a assassinée, Marcia
C'est la mort qui t'a consumée, Marcia
C'est le cancer que tu as pris sous ton bras
Maintenant, tu es en cendres, cendres
C'est la mort qui t'assassine, mon amie la Terre. Qui nous assassine, nous chétifs êtres humains. Maintenant que nous sommes en cendres, cendres.
La mort, c'est comme une chose impossible
Et même à toi qui est forte comme une fusée
Et même à toi, qui est la vie même, Marcia
C'est la mort qui t'a emmenée
Et à 10000 km de là, de Besançon et du Doubs, c'est une nation qui s'apprête à se suicider. Un pays appelé Brésil, un pays de braises. Que la mort consume. Avec ses vraies violences et ses faux attentats, orchestrés pour propulser au pouvoir un nouveau dictateur, surgeon latino-américain d'un Mussolini...Un surgeon nommé Bolsonaro. Le Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on gave d'huile de ricin les nègres et les pédés. Un Bolsonaro qui demande à cor et à cri qu'on fusille les petralhas.
Marcia danse un peu chinois
La chaleur
Dans les mouvements d'épaules
A plat
Comme un hiéroglyphe inca
De l'opéra.
Et les Chinois aussi. Les Chinois qui hésitent encore un peu quant aux mouvements d'épaule à suivre... A plat, comme un hiéroglyphe inca, de l'opéra... Les Chinois qui ont les clés de notre amie la Terre. Plus encore que les dégénérés étasuniens.
Et nous au bord du Doubs, et sur le Doubs, qui répétons ce jour de fêtes. Combien de jours de fêtes encore ? Avant que les cendres nous retombent dessus. Cendres venues de loin. De très loin. De trop loin, pour nous, chétifs êtres humains.

(Les paroles de chanson sont extraites de Marcia Baila, des Rita Mitsouko)

31 mars 2012

Un FMI bis au service du BRICS

Dans un commentaire (que vous pouvez lire en ouvrant cette fenêtre), Benjamin s'étonne que les cinq dirigeants du BRICS n'aient pas évoqué, lors de leur récent sommet de New Delhi, la possibilité de créer un FMI bis plutôt que d'insister à obtenir un plus grand rôle dans l'actuelle institution internationale, ce qui leur avait d'ailleurs été promis en 2010. De fait, la proposition peut paraître tentante. Pourquoi s'obstiner à revendiquer plus de pouvoir dans un périmètre global si les pays riches refusent, malgré les crises (politique, économique, morale, etc.) qui les touchent, de céder aux revendications légitimes des puissances émergentes ? Ne vaudrait-il pas mieux bâtir à côté du monde des repus mal en point un nouveau monde et, par conséquent, imposer de facto un nouvel ordre mondial ?

Dilma et ses pairs n'ont pas été loin d'évoquer cette hypothèse. S'ils n'ont pas évoqué un FMI bis, ils ont en revanche décidé d'étudier la faisabilité d'une banque dédiée au développement et à l'investissement dans les pays émergents, cible au contour flou mais qui semble devoir inclure d'autres pays que ceux du BRICS. C'est, sans aucun doute, à la Chine que l'on doit cette initiative. Mais face aux réticences, notamment du Brésil, la seule décision concrète est la création d'un groupe de travail chargé de rendre compte de ses travaux d'ici deux ans... Bref, un enterrement, façon commission parlementaire de la troisième république.

Les réticences brésiliennes illustrent bien la fragilité du BRICS. Qu'ont en commun les cinq pays ? Très peu de choses en vérité, sinon le désir de peser plus sur les affaires du monde. Mais, contrairement au G7, avant qu'il ne soit remplacé par le biscornu G8, les dirigeants du BRICS ne partagent pas la même vision du monde. À dire vrai, un seul pays de ce club de bric et de broc, la Chine pour ne pas la nommer, défend une vision du monde et a une stratégie à moyen et long terme. Sa vision du monde, c'est celle de l'Empire du milieu de nouveau au centre et aux manettes, d'un parti unique, nationaliste, concédant aux acteurs économiques la liberté de jouer selon les règles du capitalisme moderne. Le Brésil, l'Afrique du Sud et l'Inde n'ont aucune vision à proposer, sinon la perpétuation du monde actuel et de ses structures, moyennant quelques aménagements en leur faveur. Quant à la Russie, elle a tendance à passer son tour, comme au poker.

Et puisque nous parlons de jeu, rappelons que la stratégie de la Chine qui vise à assumer le plus vite possible, mais dans de bonnes conditions, le leadership mondial, repose sur l'emploi des tactiques propres au jeu de go. C'est par l'encerclement des États-Unis que la Chine vaincra. Faire du yuan, progressivement et sans douleur apparente, une alternative au dollar en est un exemple. Et c'est d'ailleurs avec cet objectif que l'idée d'une banque de développement et d'investissement prend tout son sens.

30 mars 2012

Les BRICS ne plaident pas franchement pour un new deal à New Delhi

Donnez-nous un peu plus de pouvoir et nous vous donnerons un peu d'argent, c'est le message envoyé par les cinq chefs d'état et/ou de gouvernement du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique du Sud réunis à New Delhi, un message transmis aux dirigeants des pays réputés être les plus riches, autrement dit les États-Unis et leurs alliés, pour ne pas dire leurs séides. C'est bien sûr du FMI dont il s'agit, où les BRICS disposent au total de 10% des votes, soit moins que les seuls USA (16%). Rappelons que, lors du G20 de 2010, il avait été décidé de leur accorder justement 16%. Et faut-il rappeler, encore une fois, que cette promesse, comme celle d'une refondation du capitalisme, a été enterrée ? Toutefois, la situation économique étant ce qu'elle est, l'argent disponible étant là où il est, les « riches » finiront peut-être par lâcher du lest et accéder au désir des « nouveaux riches »...

Et puisqu'il était surtout question d'économie à New Delhi – du moins pour ce que j'en sais –, Dilma a ressorti de nouveau sa critique aux banques centrales étasunienne, européenne et japonaise : « Les liquidités excessives qui résultent des décisions politiques agressives prises [...] pour stabiliser leurs économies sont en train de contaminer les économies émergentes, en stimulant une volatilité excessive des flux de capitaux et des prix des commodities ». Dilma n'a pas tout à fait tort. Mais l'ironie du sort, c'est que si elle prêche pour sa chapelle dans un contexte de capitalisme néo-libéral dont elle est un fervent défenseur, sa critique rejoint celle de ceux qui sont convaincus que le capitalisme actuel – donc néo-libéral – est « à l'agonie », pour reprendre le titre d'un ouvrage de Paul Jorion.

25 février 2012

Échanges entre le Brésil et la paire Chine États-Unis : les lignes bougent


Au mois de janvier, pour la première fois depuis deux ans, les échanges commerciaux entre le Brésil et les États-Unis ont dépassé les échanges entre le Brésil et la Chine : 14,58% contre 14,14% du total. Et comment explique-t-on ce retournement ? Nul miracle économique côté américain, mais tout bêtement une augmentation (+31%) des exportations du Brésil vers le « grand frère » nord-américain – tu parles d'un grand frère ! – et une diminution (- 2,6%) des exportations du Brésil vers la Chine. Et de quoi sont-ils si gourmands les Étasuniens ? De produits semi-manufacturés dérivés du fer et d'acier charbon et de pétrole, pardi ! Les économies d'énergie ne sont toujours pas à l'ordre du jour. Et d'autres sources se tarissent, soubresauts géopolitiques obligent.

Photo (c) PixeLuz / Francis Juif

11 janvier 2012

Quand les vaches tombent du ciel

Faut-il que je tire désormais au sort les films que mon épouse et moi irons voir ? Après tout, ne sommes-nous pas victimes de préjugés anti-hollywoodiens ? En effet, la discrimination positive nous conduisant à privilégier des films de pays périphériques, comme la Chine et la France, se montre parfois contre-productive.

Ainsi, vendredi, nous nous décidons pour Kristin Scott-Thomas dans le dernier Gilles Paquet-Brenner au Metrópolis, le ciné-club de l'université. Je jette un œil à l'affiche, aux horaires, j'achète nos deux billets et nous nous installons dans des fauteuils fatigués et encore humides des pluies torrentielles de l'avant-veille. Commence le film et le spectacle passe aussitôt dans la salle : nous nous regardons tous et improvisons d'improbables dialogues. C'est que le projectionniste semble s'être emmêlé les pinceaux. Deux spectateurs prennent l'initiative de prévenir le gérant et reviennent, deux minutes plus tard. Verdit : Kristin Scott-Thomas a raté l'avion qui devait l'amener à Vitória. J'imagine la même scène en France, le public réclamer à grands cris le remboursement des tickets. Mais, à Vitória, nous avons affaire à un bon public : collectivement, nous décidons de rester. Après tout, le Machine Gun Preacher qui a débuté est peut-être un chef d’œuvre qui, sans ce cafouillage, nous aurait échappé ! Repoussant un accès de mauvaise humeur, je me dis qu'il y a toujours quelque chose à prendre et à apprendre. De fait, j'apprendrai l'existence de Sam Childers, petite frappe ultra-violente qui a, miraculeusement, choisi la rédemption en construisant une église et un orphelinat au sud du Soudan – c'était avant la très récente indépendance –, faisant accessoirement le coup de feu contre les guérilleros de la secte prétendument chrétienne de Joseph Kony (Lord's Resistance Army). Disons le, ce panégyrique à la gloire d'un Rambo pentecôtiste est un navet de première.

Samedi, nous jetons notre dévolu sur un opus allemand qui déroule sa trame en Argentine : Le jour où je ne suis pas né. Tu parles d'un titre à la mords-moi-le-noeud ! Mais j'ai les idées larges et le Ciné Jardins, qui est notre cinéma favori, nous déçoit rarement, grâce à la curiosité universaliste de Juninho, son gérant. Hélas, trois fois hélas, nous avons encore une fois fait mauvaise pioche. La pellicule est brûlée en son centre (!) et rayée tout autour, des rayures d'une densité rarement vue dans ma déjà longue vie de cinéphile. Mais l'objet cinématographique ? Est-ce ma mauvaise humeur, que cette fois je ne parviens pas à dompter, toujours est-il qu'il m'a semblé voir un docu-fiction d'Arte sur l'affaire des bébés de disparus de la dictature argentine, des bébés enlevés par des familles en mal d'adoption.

Le cinéma étant comme le saut à la perche, nous remettons ça, pour une troisième et dernière tentative, le dimanche. Après le navet étasunien annexant le sud du Soudan, après le regard allemand porté sur l'Argentine, nous tentons un Conte chinois qui, comme son titre l'indique, se déroule à Buenos Aires. Le croiras-tu, le film projeté sur le grand écran est celui annoncé et la copie en excellent état ! Quant au personnage principal, Roberto, ce serait mon portrait – psychologique, je tiens à le préciser – craché, selon ma chère et pas très tendre, qui aurait, si tel était le cas, bien du mérite de me supporter au quotidien. Faites connaissance avec Roberto, aux prises avec un immigré chinois, vous rirez peut-être du Roberto qui sommeille en vous, comme ont ri tous les Roberto – et ils étaient nombreux ce soir-là – présents dans la salle. Enfin, vous saurez, grâce à un David Pujadas russe, qu'il arrive que des vaches tombent du ciel. Vraiment !


11 décembre 2011

Tours et détours : le parc technologique de Jundiaí

On prend le train à la Estação da Luz et on arrive, une heure et demie plus tard, dans le centre de Jundiaí. C’est une petite ville de 370.000 habitants, plutôt cossue si l’on en croit les façades des maisons et les tours, mais sans grande originalité. Le théâtre Polytheama est réputé être l’une des rares pièces maîtresses du patrimoine local, mais, malgré une intervention de Lina Bo Bardi, on ne peut pas dire qu’il soit franchement remarquable, sauf à forcer un peu l’admiration. Mais le prétexte de notre virée n’est pas le centre « historique », mais ce qui doit devenir le parc technologique, dont un embryon fonctionne déjà, dans un quartier au nom étrangement prémonitoire de Engordadouro, un quartier appelé à grossir et à devenir l’eldorado high-tech de l’État de São Paulo. 

C’est là que seront bientôt produits les iPad et iPhone de Apple, le fabricant exclusif taïwanais, Foxconn, y construisant ses nouveaux ateliers, les seuls en dehors de la Chine. Je ne peux pas m’empêcher de repenser à nos recherches d’il y a 10 ou 12 ans quand on a commencé à imaginer ce que seraient les tablettes ou les smartphones. Nous explorions alors la convergence fixe, mobile et Internet et testions d’étranges lunettes connectées en Bluetooth et wi-fi, qui à ce jour ne sont pas sorties des labos. Jamais nous n’aurions imaginé alors que le Brésil abriterait l’un des rares centres de production de la marque californienne. Et, d’ailleurs, les lignes de production n’étaient pas notre affaire, tout occupés que nous étions à vivre dans un futur virtuel. J’étais loin d’imaginer aussi, à l’époque, que je ne tarderais pas à laisser tomber cet univers de conte de fée et à changer de continent... 

Pourquoi Jundiaí ? La recette du succès se compose souvent de peu de choses, mais un peu de choses où la volonté politique sert de principal ingrédient. Cela se traduit alors par des aménagements fiscaux et l’installation de pôles universitaires susceptibles de fournir la main d’oeuvre qualifiée indispensable. Ce n’est d’ailleurs pas encore tout à fait le cas et les entreprises déjà présentes ont le plus grand mal à embaucher. Qu’à cela ne tienne, les ingénieurs pourront venir de São Paulo ou de n’importe quelle région du Brésil, et très certainement de l’étranger, en fonction des besoins. 

Outre Foxconn, déjà présente, l’on trouve Itautec (ordinateurs et guichets électroniques), AOC (moniteurs), Bermatech (logiciels) et d’autres, moins connus du grand public, soit déjà opérationnels, soit en phase de construction ou de projet. Les premières tablettes et smartphones devraient sortir des chaînes de montage dans quelques semaines. Cela me paraît un brin optimiste. Mais n’est-il pas vrai qu’il est très optimiste de croire que les stades seront prêts pour la Copa 2014 ? Qu’importe ! Après tout, les Brésiliens sont généralement gens optimistes et cela explique pour une large part leur joie de vivre.

10 septembre 2011

Et maintenant, le vin chinois

J’avais déjà lu quelque part que les Chinois produisaient du vin, mais je n’en savais guère plus. J’apprends aujourd’hui qu’un vin chinois, le Cabernet Dry Red, cuvée 2009, vient de battre des pinards français de la même catégorie et de décrocher le Decanter World Wine. C’est quoi ce Cabernet Dry Red ? Un assemblage de Cabernet Sauvignon, Merlot et Cabernet Gernicht. Les jurés l’ont trouvé « succulent, délicat, et avec des arômes de fruits mûrs, mais non charnus » et ont fait l’éloge de « sa persistance en bouche et de ses tanins consistants ».

Le créateur, le désormais fameux Demei Li, est passé par la France. Autrement dit, il y a appris son métier. Et, en bon disciple, il a mis en application les leçons apprises dans le Bordelais dans le nord de la Chine.

L’ambition de Demei Li ne serait pas de concurrencer les Grands Crus de Bordeaux. C’est lui qui le dit. Pour les prochaines années, je veux bien le croire. Mais dans un futur plus lointain, qu’en sera-t-il ? Y a-t-il un secteur économique dans lequel les Chinois n’ont pas l’intention d’investir ?

D’après Vinexpo, l’organisateur français du salon éponyme, le marché chinois sera en 2012 le 8ème mondial. Déjà. J’en profite pour rappeler que la consommation moyenne au Brésil est de 2 litres par bouche et par an. Et qu’elle n’a pas augmenté ces dix dernières années, en dépit de toutes les prévisions.

Je lève mon verre à mes amis chinois. Allez, santé !

07 août 2011

L’ultimatum chinois

La situation est grave, nous dit-on. On pourrait leur répondre que ça n’est pas nouveau. Et d’ailleurs, cela fait des années que des esprits clairvoyants nous annoncent une crise majeure résultant de l’enchaînement des conséquences de l’élection de Ronald Reagan puis de celle de Margareth Thatcher et de leur volonté simultanée de faire courber l’échine des classes moyennes au seul profit des plus riches.

Je ne manque pas de me souvenir de ce citoyen — si je puis dire — des États-Unis qui, au lendemain de l’élection de Reagan, n’avait pu me cacher sa joie. « Je suis déjà riche, m’avait-il alors dit, mais cette fois je vais l’être cent fois plus. » On n’aurait su mieux dire. L’Histoire lui a donné mille fois raison.

Ce qu’il n’avait cependant sans doute pas prévu est la montée en puissance de la Chine, une croissance aussi rapide que soutenue. Et c’est bien à un tournant que nous assistons maintenant. J’ai souri en lisant cet éditorial de la presse officielle chinoise — y en a-t-il une autre ? – mettant en demeure les États-Unis de réagir face au creusement continu d’une dette devenue abyssale. Pure hypocrisie, car s’il est des dirigeants au fait depuis très longtemps de la situation dramatique de leur principal débiteur, ce sont bien les dirigeants du Parti communiste chinois. En mettant la pression sur Obama, en exigeant, pour reprendre le terme qu’ils ont employé, qu’il agisse au plus vite, les leaders chinois lui posent en fait un ultimatum. Ou bien Obama décide un retrait rapide des champs de bataille où l’armée étasunienne est présente (principalement l’Irak et l’Afghanistan), ou bien la Chine vendra tous ses avoirs en dollars, quitte à les brader, afin de déstabiliser définitivement les États-Unis. Après tout, ce peut être le prix à payer pour assurer le leadership mondial en lieu et place des Américains.

On peut déjà imaginer la Chine continuer de produire en masse et vendre sur son propre marché et sur les marchés périphériques (au sens très large) tous les produits que leurs ateliers fabriquent aujourd’hui pour le compte des entreprises nord-américaines. N’y a-t-il pas déjà de faux magasins Apple, certes fermés depuis quelques jours ? Il suffira de les rouvrir et même d’en exporter le concept jusqu’en Amérique du Sud. Sans nul doute, le Brésil les accueillera-t-il les bras ouverts !

Mais ceci n’est qu’un détail ! À quoi vont ressembler les jours, les semaines, les mois qui viennent ? Nul ne le sait. On peut craindre bien des tourmentes, on peut, si l’on est résolument optimiste, espérer qu’il sorte de la tragédie annoncée une nouvelle géopolitique où les États reprendraient le dessus sur les banques et les institutions financières qui dominent aujourd’hui le monde.

Aux États-Unis et en Europe, il faudrait, pour cela, que les peuples se réveillent et réinventent un nouveau modèle de démocratie, comme le revendiquent los indignados en Espagne et leurs cousins en Grèce et ailleurs. Il faudrait que la grève des employés de Verizon aux USA fasse tache d’huile. Cela sera-t-il possible ou bien les peuples se tourneront-ils vers les extrêmes comme ils ont commencé à le faire dans nombre de pays européens depuis quelques années, mus par l’islamophobie ?

Quant au Brésil, sa situation économique devient préoccupante — avec une baisse du poids de son secteur industriel dans son PIB et un retour vers la primauté donnée aux matières premières — et la crise politique qu’il traverse rappelle que l’option militaire n’est plus tout à fait à écarter. Et je ne vois guère ici la population consciente du tourbillon dans lequel le monde est entré.

12 août 2009

Jeu de go

CNPC. CNOOC. Des sigles qui nous sont encore peu familiers. Il va falloir s’y faire. CNPC : China National Petroleum Corporation. CNOOC : China National Offshore Oil Corporation.

La CNPC cherche à acquérir l’argentine YPF. Ils ont beaucoup de dollars (bientôt pourris) à offrir aux Espagnols de la Repsol, qui détiennent 84% de YPF. Les Espagnols souhaitent réduire leur dépendance à l'Argentine, en récession depuis le 1er trimestre 2009, à la production industrielle en baisse depuis cinq mois, aux investissements en chute libre, et à l'inflation galopante...

Quand ils ne peuvent pas faire d’emplettes aussi directes, comme au Venezuela et au Brésil, les Chinois proposent d’autres accords, à long terme.

Comme dit un cadre chinois au quotidien China Daily, « les prix sont bas, c’est le moment d’en profiter... »

Et il s’agit de faire d’une pierre (de go) deux coups. L’autre cible, tu la connais, ami lecteur, pour avoir lu attentivement les billets qui précèdent.

07 août 2009

Le pire n’est jamais sûr

La Chine. La Chine et les États-Unis. Une bien curieuse relation. Une histoire de succession. Qui doute encore que la Chine bientôt, très bientôt, succèdera aux États-Unis pour montrer la voie, imposer sa loi ? Il y a quelques jours, Obama et la fine fleur de son équipe ont reçu leurs homologues chinois. Leurs homologues? Pas vraiment. Plutôt des seconds couteaux. Le signe que la Chine a déjà gagné la partie.

Maintenant, la question, déjà évoquée ici, c’est de savoir quand la Chine va donner le coup de grâce. Les signes s’accumulent pour laisser penser que cela pourrait être dès la fin de cet été. Cela coûterait environ 500 milliards de dollars pour mettre les États-Unis et, accessoirement, le Royaume-Uni à genoux. Même pas la moitié du PIB brésilien. Qui doute encore qu’ils vont le faire ?

J’ai du mal à croire Obama à ce point idiot pour ne pas voir venir le coup. D’autant qu’il a reçu les avertissements en bonne et due forme. En dépit de quoi, Obama annonce aujourd’hui qu’il a évité aux États-Unis une catastrophe. À qui profite ce grossier mensonge d’Obama ?

Ou bien ne ment-il pas. Peut-être pense-t-il sincèrement que les Chinois n’auront pas les couilles. Les dirigeants étasuniens ont déjà montré par le passé une incapacité certaine à imaginer d’autres systèmes de valeur que le leur.

Je ne sais pas. J’imagine qu’on saura bientôt. Je n’imagine pas ce que seront les conséquences au Brésil, en France et ailleurs. Cela dépasse mes capacités de calcul.

19 juin 2009

Casse-tête chinois

Dans les livres d’Histoire qui seront publiés dans quelques années, la réunion, qui s’est tenue en début de semaine à Ekatérinenbourg, sera-t-elle présentée comme aussi importante que la Conférence de Yalta ? Sans doute, si comme le pensent certains, elle marque la fin de l’hégémonie militaro-financière des États-Unis.

Quel était l’ordre du jour de ce sommet, auquel l’accès a été refusé aux observateurs étasuniens ? En fait un vrai casse-tête chinois : en finir avec le dollar monnaie d’échange reine et ne pas se tirer en même temps une balle dans le pied.

La Chine, surtout elle, l’Inde, la Russie et le Brésil disposent ensemble d’une telle somme de dollars qu’il leur est difficile d’attaquer de front cette monnaie sans provoquer sa chute et, par conséquent, ruiner une grande part de leurs réserves. Cela fait sans doute la dernière chance des États-Unis, mais aussi de l’Europe et du Japon, de voir la redistribution des cartes se faire dans l’intérêt général et non à leur détriment.

Le plan élaboré mardi vise à diminuer les stocks de bons du Trésor américains intelligemment, ce que la Chine a commencé de faire : 763,5 milliards en avril contre 767,9 en mars. L’énigme reste entière quant à la façon dont Pékin compte accélérer ce mouvement...

Si l’objectif de la Chine et de la Russie s’avère assez clair — l’un et l’autre rêvent de prendre une revanche, pour des raisons par ailleurs bien différentes —, c’est moins évident pour l’Inde et le Brésil que l’on a l’habitude de présenter comme des alliés du G7, au prétexte qu’ils seraient comme eux des démocraties.

Laissons l’Inde de côté et examinons de plus près la position du Brésil. Nous nous souvenons des grandes claques dans le dos assénées par Lula à l’ami Bush, des grandes déclarations d’amour envers le grand frère étasunien et du rôle apaisant que s’est donné Itamaraty lors de la dernière grande poussée de fièvre qui avait saisi Chávez, Correa et Uribe. Mais nous ne devons pas oublier les accusations répétées proférées contre les pays du Nord — les blonds aux yeux bleus —, les envolées lyriques sur un Brésil enfin proche de rejoindre le premier monde, la défense de Chávez et d’Ahmadinejad même lorsqu’ils sont indéfendables, ou les appels à remplacer le dollar par les monnaies nationales dans les échanges bilatéraux, signes multiformes d’une volonté de revanche d’un autre type encore.

À qui profite ce double langage qui a l’avantage de préserver une amitié de façade avec la quasi totalité des nations et de leurs dirigeants ? La réponse ne me semble pas évidente.

31 mai 2009

La Chine veille, le Brésil se rendort

Le récent voyage du président brésilien en Chine a mis en évidence une fois encore ce qui sépare les deux pays, abusivement regroupés sous l’acronyme BRIC, qui n’a guère plus de substance qu’une enseigne au-dessus de la porte d’un bazar stambouliote.

De la rencontre entre les deux gouvernements, les Chinois ont obtenu ce qu’ils cherchaient, à savoir l’assurance de se fournir auprès du Brésil en pétrole, fer, soja et autres matières premières sur le moyen terme, tandis que les Brésiliens n’ont pas atteint leur objectif d’intéresser sérieusement leurs hôtes aux biens manufacturés made in Brazil.

C’est que le Brésil, malgré quelques succès industriels, ne parvient pas à sortir du rôle qui est le sien depuis la colonisation portugaise, qui consiste avant tout à exploiter l’incroyable portefeuille de ressources naturelles dont il est doté. Et sans doute est-ce là le malheur du Brésil que d’être trop riche pour inciter ses élites, coulées dans le moule de ce type de développement, à faire les efforts qui placeraient le Brésil dans la catégorie des pays du premier monde. À l’inverse, le Japon puis la Corée du Sud ont montré comment le manque de ressources naturelles favorise l’innovation et la richesse.

Et la découverte ces dernières années de gigantesques gisements de pétrole off shore n’est pas de nature à renverser les perspectives. Ce danger est d’ailleurs bien compris d’une minorité d’entrepreneurs brésiliens qui ne cessent de mettre en garde contre les facilités. En effet, soit le Brésil suit le modèle archaïque vénézuélien, qui consiste à sous-traiter les efforts à des entreprises étrangères, c’est-à-dire à leur acheter à prix d’or les équipements derrière le paravent de la nationalisation des exploitants locaux, soit il saisit l’opportunité que représente le défi de forer en eaux très profondes pour inventer et développer ses propres outils, qui pourrait être la première étape de la construction d’une filière industrielle du pétrole vraiment brésilienne.

Malheureusement, il n’est guère permis d’être optimiste. Faire cette révolution impliquerait de renverser totalement les mauvaises habitudes prises, en faisant notamment de l’éducation une véritable priorité, traduite enfin dans les faits et non simplement invoquée depuis des années au long de discours grandiloquents jamais suivis d’effet.

C’est que le Brésil, contrairement à la Chine, n’a guère de grandes ambitions. Il voudrait bien appartenir au premier monde, mais n’est pas franchement disposé à faire les efforts que cela imposerait.

Les crises économiques sont chaque fois l’occasion de redistribuer des rôles. Celle-ci est une occasion manquée de plus pour le Brésil, en train de perdre des parts de marché au lieu d’en gagner. À terme, des secteurs entiers de son industrie risquent de disparaître. La chaussure, le textile pourraient, par exemple, ne pas s’en relever. Si partout dans le monde, les exportations chutent, celles du Brésil chutent bien plus encore que celles de ses concurrents. Ainsi, au premier trimestre 2009, si les importations argentines de produits chinois ont diminué de 25,1%, celles de produits brésiliens ont reculé de 45,7%. Sur huit secteurs où la Chine a augmenté ses ventes en Argentine, six l’ont été au détriment du Brésil : le papier, les chaussures, les appareils photographiques, les instruments optiques, médicaux et de musique, les jouets et les accessoires vestimentaires.

08 avril 2009

Welcome IBAS

Exit le BRIC, welcome IBAS ? Selon un politologue étasunien, Bruce Gilley, qui s’exprime dans le Wall Street Journal, la principale menace à l’ordre mondial ne vient pas de Pékin, mais du trio que forment l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud. D’où ce nouvel acronyme.

Selon notre zozo, ces trois pays se coordonneraient pour faire des misères à l’oncle Sam. Et colatéralement aux autres pays riches.

Un des premiers coups bas porté par l’IBAS, qui manipule un groupe de 21 pays émergents, aurait été le refus d’accepter en 2003, sous le couvert de l’OMC, de légitimer les subventions accordées par les pays développés à leurs agriculteurs. Et ce n’est qu’à contre-cœur que la Chine se serait alignée sur les positions de l’IBAS...

Toutefois, lorsque l’on lit que l’IBAS rassemble trois pays à la démocratie impeccable, l’on peut se demander si Bruce Gilley ne regarde pas le monde d’un peu trop haut.

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Faut-il dire qu’aujourd’hui, mercredi, aucune centrale nucléaire n’a été inaugurée ? On prend du retard... Quant aux objectifs à atteindre chaque jour pour les éoliennes et les panneaux solaires, je préfère ne pas en parler aujourd’hui !

18 février 2009

Un parfait compliment

Ce matin, est tombée sur les téléscripteurs une dépêche de l’agence chinoise de presse Xinhua, sobrement intitulée « Les faits essentiels sur le Brésil ». Je me suis dit que j’allais pouvoir boire à cette source et boucler plus vite que je ne l’avais prévu mon mégalomaniaque projet de réponse à la question « C’est quoi le Brésil? »

Que nenni ! Le vice-président chinois Xi Jinping, qui arrive ce jour au Brésil, ne pourra sans doute pas compter sur cette antisèche pour aborder les négociations avec ses homologues brésiliens. Bon, je ne me fais pas de mouron pour lui, l’ambassadeur de la Chine au Brésil ayant déjà démontré une capacité d’analyse d’une grande finesse sur son pays hôte et « partenaire stratégique ».

Un paragraphe a retenu mon attention. « En tant que plus importante économie d'Amérique latine, le Brésil dispose d'une industrie agricole développée, d'une base industrielle saine et d'une industrie des services parfaite. », écrit Madame Xinhua.

« Une industrie agricole développée » : l’expression est plaisante, elle décrit assez bien ce qu’est l’agro-business brésilien, celui des grandes propriétés et des grands propriétaires. Le communiqué ne fait pas dans la dentelle, qui passe par pertes et profits les problèmes liés à cette industrie. Si les couleurs des drapeaux de la République (toujours) populaire de Chine et des bannières du MST sont rouges et frappés d’étoiles jaunes, c’est pur hasard...

« Une base industrielle saine » : l’ex-métallo à la tête du pays appréciera l’hommage rendu par l’atelier du monde à l’établi de l’Amérique du Sud. Bon, j’exagère un peu, Embraer vend des avions dans le monde entier, y compris en Chine.

Tout ça ne sont que d’aimables amabilités franches du collier. Le meilleur était gardé pour la fin : « une industrie des services parfaite ». Fichtre ! Cela signifierait-il que l’industrie des services en Chine est loin d’être parfaite ? En tout cas, le Brésil qui peine à promouvoir ses domaines d’excellence — et il en a, nous y reviendrons — va pouvoir désormais se glorifier de sa parfaite industrie des services.

Quel service a bien pu rendre le Brésil à Madame Xinhua pour se trouver gratifié de ce parfait compliment ?

porto de paul

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Ajouté le 19 février
Résultat des négociations sino-brésiliennes : Petrobras s'engage à vendre 60.000 à 100.000 b/j en 2009 au géant chinois Sinopec, premier raffineur d'Asie, et à livrer 40.000 à 60.000 b/j à CNPC, plus gros producteur pétrolier chinois.

08 décembre 2008

Dollars chinois pour l’or noir brésilien du futur

La Chine est décidément sur tous les fronts, y compris celui de l’off-shore brésilien. C’est du moins ce que dit le ministre des Mines et de l’énergie, Edison Lobão, en révélant que l’Empire serait prêt à accorder un prêt de 10 milliards de dollars pour permettre à Petrobras d’investir dans les forages à très grande profondeur, au large des États de l’Espírito Santo et de Rio.

Il n’est pas difficile d’imaginer quelle en serait la contrepartie.

06 décembre 2008

Empires du Milieu

Le général de brigade Jean-Vincent Brisset l’a dit au Monde.fr : « Pour la Chine, la France est le maillon faible de l’Europe ». Il fut un temps où la Turquie était l’homme malade de l’Europe, un temps où la Turquie était un homme et où l’on ne se posait pas la question de savoir si la Turquie faisait partie de l’Europe...

La mode aujourd’hui, lexicalement parlant, est au maillon faible. L’influence d’un jeu télévisé, sans doute... Et la France en est. Mieux la France est, la France incarne le maillon faible. Il en faut un, à dégager.

Et puis, le général de brigade ne le cache pas, une fois la France dégagée, ce sera au tour de l’Allemagne ou l’Italie ou je ne sais qui. Sauf l’Angleterre, parce que les Anglais ne se laissent pas marcher sur les pieds. C’est le général de brigade qui le dit et qui en sait quelque chose, lui qui les a vus de haut les Anglais et les autres, du haut de son avion.

Le général de brigade est aussi un sinologue. La sinologie est une valeur qui a la cote haussière. Par les temps qui courent, cela se remarque. Et puis, fini de rire, il faut dire que Jean-Vincent ne dit que des choses sensées, des choses avec lesquelles à Vitória nous sommes d’accord, Jonas et moi. Bref, la France est un pays vassal et son chef, son petit chef, le petit caporal de ce pays vassal. Et que fait-il le Sarkozy, pour signifier sa vassalitude ? Il envoie le tout petit « Raffarin, un ambassadeur tout désigné, porter une biographie du général de Gaulle à Pékin ». C’est à mourir de rire et c’est de la politique. C’est génial, la politique, on se marre, on se tord, on se tape sur les cuisses.

Et puis, ayant retrouvé mon sérieux, je me rappelle qu’on l’appelle aussi l’Empire du Milieu, la Chine. Ça ne date pas d’hier, ni d’avant-hier. Par son histoire, par sa population, par ses dimensions, la Chine a plus que le droit, le devoir, de se voir en maître du monde. Les États-Unis lui tiennent tête, mais ils en auront de moins en moins les moyens. L’Europe pourrait lui tenir tête, mais encore faudrait-il qu’elle existe politiquement.

Le Brésil pourrait être l’Empire du Milieu de l’Amérique du Sud. Mieux, devrait. Ce serait probablement la meilleure façon de tirer son peuple vers le haut. Ce que la Chine fait à ses vassaux pour améliorer le sort de ses habitants — et Dieu sait qu’il y a du retard à rattraper ! —, le Brésil devrait le faire avec ses voisins (dont la France) avec plus de mordant qu’aujourd’hui. Mais, non, notre Lula croit au marketing cul-cul-la-praline du gagnant-gagnant, du win-win comme disent ses inventeurs, qui n'ont pas inventé la poudre. Lula, je ne te donne qu’un conseil, si tu ne veux pas rater encore un tour de la redistribution des cartes, oublie l’école américaine, nourris-toi de l’art de la guerre chinois !

25 mars 2008

Le Dalaï-Lama, suppôt de Satan

Cela faisait un moment que l’on n’avait pas entendu parler de notre Bolivar du 21ème siècle. Et je dois avouer que cela commençait à me manquer. C’est donc avec plaisir que je salue son réveil, à propos du Tibet.

Vous le devinez, si vous ne l’avez pas déjà lu, le Dalaï-Lama est un suppôt des États-Unis d’Amérique, et plus précisément de George W. Bush, qui n’accepte pas facilement sa perte de leadership au profit de la Chine.

Sur ce coup-là, j’avoue aussi que je suis plutôt d’accord avec l’ami Hugo.

24 février 2008

La roue de la fortune

Parce qu’il s’agit désormais de commenter les événements avant leur avènement, A Gazeta de Vitória, Espírito Santo, Brésil — je le précise pour les colibris égarés ici — tenait à nous informer dès samedi que le parc automobile capixaba devrait dans les jours prochains compter un million de véhicules, sauf écrasement sur le Palácio Anchieta d’un satellite espion vénézuélien, au demeurant fort improbable.

Bon. Bon : façon de parler ! Car un million de bagnoles, camions à la Duel, jeeps estampillés écologiquement compatibles, autobus à soufflet, motos à haut-parleurs intégrés, triporteurs à 16 soupapes et autres engins pétaradants, c’est peut-être le signe d’une macro-économie triomphante, mais ça craint quelque part, si vous me permettez de situer dans l’espace-temps ce quelque part du côté de la proclamation universelle de l’Interdiction des véhicules automobiles privés (IVAP).

D’ici là, et puisqu’il s’agit d’être en avance sur son temps, la tonne de minerai de fer aura largement dépassé les 65 dollars désormais imposés par Vale à ses clients chinois et japonais, le baril de pétrole aura fait sauter plus d’un bouchon de champagne, d’autant plus joyeusement que celui-ci coulera à flots des vignes du Kent.

Le pire n’étant jamais certain, attachons les ceintures et imaginons un instant que les Nations, au lieu de se mettre d’accord sur l’IVAP, se mettront sur la gueule, ce qui ne déparera pas dans un monde de brut à 500 dollars le baril. Nouvelle Californie, le Brésil ne tardera pas à fêter son 300 millionième véhicule auto-propulsé. Sur l’exemple du boycott du bœuf brésilien, ce qu’il restera de l’Union européenne aura en effet décidé le boycott de l’éthanol pur sucre de canne et imposé le retour à l’omnibus à crottin de cheval, obligeant les constructeurs automobiles à un repli stratégique en Amérique du Sud transbolivarienne, seule région au monde à même de concilier sécurité alimentaire et sécurité énergétique. Et les États-Unis ? Barack Obama les aura, entre temps, ramenés à l’âge de la diligence à vapeur dans un accès de prophétie-Yes-We-Can, dans le sillage de l’implosion française décrétée un matin, à l’heure de se raser, par Sarkozy-Ensemble-Tout-Devient-Possible-Zyva, lors de son quatrième mandat auto-accordé. Quant à la Chine, il va sans dire qu’elle aura été mise en orbite géostationnaire par les bons soins du Comité central de son Église de scientologie et que, du Ciel du Milieu et du haut de sa supériorité retrouvée, elle contemplera les 8 milliards de non-Chinois, tout petits petits.

Mais revenons sur Terre et sur un événement déjà accompli. À Santa Clara, Cuba, Raúl a remis les choses à leur place, c’est-à-dire Jean-Paul II statufié à côté du monument où sont rassemblées les reliques de Saint-Ernesto-Guevara. C'était hier, Dieu merci.

07 janvier 2008

Aujourd’hui peut-être, ou alors demain

À peine arrivé, Stefan Zweig avait eu une vision : « Brésil, pays du futur ». Cela n’avait pas empêché l’écrivain de se suicider, peu de temps après, comme si la désillusion avait été aussi rapide que l’illusion. Un putain de flash suivi d’une descente aux enfers. Vingt ans plus tard, à quelqu'un qui lui faisait remarquer : « Mais, mon Général, le Brésil est le pays du futur ! », De Gaulle aurait répondu : « Oui, et il le sera pour longtemps. » Et, aujourd’hui encore, nous sommes nombreux à tenter de percevoir — avant les autres, pardi ! — l’instant où la prédiction se trouverait enfin confirmée par les faits.

Dernier en date de ces parieurs, Roger Cohen tente, dans le New York Times, de nous convaincre que cette fois, ça y est, que de São Paulo à Belém et de Porto Velho à Porto Seguro le futur se conjugue désormais au présent :

«Still, as Lula has intuited with his astute pragmatism — is anyone else a friend of both Chávez and President Bush? — the tide is flowing this country’s way. Brazil’s future is now. There are five reasons: land, raw materials, energy, the environment and China.»

Les cinq raisons, qui justifient son optimisme, sont donc la terre, les matières premières, l’énergie, l’environnement et la Chine.

La terre ? Si, assoiffés de sensationnalisme, les médias européens ou nord-américains tentent généralement de vendre à leurs clients l’image d’un Brésil où règnent sans partage les maîtres de l’agro-business, ils oublient de montrer la face cachée de la terre. Il faut parcourir le Brésil en tous sens, et de préférence en bus, pour découvrir que, en dehors des forêts, la plus grande part du territoire est laissée à l’abandon ou presque. Comme le dit Roger, non content d’être déjà, entre autres, le premier exportateur de café, de boeuf, de sucre et de jus d’orange, le Brésil dispose, sans même toucher à ses forêts, de 220 millions d’hectares (4 fois la surface de la France) pour rafler la mise.

Les matières premières illustrent on ne peut mieux le paradoxe du Brésil, qui n’a pas vraiment tiré les leçons du syndrome hollandais, soudain riche en gaz naturel et aussitôt moins entreprenant. Avec la hausse inéluctable des cours, raréfaction oblige, le Brésil devrait voir augmenter considérablement ses revenus, au point d’acquérir le pouvoir de faire la pluie et le beau temps sur les marchés mondiaux. Soit le Brésil en profite pour réinvestir dans l’industrie et les services ses surplus, soit il se contente d’importer la plus grande partie des produits finis qu’il consomme, selon la bonne vieille logique extrativiste qui marque son histoire depuis l’arrivée de Cabral.

La matrice énergétique du Brésil est l’une des plus favorables. L’hydroélectricité y est abondante ; les agro-carburants en pointe ; les matières fossiles non négligeables pourvu que Petrobras creuse plus profond que ses concurrents ; le nucléaire est une option crédible, sinon souhaitable. Et que dire des énergies renouvelables telles que le solaire et l’éolien, sinon que leur potentiel y est au zénith ?

L’environnement, la lutte pour sa protection et les efforts pour le mettre en valeur, dépendent avant tout de volonté politique. Tu veux ou tu veux pas ? That is the question. Et cette question n’est rien moins que celle de la survie. To be or not to be. Une dose de Marina Silva en plus ou en moins, une dose d’ouvrier métallurgiste en moins ou en plus, et le cocktail risque d’être détonnnant ! Dans un sens ou dans l’autre. Je ne ferai pas de pari, celui-ci risquant de m’exploser à la figure pas plus tard que demain matin de bonne heure. Je dirai que, malgré tout, sont réunis tous les ingrédients pour composer la formule, encore à l’état de recherche, du développement durable. Brésilien, mon frère, tu veux ou tu veux pas.

La Chine ! Eh bien oui, le futur du Brésil est désormais intimement lié à celui de la Chine. Exit les Estados Unidos, welcome China ! La Chine sera bientôt le premier partenaire commercial du Brésil, celui qui aura les moyens d’allonger les dollars, et demain les euros, pour charger les minerais, l’acier, le soja, les cuisses de poulet et les quartiers de boeuf.

De l’optimisation de ces cinq paramètres, dépend que le Brésil réussisse ou non à faire le saut qualitatif qui en ferait un pays mieux développé. À la condition toutefois qu’il en profite pour remédier aussi à l’un de ses plus anciens problèmes, celui de l’inégalité sociale exacerbée.

16 décembre 2007

Retour à Amboise, la revanche des Chinois

Depuis quatorze ans, ce qui est devenu ArcelorMittal offre à Vitória son concert de Noël. Debout à côté de nous, au milieu de dix mille Brésiliens, deux ingénieurs chinois de BaoSteel sont venus profiter du spectacle offert par la concurrence. Je les surprends plusieurs fois regarder leur montre, ce qui donne à Etel un prétexte pour leur adresser la parole. Et d’un coup, nous nous retrouvons plongés quelques années en arrière, une nuit à Amboise.

Nous sommes en goguette avec un groupe d’étudiants asiatiques. Le gros du groupe vient de Chine, et il y a aussi quelques Japonais, des Thaïlandais, des Indonésiens et même deux Coréens du Nord qui arborent, épinglés sur leur blouson, l’effigie de Kim Jong-il.

Nous avons sympathisé avec un grand Chinois qui, avec deux acolytes, tient à explorer Amboise by night. Comme c’est la fin de l’hiver, il s’agit de trouver le premier bar encore ouvert à dix heures. Nous interrogeons les rares passants, nous nous trompons une fois ou deux de ruelle, mais finissons par trouver un bistroquet dans lequel quelques folkeux poussent la chansonnette.

Du fond de la salle, nous portons des toasts à la gloire éternelle de Mao et à l’avenir radieux et néanmoins capitaliste de l’Empire du Milieu. Jusqu’au moment où Wang — appelons le comme ça — s’approche du petit orchestre et leur demande de l’accompagner. Ils le regardent, un tantinet interloqués, et puis lui demandent ce qu’il veut chanter. Le temps des cerises, répond Wang. Et Wang de chanter, avec moult gestes du bras, et les musiciens de dérouler leurs accords, et tout le monde dans le bar, oubliant sa bière ou son pinard, à les écouter religieusement célébrer cette noce rouge.

Deux ou trois heures plus avant dans la nuit, plus personne ne peut lui couper la parole. Wang nous le dit, nous le démontre par a + b et nous le redit : la Chine ne va pas tarder à reprendre dans le concert des nations la place qu’elle n’aurait jamais dû perdre, la première. La Chine prendra sa revanche, répétera-t-il plusieurs fois, en plantant son index dans la poitrine de ses interlocuteurs.

Ce discours, je l’ai entendu quelques fois dans la bouche d’autres Chinois, depuis cette nuit d’ivresse à Amboise. Hier soir, sur la plage de Camburi, Vitória, Espírito Santo, Brésil, je l’ai à nouveau entendu. Assorti d’une précision : « Il ne se passera pas dix ans avant que nous ne mettions à genoux les États-Unis. »
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